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03/10/2007

De fil en aiguille...

Après avoir pris connaissance de la note d’Orpheus sur le dernier CD d’Annie Lennox, ‘Songs of Mass Destruction’ (que je me suis dépêché de me procurer), j’ai profité d’une de mes matinées libres entre deux paquets de COPIES pour me faire un  concert perso sur ma platine. Tout y repasse : le petit nouveau-né bien sûr,  mais aussi Diva, Medusa, Bare, et les « vieux » Eurythmics.

Et, bien sûr, inévitablement, au tournant d’un vers, ‘So let’s go out into the rain again… just like we said we always would…’  de fil en aiguille, chaque chanson, chaque note de musique engendrant un souvenir, je repense à Bruno.

 

Ah, Bruno, Bruno, Bruno…

 

C’est même pas ce que vous croyez.

 

Bruno a été (et il est toujours, je pense, même si tellement de choses se sont passées depuis) mon meilleur ami mec. Il est hétéro 100%. Rien de sexuel entre nous.

 

On s’était rencontrés sur les bancs de la fac à l’époque où j’étais en médecine. Oui,  aucun rapport avec mon métier actuel, je sais, mais bôf, les méandres de la vie… quelquefois la vague te rejette sur une plage bien lointaine du port où tu avais embarqué, et complètement différente du pays où tu désirais aller… pas que dans le domaine professionnel d’ailleurs…

 

Alors donc et Bruno ?

 

C’est quelqu’un qui a bouleversé ma vie.

Ca a commencé de façon assez classique entre potes : des fous-rires inextinguibles sur les bancs de l’amphi (le prof de physio : « nous nous trouvons donc en présence de sang défibriné et déplaquetté, qu’on a refibriné… » Bruno, tout bas : « …et replaquetté… »)

OUAAAAAAAARFFFFFFF....!

Je suis excellent public pour ce style de conneries même pas marrantes, hors contexte. Je me plie, je me tords pendant les trois heures qui suivent. Ça peut être très gênant selon où je me trouve,  quelquefois faut vider les lieux !

On  révisait le concours ensemble. Right by your Side

On passait des heures à discuter la nuit, dans sa voiture ou dans la mienne. De 11h du soir à 4h du matin, le temps ne comptait pas à cette époque, on en avait tellement dans nos mains.

Il m’a initié au ski.

Je l’ai initié au scrabble.

Je lui ai fait découvrir Barbra (c’était à l’époque de la sortie de Yentl) et lui il m’a fait découvrir Eurythmics.

Il m’a fait rencontrer Corinne l’année suivante ; Who’s that Girl ? Corinne, c’était la nana dont il était amoureux. Et elle l’était de lui elle aussi.

Et j’ai immédiatement adoré Corinne à son tour. Le courant est tout de suite passé entre nous. Rien de calculé, aucune hésitation. Le coup de foudre amical. Instantanément. J’étais à l’aise avec elle, et elle avec moi. On avait des tas de choses à se raconter, quand Bruno était là, et même et surtout quand il n’y était pas ! Sweet Dreams.

Bien sûr, à l’époque, même si j’étais dans ma « fausse période hétéro »,  je savais. Je savais. I need a man. Mais surtout la question importante, c’était : quels étaient mes sentiments réels vis-à-vis de Bruno ? Le raccourci était facile à prendre !

Je l’aimais, mais je n’étais pas amoureux de lui. Love is a Stranger of a Different Kind.

Je l’admirais pour tout ce qu’il était, je le trouvais même beau physiquement, mais je n’avais pas de désir physique pour lui. Impensable.

J’avais eu pour lui (comme pour Corinne un an plus tard d’ailleurs) un coup de foudre amical Je me répète, mais je ne trouve pas d’autre expression appropriée.

Bruno fait partie de ces gens à la personnalité brillante, fascinante, qui  marque les personnes qu’il côtoie. Les gens l’adorent (le plus souvent) ou le détestent (très rarement) mais il ne laisse jamais indifférent. Jamais. There Must be an Angel.

Corinne non plus. Un caractère fort, droit, honnête. A la fois moins inflexible que Bruno (en apparence) mais beaucoup plus en réalité. Elle et moi étions très proches. Nous l’avons toujours été. Sisters are Doin’ it for Themselves, LOL

Nous avons fait plein de virées, de vacances ensemble : dans les calanques de Marseille, ou ski à Pra Loup, au concert d’Eurythmics dans les arènes de Fréjus….

Après mon échec (Here Comes the Rain Again), puis celui de Corinne l’année suivante en médecine, et la réussite de Bruno, nos vies ont divergé mais on ne s’est jamais séparés. Bruno a continué brillamment, comme prévu (il était fait pour ça, nous non) et Corinne et moi avons recollé les morceaux de nos vies de notre côté. Ca a été dur sur le moment, mais on y est parvenus, chacun à notre façon. Et, bien sûr, j’ai continué à les voir.

Ils ont vécu ensemble plusieurs années.

Ils ont eu une fille. Magnifique. Miracle of Love.

Ils se sont séparés.

Ce moment-là a été très dur pour eux, bien sûr. Mais pour moi aussi. Comme si une institution sacrée à laquelle je croyais se cassait le nez. Les doutes, l’incertitude. Rien ne dure, rien ne mène à rien. Une nouvelle vague, une nouvelle tempête, toutes les cartes sont brouillées, on recommence tout à zéro.

Une nouvelle plage, inconnue et donc hostile au départ.

When tomorrow comes…

Curieusement, je suis resté proche de Corinne pendant cette période-là. Et j’ai perdu Bruno de vue. Pas par choix. Je n’ai jamais voulu prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre. Mais la « vague » de Bruno, elle l’avait emporté dans un endroit où il ne voulait pas qu’on le rejoigne. Les ponts ont été coupés. J'en ai souffert. Thorn in my Side. Mais on ne s’est jamais oubliés. Forcément, j’avais de ses nouvelles par Corinne, qui restait en lien avec lui. Et puis de toute façon, Bruno, c’était quelqu’un qui avait trop bouleversé ma façon de penser, d'être, autrefois pour que je puisse tirer un trait définitif sur lui.

Better to have loved and lost than never to have loved at all.

Entretemps, il s’est marié, il a eu une deuxième fille.

Et puis, il m’a retéléphoné il y a plus d’un an. It’s all right, Baby’s coming back

Et lorsque ma mère a été opérée, dans l’hôpital où il est maintenant interne, il s’est trouvé que la nuit que je devais passer auprès d’elle, pour l’aider si elle se sentait mal, il était de garde. Coup de chance.

Après que ma mère s’est endormie, Bruno et moi avons renoué avec les vieilles habitudes d’il y a 20 ans : conversation nocturne, de 23h à 3, 4H du matin…

Il y avait beaucoup de retard à rattraper, dix ans de vie sous silence à nous raconter mutuellement. Les grandes lignes, on les connaissait, mais les détails, c’est bien ce qu’il y a de plus important, les détails… c’était ça qui manquait. Nuit magique. Un voyage dans le temps, mais à l'envers. Comme si les deux mecs de 20 ans d'autrefois étaient restés les mêmes intérieurement mais s'étaient subitement amputés de 20 autres années et se retrouvaient face à face, en quadragénaires, à se demander ce qui leur était arrivé entretemps. Quand je le regardais, je le trouvais assez peu changé physiquement, et pour moi c'était comme de regarder ma jeunesse, avidement, dans un film. C'est vrai que mes 20 ans, c'était lui. C'était.

Tout comme l'enfant qu'on a été, l'ado est toujours là. Il suffit de remuer un peu.

Lui a toujours su me remuer.

Le contact est renoué.

Pour longtemps, j’espère.

It seems our lives have taken on a different kind of twist
Now that you have given me the perfect gift

You have given me the gift...

And we have fallen from our shelves
To face the truth about ourselves
And we have tumbled from our trees
Tumbled from our trees...

And I can almost...
I can almost hear the rain falling
Don't you know it feels so good
It feels so good...
So let's go out into the rain again
Just like we said we always would

Annie Lennox The Gift ("Diva")

 

(Pourquoi les chanteurs parlent-ils mieux de nous que nous-mêmes ? C’est rageant à la fin…)

 

 


 

 

 

Commentaires

"Love is a stranger
In an open car
To tempt you in
And drive you far away

And I want you
And I want you
And I want you so
It's an obsession

Love is a danger
Of a different kind
To take you away
And leave you far behind
And love love love
Is a dangerous drug
You have to receive it
And you still can't
Get enough of the stuff"

Love is a Stanger / Eurythmics.


Tiens, j'en ai moi aussi des souvenirs comme les tiens. Ah, folle jeunesse, comme tu nous manques...

Écrit par : panama | 03/10/2007

"Pourquoi les chanteurs parlent-ils mieux de nous que nous-mêmes ? C’est rageant à la fin" > je trouve que tu parles très bien de toi dans ce billet.
Et à ton tour, tu me fais penser à des "fantomes" du passé.
Je me demande d'ailleurs si "nous" (les pédés) n'avons pas tous en stock des relations de cet ordre...

Écrit par : orpheus | 03/10/2007

@ Pan':
Cry baby cry
When you've got to get it out
I'll be your shoulder
You can tell me all
Don't keep it in ya
Well that's the reason why I'm here

Are you ready for a new sensation
A new sensation
Right now
Gonna take you on a new sensation
A new sensation

New sensation / INXS

Ben, faudra les confronter un de ces jours, nos souvenirs de jeunesse communs... ceci dit, notre 'folle jeunesse' elle est pas si loin que ça... on a de beaux restes, non....? AH mais... Faudrait pas se mettre à parler toi et moi comme les deux pépés du Muppet Show !!!

@ Orpheus
Merci, mais moi qui parle de moi c'est quand même moins bien qu'Annie, lorsque je m'imagine qu'elle parle de moi,, parce que c'est sans musique et sans chanson !
(Avec un pseudo comme le tien, tu comprends très certainement ce dont je parle..)

Il faudrait qu'on lance une chaîne entre nous : parler de LA personne qui a le plus marqué nos 20 ans, qu'on l'ait perdue de vue depuis ou pas d'ailleurs. Et expliquer pourquoi elle nous a marqués. A rendre pour la semaine prochaine, sans faute. LOL

Écrit par : lancelot | 03/10/2007

Moi aussi j'ai un Bruno dans ma vie. Il a fait des études à HEC, parti vivre à new york. Les mails, ça va quelques temps, mais au bout d'un moment, les messages se font rares, puis inexistants... Jusqu'à ce que je change mon adresse mail et que j'envoie à tous mes anciens contacts ma nouvelle adresse. On renoue contact, bien sur, on ne peut pas parler toute la nuit, mais ça montre que certaines choses ne changent pas...
Une bise

Écrit par : anydris | 04/10/2007

@ anydris : On a tous un Bruno caché quelque part. Mais ce qui m'a frappé hier c'était l'intensité avec laquelle les souvenirs du mien me revenaient tout en écoutant Annie Lennox.

L'essentiel c'est de garder contact, bien sûr, quoiqu'il arrive, même s'il y a de très très très longues périodes de silence. Et de se dire lorsqu'on se retrouve "putain il est, on est, toujours les mêmes en-dedans..." Ca rassure (un peu) sur le temps qui passe...

Écrit par : lancelot | 04/10/2007

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