10.10.2007

Frustration

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‘The Way we Were’ est un film que j’adore. Je l’ai revu un nombre incalculable de fois.

Lorsqu’il nous livre une critique personnelle d'un film qu'il a vu, Orpheus a une habitude mignonne : à la fin de sa note, il cherche le rôle qu’il aurait aimé jouer. Sur ce film-là, pour moi, y a pas photo. Question personnalité, je me sens plein de points communs avec Katie, l’héroïne. Bien sûr, pas avec Hubble, le mec beau et naturellement doué, qui « obtient tout trop facilement ». Lui, il fascine, il enchante. Il a une aura. Ce charme ne tient pas qu’à sa beauté physique. Il est intelligent, il a du talent, la vie l’aime et le chérit.

Katie est tout l’opposé : elle doit sans cesse se battre, lutter, conquérir ce à quoi elle aspire. Elle perd, elle se casse la gueule, mais avec rage et obstination elle essaie toujours de remonter la pente. Elle y parvient, parfois. On l’apprécie, souvent. Mais elle ne séduit personne d’emblée. L’amour, elle doit aller le chercher. Le succès n’est jamais à la hauteur du travail qu’elle investit.

 

"If I push too hard it’s because I want things to be better ! I want us to be better, I want you to be better ! Sure I make waves, I mean you have to, and I’ll keep making them until you’re every wonderful thing you should be and will be ! You’ll never find anyone so good for you as I am, to believe in you as much as I do, or love you as much !

"I know that”

“Well then WHY ???”

“Do you think if I come back it’s gonna be OK by magic ?  What’s gonna be changed ? what’s gonna be different ? We’ll both be wrong, we’ll both lose !”

“Couldn’t we both WIN ??”

Il y a un passage vers le début du film que j’aime beaucoup : Katie a travaillé de longues semaines sur un essai qu’un prof de littérature leur a demandé de rédiger. Une nouvelle. Elle s’y est appliquée, elle a écouté les conseils. Elle y a bossé, à la bibliothèque, ou à ses moments de pause dans les endroits où elle fait des petits boulots pour payer ses études. On sent que pour elle, la consécration suprême serait de s’entendre dire par le prof, le jour de la remise des copies « votre travail est le meilleur ». Ce jour-là elle arrive un peu en retard, entre au galop dans la classe, s’installe à grand fracas au premier rang et attend. Sa vie dépend de cet instant. Et le prof, indifférent, leur annonce qu’il va leur lire l’essai de Hubble, qui sans conteste est le meilleur de tous ceux que la classe a rédigés. Pour Katie le monde s’écroule, mais elle écoute. Elle ferme les yeux. Elle n’est pas jalouse. En entendant la lecture, elle SAIT que la nouvelle de Hubble était de toute évidence la meilleure. On entend la voix off du professeur qui la lit « …il obtenait tout trop facilement… ». Sans forfanterie aucune, Hubble s’est en fait décrit lui-même, et ce à quoi sa vie ressemble, dans son essai. Et cela même, avec son talent d’écriture, lui a valu la meilleure note

En sortant du cours, Katie se précipite vers un coin isolé du parc du campus, s’arrête au-dessus d’une poubelle, et déchire les pages de sa nouvelle en mille morceaux qu’elle jette. Elle pleure. Elle sait que quoi qu’elle fasse, elle n’arrivera pas au niveau de Hubble en matière de qualité littéraire. Ce n’est pas la peine de s’acharner. Elle déchire, elle pleure.

 

Eh bien voilà. Quand je la vois dans cette scène j’ai l’impression de me voir moi-même. Je peux tout déchirer.

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