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14/11/2007

France d'en Haut et Vieux Cons

Hier soir vers 23h30 je commençais à sentir les premières attaques de l’incoercible somnolence s’emparer de moi devant la télé, quand je fus tiré de ma torpeur vespérale par un Vieux Con.

Hélas, je ne me suis pas réveillé à temps pour entendre son nom. Et malgré mes recherches sur Google, je ne puis rien affirmer avec certitude, sinon qu’il travaille pour le Gault et Millau, Bottin Mondain des Gourmets Chics. Monsieur Gault est décédé en 2002 (merci Google). Il semblerait, toujours de mes mêmes sources googlesques, que Monsieur Millau vivrait toujours… Et le Vieux Con d’hier soir, c’était visiblement pas, dans l’entreprise, un sous-scribe chargé de vérifier la ponctuation dans la dernière édition…. MAIS… je ne peux rien affirmer sur son identité, je n’ai pas « attrapé » son nom à temps…

Interrogé dans l’émission de Frédéric Taddéi sur les mouvements de grève et le droit au départ en retraite, sujet d’actualité s’il en fût, ce brave pépère démarre une diatribe au vitriol, mais toujours avec la bouche en cul de poule et le petit doigt en l’air. On est snob ou on ne l’est pas.

« De nos jours voyez-vous, ON vit dans une bulle. ON refuse d’admettre que le monde autour de soi change. ON veut absolument conserver des avantages acquis sans même se rendre compte qu’ils sont dépassés. ON refuse de voir ce qui se passe dans les autres pays … blablabla, blablabla…. ON veut continuer à partir tôt en retraite. Mais MOI voyez-vous, j’ai 79 ans et MOI je désire continuer à travailler, parce que MOI j’estime que la chance de pouvoir travailler est un privilège, et que blablabli blablabla… »

Putain, ce que ce discours-là, à chaque fois que je l’entends, me donne des envies de meurtre…

Je l’ai déjà vu faire à de nombreuses reprises, par des artistes et des gens célèbres, ce numéro : par Salvador, Aznavour, notamment. En résumé « Mais qu’est-ce que tous ces petits employés, cadres, ouvriers ont dans le ventre, enfin…. ? La retraite à 65 ans, mais c’est une plaisanterie !!! Regardez comme nous qui approchons des 80 ans sommes frais et gaillards ! Et nous ne voulons absolument pas arrêter ! Si nous arrêtons nous mourons ! Notre travail est le moteur de notre vie, pourquoi est-ce que le vulgum pecus  ne peut pas reprendre cela à son compte… ? Quel manque de courage, de dynamisme, d’allant, d’esprit d’entreprise ! »

Mouais. Sauf que tous ces beaux et bons artistes, ils oublient en route de préciser que l’entreprise pour laquelle ils bossent, eux, c’est leur pomme. Leur ego. Leur petite personne. Moi, si je me projetais dans l’avenir, je me verrais très bien, à 80 balais, chanter devant un Olympia plein à craquer de fans énamourés. Ou bien visiter les meilleurs restaurants de France et de Navarre et distribuer des notes, des toques et des fourchettes dans mon petit carnet perso, pendant qu’un Maitre d’Hôtel palpitant d’anxiété me ferait des courbettes. Mouais, je me verrais bien. A 90 ans, même, si Dieu me prête vie et que je ne suis pas décédé entretemps d’une thrombose artérielle pour abus de bons vins et de plats fins….

C’est vrai qu’il y a beaucoup de risques pour la santé quand on bosse au Gault et Millau… Quelle abnégation, tout de même, ce brave pépère. Quelle belle leçon de courage il nous donne, à nous tous, ces salauds de la France d’en Bas.

Interpellé par un autre invité (je l’aurais embrassé, celui-là !) qui lui a ironiquement fait remarquer que son travail n’était peut-être pas tout à fait assimilable à celui d’un chauffeur de bus, Pépère monte sur ses grands chevaux « Mais moi j’ai commencé à travailler à 18 ans, Monsieur !».

Ah ben ça c’est le bouquet ! Le fait qu’il ait démarré jeune serait un élément de plus à rajouter à sa valeur… ? Mais de nos jours, si tant de jeunes démarrent tard dans la vie active, ce n’est pas par choix ! Il y a 60 ans, on pouvait beaucoup plus facilement démarrer jeune au bas de l’échelle ! Aujourd’hui, n’importe quel emploi de guichetier nécessite un bac+2 minimum ! J’en connais plein, moi, des jeunes qui seraient tout disposés à accepter un boulot (même au bas de l’échelle hiérarchique, et même mal payé parce que débutant) en sortant du bac ! Et qui seraient capables par la suite de prouver leurs capacités au sein de l’entreprise !

Entendons-nous bien : je ne veux surtout pas dire ici que les chanteurs que j’ai cités plus haut, ou même ce mec du Gault et Millau ont eu une vie facile, et ne travaillent pas dur au quotidien, et même encore aujourd’hui. Mais comment peut-on raisonnablement mettre en équation un poste de critique gastronomique et un métier de conducteur de métro ? Une carrière de chanteur et un boulot d’employé de banque ? Enfin, faut pas déconner ! Il est évident que le phénomène d’usure, de fatigue et de lassitude se fait sentir bien plus fort et plus vite au bas de l’échelle professionnelle !

La « France d’en Haut », je l’admets,  je la supporte. Il y a toujours eu des inégalités, des contrastes, des clivages. C’est dans l’ordre de la Nature. Si certains sont plus talentueux, ou chanceux que d’autres, on ne peut pas raisonnablement le leur reprocher. Mais la France que je n’admets plus, que je ne supporte plus, c’est la « France d’en Haut qui Donne des Leçons ». Je la vomis, celle-là. Aucune toque pour ce restaurant indigeste. Il pue trop.

Commentaires

Eh oui. Mais la grande nouveauté, c'est que la France a découvert qu'elle avait fondamentalement changée.

Avant, il y avait les riches, les privilégiés, oisifs. Les méchants donc. Et les pauvres, travailleurs, exploités. Les gentils.

Eh bien maintenant on a aussi des classes aisées qui sont submergées d'impôts, et des classes populaires aux privilèges sociaux léonins.

Quant à la pénibilité, si on compte le stress certains boulots de cardre valent bien ceux d'ouvriers.

Ca fait très ancien régime tout ça : la noblesse, les corporations, et le tout venant qui trime pour les autres. A chacun selon le travail qu'il fait, c'est tout. Sinon, c'est chacun pour soi, et basta la retraite à 55 ans des cheminots.

Écrit par : panama | 14/11/2007

"Avant, il y avait les riches, les privilégiés, oisifs. Les méchants, donc. Et les pauvres, travailleurs, exploités, les gentils."

Aujourd'hui, on a les fonctionnaires, qui se comptent les poils du nombril et se font des UV au travail. Les méchants, donc. Et les cadres du privé, qui se défoncent 12 heures par jour, les gentils.

"Les classes aisées qui sont submergées d'impôts et les classes populaires aux privilèges sociaux léonins"" yuk yuk yuk !!! D'où ça sort, ça ? du dernier livre d'Ernest Antoine Sellières ? Ou de "Capital" du mois de novembre ?

Écrit par : Lancelot | 14/11/2007

@ Lanc' : tu as oublié le mot "aussi". On a "aussi".

de nos c'est chacu pour sa pomme. Je ne veux pas payer pour la retraite à 55 ans des cheminots. Qu'ils se la financent eux-même !

Tiens au fait, j'avais pas vu que t'avais des poils au nombril. Tu m'envoies une pict de cette partie de ton anatomie mon Lanlan ?

Écrit par : panama | 14/11/2007

@ Panpan : ben non j'en ai pas justement (des poils au nombril) puisque je me l'épile (pendant mes heures de cours).

On va donc créer des caisses de retraite par catégories socio-professionnelles. Super, ça. On se rapproche du modèle d'Oncle Sam. Courage, on y arrivera bientôt.

Écrit par : Lancelot | 14/11/2007

ça me rappelle une émission de radio que j'écoutais un jour en voiture, un de ces nobreuses émissions où les auditeurs sont appelés à réagir. Une auditrice était outrée que certains se battent pour partir à la retraite à 60 ans, parce qu'à 60 ans de nos jours on est en pleine forme et on peut être encore productif. Et la dame de citer l'exemple qui tue : "regardez Johnny, il a 60 ans et il pête le feu"... qu'est ce que j'avais ri... :o)

Écrit par : Chickenbaby | 15/11/2007

@ Lanc' : mais ça existe déjà des caisses par catégories socio-professionnelles ! Sauf qu'elles sont financées par le régime général, c'est à dire les autres.

Écrit par : panama | 15/11/2007

@ CKBB : Oui, Johnny, l'an dernier, il voulait aller "péter le feu" en Suisse aussi. Parce quand même, à 60 ans, on peut continuer à travailler, mais on a besoin aussi d'air pur (et de niches fiscales). MAIS...! Le voici qui nous revient dans sa 61° année, plus amoureux de la France que jamais... Maintenant que son copain Nicolou est là... plus besoin de s'expatrier. Il continuera à cotiser en France, pour le plus grand délice de notre économie nationale....

@ Pan' : oh, toi tu nous embêtes, à jouer sans cesse les martyrs économiques... on va finir par le faire, ce Panamathon dont je te parlais il y a quelques semaines, et tu seras enfin heureux et comblé.

Écrit par : Lancelot | 15/11/2007

@ Lanc' : Ahhhh ! EN-FIN !!! Le Panamathon, vite !

Écrit par : panama | 15/11/2007

Les commentaires sont fermés.