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27/12/2007

Coming out on Christmas Day

Quand je rentre de vacances et que je fais, comme j’aime à le dire « la tournée des copains blogueurs », (sauf que là ça se passe sans apéro ou digestif) je suis toujours stupéfait par les similitudes qui existent entre les histoires de famille des uns et des autres.

Tout le monde redoute plus ou moins les réunions familiales parce qu’elles sont l’occasion, deux fois sur trois, de psycho-drames sado-masochistes, avec dérapages, engueulades, hurlements, sanglots, portes claquées, patin couffin.

J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de le dire sur des commentaires chez les autres : finalement, ça a un côté rassurant parce que ça devient assez banal. La plupart des potes voient leur famille le moins souvent possible, il y a toujours une brebis galeuse qui fout la merde au pied du sapin ou autour de la table, et l’explosion thermonucléaire a lieu invariablement au moment du dessert ou de l’apéro.

Et moi ? Eh ben chez moi, je dois dire que je suis assez ennuyé d’en parler, mais c’est vrai que tout est loin d’être rose. Mon père, c’est un emmerdeur de première quand il s’y met.

J’ai un mal fou à écrire ces phrases, peut-être que je cherche à m’aveugler en me persuadant que tout va bien alors qu’en fait, non, tout ne va pas bien. Mais ça m’emmerde de casser du sucre sur son dos alors qu’il n’est pas là pour se défendre (et comme ça m’étonnerait qu’il vienne lire ça et rajouter un commentaire… putain alors ça, ce serait un évènement, comparable au premier pas de l’homme sur la lune).

Alors, le portait de mon père.

Ce qui est stupéfiant, c’est que la plupart des gens qui ne le connaissent pas et le rencontrent pour la première fois, le trouvent absolument charmant. J’en ai encore eu récemment la preuve l’autre jour chez Lala (la collègue de boulot de TiNours) : sa famille avait rencontré mon père en septembre, et  le 23 décembre ils m’ont tous balancé  des : « Alors est-ce qu’il va bien ? » « Quel homme haut en couleurs ! » « Un personnage à la Pagnol ! ». Un autre pote m’a même dit une fois « il me rappelle mon père » (qui était mort 3 ou 4 ans auparavant) « j’aimerais qu’Alexandre –son fils- ait un grand père comme ton Papa ». Je lui avais alors proposé de le lui louer, moyennant finance, évidemment. L’autre jour, chez Lala, je leur ai lancé à tous « ma Maman va bien elle aussi, merci pour elle ! ». Mais bon, c’est mon père qu’on remarque, parce qu’il a le don de savoir faire rigoler en société. Je n’ai pas hérité ça de lui, hélas.

Le revers de la médaille, qui ne transparait que pour les initiés, c’est que mon père, c’est un ours. Et pas un gentil Nounours à câlins dans le genre de mon TiNours, hein. Un affreux ours mal léché qu’on vient de réveiller de son hibernation et qui braille à tout berzingue. Il a une voix de stentor, quand il l’élève, les portes et les fenêtres tremblent sur leurs gonds. Il est chiant pour la nourriture, il est très difficile, il est capable quelquefois (quand ça lui prend) de faire la gueule deux jours d’affilée sans qu’on sache pourquoi… Il est fortiche dans l’art des petites réflexions venimeuses (surtout au téléphone). Un de ses jeux préférés, c’est de se disputer avec ma Mère. Mais, je dois ajouter à sa décharge, elle aussi adore ça. Quand ils commencent à s’engueuler mutuellement pour une fourchette mal placée, une information sur laquelle ils ne sont pas d’accord, un radiateur mal réglé, ça peut durer des heures et des heures sur le mode « Who’s afraid of Virginia Woolf » d’Edward Albee. J’allais oublier de préciser que mon père a aussi longtemps trompé ma mère, ce qui a donné lieu à des crises conjugales mémorables.

J’en ai souffert pendant des années. Nous en avons tous souffert, jusqu’à nous casser de la maison les uns après les autres. Après moi, il y a eu ma nièce, qui a vécu chez eux de 15 à 20 ans parce que ses parents (ma sœur et mon beau-frère) déconnaient trop (je vous passe les détails) et qui, à la fin, n’en pouvait plus elle non plus de cette ambiance de rancoeurs, d’acrimonie, de bile aigre, de disputes, d’affrontements, etc etc.

Eh oui mais….

Mon père (et ma mère) on peut leur reprocher tout sur la forme. Tout, absolument tout. Mon enfance, mon adolescence, ont ressemblé à une corrida permanente. Cris, pleurs, bagarres, portes claquées, presque au quotidien.

Mais sur le FOND, on ne peut rien leur reprocher. Je passe sur les basiques, bien sûr. Nous n’avons jamais eu faim, nous avons toujours été habillés correctement. On ne se battait pas physiquement. Mon père était mineur, pendant des années il s’est levé à 4H du matin pour nous. Ma mère (au foyer) travaillait sans cesse aussi. Elle s’est même occupée pendant 15 ans de sa belle-mère. Et puis, ils ont accueilli ma nièce qui n’avait pas d’autre endroit où aller, pendant 5 ans.

Il y a beaucoup de gens qui disent souvent : « Moi il y a un truc que je ne pardonnerai jamais à mes parents, c’est… ». J’en ai à revendre, des anecdotes négatives de ce genre-là. Mais surtout,  SURTOUT, j’en ai dans l’autre sens. Il y a des choses que mon père a dites ou faites pour  moi, qui font que je lui laisse un peu un chèque en blanc sur l’avenir.

Notamment son attitude face à TiNours. Ceci inclut ma mère, bien entendu. J’avais 36 ans quand j’ai fait mon coming-out auprès d’eux. C’était un lendemain de Noël, justement, il y a 7 ans. On a toujours une trouille bleue face à ses parents. J’ai toujours retardé le moment des « révélations » tant que j’ai pu, mais un jour ma copine Corinne m’a dit « Lancelot, tes parents sont vieux et s’ils meurent sans savoir cela de toi, ils n’auront jamais RIEN su sur toi. » Ce qui est vrai bien sûr, puisqu’on a beau dire, le fait que je sois gay a dirigé, façonné en partie ma vie. Et surtout, maintenant, TiNours en fait partie, il en est indissociable.

Je me revois encore lors de ce repas à trois que nous faisions dans la cuisine, mes parents et moi. J’avais prévu de le leur dire à ce moment-là, mon cœur à 500 à l’heure. Je me disais, « Allez lance-toi » mais j’y arrivais pas. Finalement j’ai pris une voie détournée, sachant qu’une fois que cette phrase-là serait prononcée, aucun retour en arrière ne serait plus possible. « Papa, Maman, j’ai un truc à vous dire »

A ce moment-là, je suis devenu blanc, j’arrivais plus à respirer, et encore moins à parler. Je les regardais, j’avais de l’eau dans les yeux, jusqu’à ce que mon père me dise « Bon, c’est de TiNours que tu veux nous parler ? »

Et là j’ai éclaté en sanglots. Ils savaient, ils savaient. Tout ça pour en arriver là. Je pleurais, la tête cachée dans mon bras. Quand j’ai relevé la tête, je leur ai demandé comment ils savaient. En fait, plusieurs années auparavant, mon père m’avait fauché une lettre de TiNours et l’avait lue. Mais, mais mais mais, à cette époque ils s’étaient dit tous les deux (je cite) « Ce n’est qu’un moment dans sa vie, ça lui passera ».

Tu parles comme ça allait me passer. Ca n’allait faire qu’empirer (ou plutôt, se "bonifier"!!), même. Et puis, s’ils avaient su aussi tout ce que j’avais fait avant de rencontrer mon Zomàmoi… enfin..

Pas très sympa, ce moment de coming-out, en définitive. Ils sont restés tous les deux assez froids et distants, pour conclure « C’est ta vie, tu fais ce que  tu veux avec, c’est pas à ton âge qu’on va te changer » (« Quoi, mon âge ??? Et qu’est-ce qu’il a, mon âge… ???? ») . J’ai repris le train pour Lille le lendemain, avec la tête pleine de questions dont je n’avais pas les réponses. J’étais déçu, j’étais pas très bien. Soulagé de l’avoir DIT, soulagé que ce ne soit plus un secret, mais avec une impression d’amertume tout de même au fond du cœur.

Ils ont mis plusieurs mois pour digérer, décanter ça. Mais je trouvais ça normal, je me mettais à leur place. Je ne pouvais pas leur demander de me sauter au cou : « Super, un fils pédé, on en a toujours rêvé ! ». Non, bien sûr que non.

Et puis 6 mois plus tard, en juin, ils m’ont appelé pour me dire qu’ils voulaient  rencontrer TiNours, et surtout, qu’ils auraient bien aimé que cette rencontre se fasse chez nous, près de Lille.

Et ce jour-là, avec ça, ils m’ont fait un cadeau que je n’ai jamais oublié. J’ai été très sensible au fait qu’à leur âge (75 et 73 ans tout de même) ils acceptent de se déplacer et de venir rencontrer mon mec CHEZ NOUS, sur notre terrain à nous. Ca aurait été plus facile pour eux que ça se fasse chez eux tout de même. Ils ont eu ce courage….

Et bien sûr, ça s’est très bien passé. Pour ça, je faisais confiance à mon TiNours. Tous les gens qui le rencontrent l’aiment.

Je suis content d’avoir pu le faire, je suis surtout content qu’eux aient pu le faire. Surmonter leurs préjugés, leurs idées reçues, et s’ouvrir à des choses nouvelles, par amour pour leur fils.

Alors, même si on ne peut jamais laisser aux gens un « chèque en blanc » (comme je le disais plus haut) sur l"avenir, malgré tout, dans ma banque à moi, mon père et ma mère ont une grosse autorisation de découvert, parce que je n’oublierai jamais leur attitude à notre égard depuis que je suis sorti du placard.

Tant pis pour les corridas familiales.

Commentaires

yep, ça s'appelle avoir suffisamment de maturité pour leur pardonner... suffisamment de maturité et moins de colère. Bonne année ;o)

Écrit par : L'Elephant | 27/12/2007

Finalement, on reproche des choses à nos parents ; on a toujours de quoi les critiquer, les condamner, les détester... Mais aussi les aimer, parce que sur le fond, ils finissent toujours tôt ou tard à assurer sur le fond, l'essentiel... Joli récit, un petit conte gay de Noël ;-)) Bonnes fêtes!

Écrit par : Andesmas | 27/12/2007

Très belle histoire, avec une happy end...
C'est sur que ce n'est jamais facile, je me souviendrais malgré tout toujours de mon premier aveu à ma meilleure amie. Un sentiment de renaissance...
Alors, revenu sur Montpel ? Et prets à venir à la grande ville ??

Écrit par : anydris | 27/12/2007

Pourquoi tous les PD ont eu des parents difficiles ? Moi j'ai fait mon coming out à 23 ans. Je ne vous parle pas de la réaction de mes parents, mais j'ai carrément risqué l'internement psychiatrique.

En fait je n'aime pas en parler, tellement ça c'est mal passé. Tous les coming out ne finissent pas en happy end.

Écrit par : panama | 27/12/2007

première visite ici, et wouah ta note est très touchante !

Écrit par : canicule | 28/12/2007

@ l'Elephant : Bonne année à toi aussi, mon grand, mais on a encore le temps pour les voeux, et surtout pour se les faire de vive voix, ET de visu, le 2.

@ Andesmas : "un petit conte gay de Noël", qui c'est la fée ????? LOL

@ Any : c'était Poudre ? Marrant, moi aussi la première personne à qui je l'ai dit c'était ma meilleure amie de l'époque... ah ces gays et leurs 'meilleures amies'...

Voui, tout prêt pour le 2. Je suis super-content à cette perspective.

@ Pan : Ca ne s'est pas fini mal, puisque tu mènes une vie heureuse et équilibrée aujourd'hui. Et puis, tes parents ont bien dû finir par avaler le morceau. Dans les histoires comme ça, y a pas, c'est eux qui dovent céder. Ils ne peuvent pas t'empêcher d'être pédé (qui le peut d'ailleurs ?) La pire des choses qu'ils puissent faire, connement, c'est dire "on ne veut plus te revoir". Mais là... D'ailleurs, ça ne s'est pas passé comme ça pour toi non plus, puisque tu les revois.
Bisous. (Tristes. Tu sais pourquoi).

@ Canicule : Merci beaucoup ma grande, c'est gentil. Bienvenue ici en tout cas, et... à bientôt encore peut-être ...?

Écrit par : lancelot | 28/12/2007

trop meugnon ! /mode lacrymal

Écrit par : orpheus | 05/01/2008

J'ai lu :)
La conclusion, c'est que quoi qu'il arrive, il y a de l'amour.
En revanche, tu ne l'as pas mal vécu que ton père t'aie piqué une lettre de ton amant ?

Écrit par : Fiso | 06/03/2008

@ Fiso : Si, bien sûr, mais bon... comme la découverte du "larcin" a été faite par moi des années après, et dans un contexte de grand déballage et de pardon, je me suis assis sur cette pensée désagréable, parce qu'elle n'était plus d'actualité....

Écrit par : lancelot | 06/03/2008

Je suis venue faire ma curieuse au grenier aussi évidemment...
Moi aussi c'est le coup de la lettre qui m'est resté dans le gosier. Je peux supporter des incompréhensions, des reproches, et même des condamnations, mais un vol de lettre, ça non, je peux pas. D'ailleurs on m'a fait le coup, et j'ai toujours pas avalé le truc. Faudra qu'un jour je te prenne comme directeur de conscience, t'es trop fort, Lancelot !

Écrit par : KarregWenn | 04/11/2009

@ Ma KarregWenn : hummm, que j'aime quand les copains viennent visiter mon vieux grenier ! J'y avais retrouvé Cornus il y a deux mois environ... Fais attention aux toiles d'araignées, ma grande... Assieds toi sur ce vieux coffre, mais époussette-le avant, sinon tu vas te salir les fesses !

On attend Messire Karagar pour boire un coup...? Et puis non, on redébouchera la gnôle quand il arrivera... il en reste assez pour plein de verres...

Ben, c'est vrai que la lettre volée, si je m'en étais aperçu sur le coup, j'aurais fait un scandale. Mais des années après, c'était trop tard, que voulais-tu que je dise ? Dans un sens, le fait qu'il sache au préalable a un peu 'désamorcé' mon coming-out. Et, tout en trouvant cela un peu bizarre, je ne pouvais pas lui en faire le reproche, puisque dans un sens ça avait facilité la révélation en question, en atténuant le choc. Tant pis pour les tirades à la Sarah Bernhardt...

Directeur de conscience ? Pourquoi ? Je vois pas le rapport avec ma note, mais l'idée m'amuse beaucoup. Relevez-vous ma fille, je vous absous si vous me récitez deux quinn amann et trois tartes Tatin... ;-)

Écrit par : Lancelot | 04/11/2009

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