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04/01/2008

Blogue-Fiction

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Je viens de terminer le 7° et dernier tome d’une série d’ « Heroic Fantasy » que j’avais démarrée il y a bien longtemps, mais dont il me manquait les deux derniers volumes, que TiNours m’a offerts à Noël.

La saga des Hommes-Dieux, de Philip José Farmer, est de prime abord une série de romans d'aventure, qui s'attache à faire vivre au lecteur un superbe dépaysement et pose une question cruciale : l'homme pourrait-il supporter à l'accès à la toute puissance ?
Les héros de la saga vivent des aventures dans des mondes dont la structure est très souvent une entorse aux lois physiques de notre univers. Ces mondes, contenus dans des univers clos et quasiment hermétiques à leurs voisins, sont le fruit de l'imagination et de la science des Thoans ou Seigneurs. Cette race, d'apparence humaine et âgée de quelques centaines de milliers d'années, a vu ses représentants jouer le rôle de dieux puis, progressivement, se pervertir, du fait de leur trop grande longévité. Devenus des êtres incroyablement vaniteux, arrogants et d'une froide cruauté, ils n'en conservent pas moins, en raison de leur formidable avance technologique, leur statut quasi divin, qui contraste de façon éclatante avec leur nature purement humaine et surtout, avec leur méchanceté puérile. L'immortalité ne leur a pas apporté la sagesse. Bien qu'ils soient les pères de toutes les races de créatures vivantes dans les "cosmos privés", cela ne les a pas empêché de les affubler d'une forme souvent ridicule, par pur plaisir. Malgré leur faible nombre, ils se livrent une guerre acharnée et inutile.

Les héros de la saga des Hommes-Dieux cherchent à atteindre des objectifs autrement plus importants que cette guerre mesquine, aussi n'entrent-ils jamais de leur plein gré dans le jeu des Thoans. Ils s'en voient néanmoins contraints, par leur errance de monde en monde, et doivent ainsi échapper aux pièges complexes des Seigneurs.

Ces héros sont, principalement, Wolff (ou Jadawin, son nom Thoan), un demi-Dieu qui s’est humanisé après une perte de mémoire et un séjour d’une quarantaine d’années sur la Terre avant qu’il ne revienne sur son univers d’origine. Kickaha (ou Paul Janus Finnegan, selon son identité terrienne), un homme qui est passé un jour par hasard dans le monde de Jadawin et qui, ayant vécu par la suite toute une série d’aventures, a décidé de ne pas revenir sur Terre. Anania est une demi-déesse, sœur de Jadawin, qui au cours d’une aventure, a rencontré Kickaha et est devenue plus humaine, elle aussi, par amour. Elle partage les aventures de son amant.

Il existe de nombreux autres personnages (notamment Orc le Rouge, un demi-Dieu puissant, intelligent et cruel, acharné à la perte de Kickaha et Anania) qui surgissent au fil des péripéties relatées dans la saga, demeurent pendant quelques centaines de pages, et périssent la plupart du temps.

Les deux premiers tomes, que j’avais lus il y a bien longtemps (« Le faiseur d’univers » et « Les portes de la création ») m’avaient littéralement fasciné. Mais il est vrai que l’intérêt s’émousse vite. Si je suis allé jusqu’à la fin du dernier volume, c’était vraiment par curiosité sur ce qui allait advenir des héros. Farmer excelle pour relater des combats, des batailles au corps à corps, dans la description d’obstacles insurmontables et la façon dont les héros parviennent à les vaincre, en mettant en œuvre d’incroyables capacités physiques, intellectuelles, ainsi qu’une résistance et une opiniâtreté à toute épreuve. Un lecteur amateur de ce style de choses émergera de là les tempes bourdonnantes, mais amplement satisfait. Toutefois, je me suis assez vite fatigué de cela parce qu’à trop vouloir faire lutter et se bagarrer les mecs (ainsi que les femmes d’ailleurs, surtout Anania), on en perd un peu le fil conducteur. Quantité de questions qui ont été ouvertes au début restent sans réponse. Wolff et sa femme Chryséis disparaissent à la fin du second tome, et on ne les revoit jamais par la suite, (il y a seulement une rapide conversation téléphonique entre lui et Kickaha dans le tome 4 « Les Murs de la Terre ») : on n’apprend jamais ce qu’il est advenu d’eux par la suite. L’origine de Kickaha demeure mystérieuse. Il avait été adopté par un couple de paysans sur Terre, mais plusieurs fois l’auteur laisse sous-entendre qu’il pourrait bien être le fils naturel de son pire ennemi, Orc le Rouge. Là aussi, on ne saura jamais ce qu’il en est. Anania perd la mémoire dans l’avant-dernier tome, ce qui la fait se détacher de Kickaha, mais on ne sait pas comment il pourra la reconquérir. Tous ces détails sont oubliés au profit de récits interminables des épreuves que doivent traverser les personnages principaux. On sent que Farmer s’amuse beaucoup plus dans ce domaine-là plutôt qu'à s'étendre dans les subtilités psychologiques ou les énigmes dont il faudrait donner la solution finale.

Indépendamment de cet aspect qui m’a ennuyé, il n’en reste pas moins que la série des romans est basée sur un postulat fascinant : il a été possible à une époque pour les Seigneurs, ou Thoans, de se créer des « mondes », des « univers » personnels. La Terre et le système solaire en sont un, par exemple. On apprend dans le tome 3 qu’il n’y aurait strictement rien au-delà de l’orbite de Pluton. En revanche, les univers artificiels créés par les uns ou les autres à une époque reculée permettent une multiplicité de voyages, de découvertes toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Certains mondes sont habités, d’autres pas. Certaines créations ont des lois physiques semblables à celles de notre Terre, sur certaines autres tout est différent (gravité, température, couleur du ciel, présence ou absence d’océans). Certains de ces univers sont hostiles, d’autres hospitaliers. Et pour passer d’un univers à un autre, les héros utilisent des portes, bien sûr dissimulées la plupart du temps, qui ne s’activent que si l’on possède un code spécial, ou si l’on dispose de la fameuse ‘trompe de Shambarimen’ du nom de son créateur, qui permet d’ouvrir n’importe laquelle en jouant une série de 7 notes, pourvu que l’on soit à proximité de la porte en question. C’est évidemment un instrument d’une valeur inestimable, qui excite l’avidité des Seigneurs.

Ce phantasme consistant à changer de monde lorsqu’on est lassé de celui où l’on vit, de pouvoir franchir une porte en laissant tout derrière soi et recommencer une vie complètement différente, dans un univers complètement différent, ça me botte un max.

Par extension, on peut considérer les blogs comme des univers qui sont propres à chaque blogueur. Le parallèle est assez facile. Si on ne peut y modifier la physique et les lois régissant notre Terre, notre vie et notre quotidien, on peut toutefois y décrire le reflet de nous-mêmes, de notre monde interne, des voyages de notre âme. Les « portes » sont franchies en un clic de souris. Il y a moins de risques, bien sûr. On reste derrière son écran quoiqu’il arrive.

C’est un peu une « saga du pauvre » comparée à celle décrite par Farmer, mais elle constitue pourtant un échappatoire bien agréable, par moments. Un peu comme dans un jeu de rôle (la saga farmérienne a d’ailleurs bien évidemment servi de tremplin à des jeux de ce style). On écrit tous sous des pseudos plus ou moins exotiques, soit dit en passant... Mais le seul rôle que l’on endosse en écrivant notre blog, c’est le nôtre.

19:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : science fiction, Farmer

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