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06/03/2008

Message in a bottle


Lorsqu’on ouvre un blog, on fait une démarche sur soi-même, bien sûr. On décide de plonger en soi. D’abord sur les rivages du quotidien, des actualités, du travail, de nos humeurs. Quelques brasses, quelques semaines plus tard, on en arrive aux eaux plus profondes des souvenirs, parfois beaux, parfois douloureux. On caresse ces poissons qui passent, pour les regarder repartir aussitôt dans des régions obscures. Et, plus rarement, quand, attiré par le besoin de savoir, d’aller jusqu’au bout, de s’étreindre avec son moi encore plus profond, on se débat, en un dernier coup de reins désespéré, on atteint les grands fonds, les abysses, réceptacle secret de nos sentiments les plus bruts, nos envies les plus animales, nos peurs les plus inavouables, nos rages les plus meurtrières. On y parvient rarement. Et si l’on y touche, c’est toujours très fugace, le temps d’une note, pour remonter d’un trait, vers les rivages ou l’on s’écroule, haletant. OUF. On clique sur ‘envoyer’ et l’on sort de là, épuisé, une crampe au cœur, en se disant qu’on n’y retournera pas de sitôt.

 

Mais la personne qui reste allongée sur le sable mouillé en laissant paresseusement l’eau venir lui embrasser les jambes n’est pas moins sincère que le plongeur qui évolue dans les grands fonds. Elle est plus peureuse, voilà tout. La poltronnerie est une faiblesse bien humaine. Aller débusquer des amphores précieuses dans les entrailles des épaves englouties, c’est un sport que je ne peux pratiquer au quotidien. Je manque de souffle ! C’est peut être une question d’entraînement ? En attendant, j’aime bien aussi prendre un petit coquillage sur la plage de mon aujourd’hui, le polir entre mes doigts, le nettoyer de son sable mouillé, et le déposer, avec précaution, dans un endroit abrité pour que les copains puissent venir le regarder.

 

 

Les copains ?

 

 

En ouvrant un blog, on fait aussi une démarche vers les autres. On ouvre la porte de chez soi. Et si on le fait, c’est parce qu’on aime  les invités. J’ai toujours aimé recevoir des amis. Préparer des bouffes, essayer des recettes, me demander qui je vais inviter avec qui, pour savoir quel ‘coup de foudre amical’ pourrait jaillir de la soirée. Rassembler tout le monde autour d’une table, écouter fuser les éclats de rire, les discussions à bâtons rompus, confronter les expériences, refaire le monde, tout en sachant qu’il sera le même à la fin de la soirée. J’aime les raccompagner à leur voiture, dans le froid de la nuit bien avancée, lorsque la fête se termine. Les bisous, les portières claquées, et, en débarrassant le bordel consécutif à la fiesta, ce sentiment très doux qu’on aime et qu’on est aimé. L’amitié comme une couette chaude où l’on se blottit dans les creux de l’âme.

 

 

Le principe d’un blog est un peu le même, sauf que l’on ne mitonne plus des recettes, on écrit des notes. Quelquefois on s’essaie aux filets de sole au Marsala, quelquefois c’est pâtes et jambon ! Mais, dans les deux cas, que l’on dresse le couvert, ou que l’on se gratte les neurones par l’intermédiaire du clavier, on le fait pour faire plaisir, pour accueillir. Plaisir à soi-même, bien sûr, mais c’est une main tendue aussi. Une amitié, c’est bon à deux, ou plus. Ca ne se pratique pas en solo. Un blog, ce n’est pas que de la masturbation intellectuelle. Surtout lorsqu’on essaie d’atteindre la zone des grands fonds, que je mentionnais au début de ce message. C’est une démarche qu’il faut toujours considérer avec respect. Entre autres, le fait de tenir un blog depuis quelques mois m’a appris une chose : essayer d’être plus respectueux des autres. Face à leurs joies, leurs chagrins, leurs interrogations, je peux sourire, ou même rire devant mon écran (l’autre n’est pas là pour le voir, c’est le principe…) mais je fais toujours attention lorsque je démarre un commentaire chez quelqu’un. Si je n’ai pas envie d’être gentil, je peux au moins être poli. Et si je n’ai même pas envie d’être poli, alors je me tais. Après tout, ne jamais perdre de vue que je suis dans un espace qui ne m’appartient pas. Le blogueur chez qui je suis, il ne m’a peut-être pas invité directement à entrer, mais il m’a laissé sa porte ouverte. Ne pas en profiter pour piétiner sans respect ce en quoi il croit, ce qu’il pense aimer, ce qu’il aime à penser.

 

 

 

Les commentaires sur mon blog, je les laisserai toujours ouverts. Toujours. Sinon, comme le disait TarValanion ici, cela n’a plus de sens. Mon blog est ouvert à tous. Comme mes mains. Ouvertes. Tendues vers les visiteurs. Avec amitié, avec tendresse, avec amour, selon les gens à qui j’ai affaire. Mais toujours avec respect. Et mon principe reste le même lorsque je vais « chez les autres ». Mes mains, chez mes amis je ne les utilise pas pour gifler. Ni ceux qui m’accueillent, ni ceux qui sont là avec moi en tant qu’hôtes.

 

 

J’ai peut être eu le tort de croire que le principe du blog était, à la base, l’échange dans la gentillesse, et qu’il doit toujours déboucher sur des camaraderies, des complicités, des amitiés. Avec du recul, et un peu d’expérience, je me rends compte que c’est vrai, j’ai été d’une naïveté confinant à la bêtise. Mais, peu importe, le bilan reste positif. Le nageur pantelant sur la plage, il ferme les yeux et sourit au soleil couchant. Les cris des mouettes, le bruit de ce qui vit, ça fait du bien. Continuez à me parler. J’aime ça. La vie, les gens sont là, partout autour de moi, sous les touches du clavier, derrière l’écran, dans la souris. Plage atlantique, ou méditerranéenne, ce n'est pas important. J'écoute ces échos d’existences que je sais réelles et non virtuelles, et qui m’enrichissent, et m’aident à réfléchir, à avancer. C’est du beau, c’est du bon.

 

 

Merci, qui que tu sois.

 

 

podcast

 

 

11:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : blog, amitié, introspection

Commentaires

Bonjour.
Belle écriture !
Je flâne depuis quelques jours d'un blog à l'autre, par curiosité avant tout. Je retrouve souvent ce questionnement : pourquoi un blog ? à quoi çà sert ? pourquoi suis-je ici ? Tu y réponds à ta manière et très joliment.
Je me suis aussi posé ces questions au départ puis j'ai arrêté de me les poser : je bloggue parce que c'est une manière d'exister, parce qu'exister n'est possible qu'au travers des autres et parce qu'enfin l'écriture n'a de sens que si elle est partagée - ce qui rejoint en somme ce que tu as écris.
Mais je crois surtout que le grand intérêt du blog permet de se lâcher et de se foutre à poil sans trop se dévoiler...tu me suis ? :)

Écrit par : Dante | 06/03/2008

'Exister n'est possible qu'au travers des autres et l'écriture n'a de sens que si elle est partagée' : je ne peux qu'approuver, vu ce que je viens d'écrire dans cette note !
Un détail toutefois : pour quelqu'un qui "aime se lâcher et se foutre à poil", je regrette que tu gardes un peu trop de vêtements sur toi aujourd'hui, puisque tu ne m'as pas mis de lien vers ton blog à toi... LOL... une prochaine fois, peut-être...?
Amicalement

Écrit par : lancelot | 06/03/2008

Tu sais, quand tu as laissé la porte ouverte, si on a enfreint les règles de l’hospitalité, tu peux aussi la refermer. C’est ce que j’ai fait récemment et j’en suis bien soulagée. Comme tu l’as écrit, c’est TON espace, exactement comme ta maison.
Pour ce qui est de plonger dans les bas-fonds, je regrette bien de ne pouvoir le faire que par allusions et sous-entendus, ma famille ayant accès à mon blog. Alors, je me lâche un peu plus chez les copains …
En tout cas, j’aime bien ton attitude face aux gens et à la vie

Écrit par : Fiso | 06/03/2008

Allé. Même pas peur :)
http://reallife.hautetfort.com/

Écrit par : Dante | 06/03/2008

J'aime beaucoup ta définition, je la trouve tellement juste et imagée.

Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 06/03/2008

Très bien dit, développé, expliqué. J'adhère complètement.
Petit coup de coeur pour le titre, particulièrement bien trouvé.
Chapeau, M'sieur ;-)

Écrit par : M. | 06/03/2008

Tu nous as cuisiné un plat rafiné là !

Écrit par : orpheus | 07/03/2008

Quand j'ai ouvert mon blog, j'espérais, avant d'exprimer ma vie à moi, rencontrer du monde, faire la connaissance des gens. Je me disais que c'était un moyen plus original que les chats où les discussions me lamentaient tellement le niveau était bas (rarement au dessus de la ceinture, de toute façon). Et grâce à mon blog, j'ai rencontré TiTom, comme tu l'appelles, et de façon virtuelle, j'ai fait la connaissance de blogueurs comme Soft Drink... ou toi! Et quand je lis cette note, que je trouve sincère et touchante, je sais pourquoi je lis ton blog, et pourquoi je t'apprécie... Alors, merci à toi, tout simplement!

Écrit par : Andesmas | 07/03/2008

J'ai aimé aussi ce que tu écris de ta démarche : elle est fidèle dans les mots à la façon que tu as de faire vivre ton blog, à celle dont je m'emploie à faire vivre le mien : la convivialité, la sincérité, la projection vers l'autre, jusqu'à l'amour. j'ai été, après les premières semaines, toublé par le rapport au virtuel, par un certain vertige, et puis plus ça va, addiction ou pas, plus je me rends comtpe que cette démarche ne porte pas préjudice à ma vie sociale, mais qu'on contraire, si elle la rééquilibre en partie, elle l'étoffe, surtout, elle la stimule. Ce que j'y ai perdu, ce sont les aspects les plus apatiques de ma vie, pas tellement grand chose de plus. je suis heureux que tu aies mis des mots si justes, et des évocations aquatiques si pertinentes, sur un sujet, un objet, qui m'occupe tant.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 08/03/2008

@ Fiso : C'est tout de même un peu dommage que tu ne puisses te "lâcher" sur ton blog...! J'aurais tellement aimé lire des souvenirs d'enfance à toi. Je sais, je suis trop curieux... Mais c'est frustrant pour ton public ! En tout cas, n'hésite pas à venir te lâcher chez moi, tu y seras toujours la bienvenue.

@ Dante : Merci pour ta confiance, mon grand. Compte sur moi pour venir régulièrement 'boire un pot' en ta compagnie dans ton espace commentaires, chez toi !

@ Valérie : un compliment précieux venant de ma Savoyarde préférée ! Alors, tu as réussi à trouver des qualités et des défauts bien enrobés à servir à ces maudits interviewers...?

@ M : Aaaah en effet, j'avais pas mal gambergé sur le titre. Bravo à toi pour la "lettre à Laurent" chez notre copain commun.

@ Orpheus : après ma "cuisine écrite", j'aimerais vous faire goûter ma "cuisine gastronomique", hors blog, à toi et à Jiem ! Quand, hein ...? quand, quand...????
Et puis, quand est-ce que tu rouvres ton 'restaurant' à toi...? Un véritable 5 étoiles où on mangeait divinement bien.... nostalgie....!

@ Andesmas : Toi et Joss, vous m'avez fait un bien fou aussi. A la vie à la mort ! (...où que soit la plage...)

@ Oh!91 : C'est effectivement un des bonheurs du blog : retrouver, ou faire retentir, des échos chez des gens ayant des expériences similaires, des sentiments identiques. Vibrer à l'unisson...

Écrit par : lancelot | 08/03/2008

C'était très beau...

Écrit par : Igor | 09/03/2008

@ Igor : Merci, et bienvenue chez moi.

Écrit par : lancelot | 09/03/2008

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