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11/03/2008

Blogging in English

Mon super-Johnnie me disait avant-hier au téléphone qu’il aime bien venir lire mon blog, mais que lorsqu’il s’agit de déposer un commentaire, il se sent inhibé, parce que, bien que le français n’ait aucun secret pour lui (il vit ici depuis plus de 30 ans…), entre nous, sans même qu'il y ait eu de réflexion sur cela, s’est instaurée une sorte de 'tradition' : si nous en venons à des sujets plus intimes, personnels, nous avons pris l’habitude d’en parler en anglais. Surtout, SURTOUT à l’écrit ! Lorsque nous nous écrivons, c’est disons, à 90% en anglais. Le pli est pris depuis plusieurs années, et voilà pourquoi, devant « mon site » il bloque un peu.

Je lui ai répondu qu’il devait se sentir absolument libre de commenter ici, ou pas, dans la langue qu’il souhaite. Personne ne lui en voudra d’employer l’anglais, surtout pas moi.

98747745.jpgCeci dit, il est amusant qu’il ait soulevé ce problème car depuis quelques semaines j’y ai été confronté. Notamment parce qu’en ce moment je lis « The Kite Runner » de Khaled Hosseini, roman absolument vibrant, finement écrit, extraordinaire. Le film va sortir d’ici quelques jours en France (« Les Cerfs-Volants de Kaboul » en français) et je dois relever le défi de finir le livre avant d’aller au cinéma voir son adaptation.

J’y ai beaucoup pensé au moment de ma note sur le petit garçon, et le rapport au père : le roman baigne totalement1264658014.jpg dans ces thèmes-là, et je dois avouer que plusieurs fois j’ai dû le poser parce qu’il éveillait en moi des émotions trop fortes. J’ai eu envie d’en recopier ici certains extraits, même. Mais, problème ! Je lis le livre en anglais. Or si la plupart des amis qui viennent ici le comprennent, le manient parfaitement (Andesmas bien sûr, mais aussi Anydris et Oh!91 me l’ont prouvé brillamment, et avec beaucoup d'humour, ), il est un peu gênant, c’est vrai, de recopier ces extraits dans la langue d’origine. Je ne dispose pas de la traduction française. Je pourrais les traduire moi-même, c’est vrai, mais j’aurais peur, sur une œuvre d’une telle qualité, de trahir l’esprit d’origine (traduttore, traditore…).

 

Qui plus est, je me suis aussi aperçu, à l’époque où je vivais en Amérique, et même avant, que le fait de parler anglais (dans les situations de communication de la vie réelle, évidemment, et, a fortiori, dans des dialogues plus intimes) me pousse à un très  léger, très subtil, décalage de personnalité. Bien sûr je suis toujours moi-même, mais, de façon très concrète, il peut m’arriver de réagir un peu différemment, d’être quelqu’un d’un peu décalé par rapport à ce que je suis d’habitude. C’est très difficile à formuler. Verlaine l’avait mis en paroles bien mieux que moi : « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre » (je me permets de réajuster la phrase au masculin, d’ailleurs. Traitre jusqu’au bout !). Alors, quand je parle ou que j’écris en anglais, c’est moi, mais pas vraiment moi non plus. Les nuances sont différentes d’une langue à l’autre, et font ressortir des aspects différents selon les gens, je pense. Au fond, c’est logique. Nous sommes aussi conditionnés par ce biais-là. Nous sommes aussi ce que nous parlons. Notre langage nous élabore tout autant que nous le formulons.

Quoi qu’il en soit, je suis confronté à un phénomène curieux, auquel je n’aurais jamais pensé avant : la langue orale n’est pas vraiment un obstacle dans les rapports amicaux et les ‘grands brassages’. Je pense notamment aux liens qui se nouent en vacances. Qu’est-ce qui empêche de rire avec des personnes que l’on rencontre en pays étranger sans pouvoir communiquer verbalement avec elles ? De danser, jouer, et même faire l’amour avec elles ? C’est plus difficile mais c’est une barrière qui peut s’enjamber sans problème. En revanche, la communication écrite, par l’intermédiaire d’un blog, rend les choses beaucoup plus difficiles sans l’aide des sourires, des regards, du contact physique.

Une lacune au ‘blogging-system’.

Il y en a bien d’autres.

Commentaires

Not only is it a weakness of the blogging-system, but it is also a problem in any mean of distant communication...

Quant à l'usage du francais ou de l'anglais, libre à toi de jouer avec les deux (je le fais, des fois trop, moi-même) et libre à tes lecteurs de faire de même.
Je ne m'étais jamais posé la question du décalage de personnalité mais tout bien réfléchi, je crois que je me trouve également dans cette situation. Ca fait bizarre de s'en rendre compte...

Écrit par : Damien | 12/03/2008

Changing personalities when you change language... there are volumes to be written on that subject, though perhaps not just before taking up a teaching stint. More on this later then.

Just a note to say thanks for the thoughts... and the invitation, taken up straight away.

Écrit par : Johnnie | 12/03/2008

Not only personalities are changing through the language, but the relationship level.
Avec mon mec, c'est drôle, durant nos premières années ensemble, l'anglais était notre langue de communication. Et puis un jour, plus pour forcer le destin que par nécessité, nous avons basculé sur le français. Il le fallait pour qu'il s'approprie complètement la langue du pays où il vivait. Mais ça a changé beaucoup de choses. Nous y avons perdu d'abord en spontanéïté. Puis nous y avons perdu en équité. Je m'exprime avec ma langue, je la maîtrise à la perfection, il s'exprime dans une langue imparfaite, truffée de fautes, qui ne rend donc jamais complètement compte de son intelligence, de sa vivacité d'esprit, de son humour. C'est frustrant, peut-être plus pour moi, ou pour ses interlocuteurs en général, que pour lui, car lui a fini par s'accommoder de son niveau de français, et vit à l'aise avec... En anglais, nous étions tous les deux dans l'imperfection, nous nous inventions des mots, nous y glissions des mots français ou des mots hongrois connus des deux, et parfois cette langue n'était plus qu'à nous... Aujourd'hui qu'il se lance dans le blogging, la question de la langue recommence à le tarauder...

Écrit par : Oh!91 | 12/03/2008

Well, that is true, I agree with Johnnie, I changed also personality by changing the language. So, when you want to translate, Lancelot, be different a bit (but not a "bite"!)...

Oh!91, ohh ! Mais qui est ton copain alors en vrai ? :)

Écrit par : Igor | 13/03/2008

@ Damien : As for 'distant communication', you usually KNOW the people you're phoning to or chatting with. While the blog is opened to strangers. They may become friends, but they're strangers at first. So the language thing may be an obstacle on the way to establishing a friendship.

Quant à la prise de conscience sur le 'décalage de personnalité', je suis ravi que la consultation vous ait été profitable. C'est 30 euros. Payez à ma secrétaire en sortant. Nous acceptons espèces, chèques et cartes bleues.

;-)) Bienvenue sur mon blog, mon grand....

@ Johnnie : How about writing that ourselves ??? How successful we'd be....
You know you're always more than welcome for any kind of invitation anywhere here or among us... Any news for the Barcelona trip ?

@ Oh!91 : Elle devait être jolie, cete langue que vous vous étiez inventée, mélange d'anglais, de hongrois et de français... : l' "Olivigor" ou l' "Igolivier". Peut-être aussi que vous étiez (êtes) subtilement différents quand vous pratiquez cette langue là entre vous....

@ Igor : I won't BITE anyone, I promise...
Lucky man ! Three possible personalities : the Hungarian, the English and the French one. I'd feel dizzy if I were you... ;-)

Écrit par : lancelot | 13/03/2008

Tout psychiâtre digne de ce nom prend 42 euros. Je vais voir ailleurs :)

Écrit par : Damien | 13/03/2008

@ Damien : Qui a dit que j'étais psychiatre...? je suis sophrologue, je pratique le tarif conventionné....

Écrit par : lancelot | 13/03/2008

Très intéressant, ce billet, et les commnentaires, notamment celui de Oh!91.
Quand j'ai commencé à bloguer, je suis naturellement allée me balader sur des blogs anglophones, seul moyen pour moi de continuer à manier cette langue que je n'ai plus que (trop) peu d'occasions de parler. Seul souci, je commentais en anglais sur leur blog mais quand ils venaient chez moi, ils se heurtaient au français. Aucun moyen donc de me connaître.
Et puis, c'est vrai ce que tu dis, il est difficile de communiquer à l'écrit, de faire passer sa personnalité, avec des gens que l'on ne connait pas.
Pour ce qui est du décalage de personnalité quand on parle une autre langue que la sienne, je n'ai jamais remarqué ça chez moi, mais je vais y réfléchir :)

Écrit par : Fiso | 14/03/2008

@ Fiso : Et le 'décalage de personnalité' quand on papote et qu'on se paie de crises de fou-rire un soir d'élections sur MSN avec un clown déconneur, hein....? Ou bien lorsqu'on se retrouve seule dans la campagne irlandaise avec un noir sculptural aux fesses d'airain....? Là aussi, il y en aurait des ouvrages à écrire.... des tonnes et des tonnes...

Écrit par : lancelot | 14/03/2008

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