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23/03/2008

Lancelot et Bozo

Après le numéro de l’Illusionniste, pratiqué avec talent (mais aussi regret) par Oh!91, les lumières éclatantes ont jailli sur la piste. La femme coupée en deux a ressuscité et salué le public avec grâce, les colombes ont réintégré les boîtes magiques, les lapins leurs chapeaux hauts de forme, et le Magicien est ressorti, sous un tonnerre d’applaudissements enthousiastes et bien mérités.

 

 

Noir. Les enfants attendent, le cœur un peu battant, en serrant la main de leurs parents. Qu’est-ce qui va suivre ? Les acrobates ? Le dompteur de tigres… ?

 

 

Et soudain, trois petites notes de flûte, une fenêtre s’ouvre, un écran s’allume. Voilà Lancelot. Pas le Chevalier, pas l’Equilibriste, pas le Trapéziste. Lancelot, le Clown.

 

 

Lancelot, il aime faire rire, il aime raconter des bêtises. Il aime faire des pirouettes verbales, des phrases qui cabriolent. Avec les mots, dans un dialogue écrit, il sait faire des tas de choses. Débusquer des sous-entendus là où il n’y en a pas. Reprendre des termes de son interlocuteur pour en faire des jeux de mots. Embrayer sur des répliques de théâtre, ou de cinéma, et faire deviner quelle célébrité parle, ‘sans la voix’. Si le spectateur accepte de jouer le jeu, le Clown peut créer, pour une, deux, trois minutes, sur l’écran, une conversation de personnages célèbres. Ou bien jouer à « Silence ». Ou bien à « Répétition ».

 

 

La première partie du spectacle, Lancelot la joue en se cachant. Il ne montre pas son visage, il attend d’être sûr de pouvoir faire confiance. Il parle, il chante. Il écrit, il compose. Des tonnes et des tonnes de bêtises. Cinq cent à la minute. C’est son quota. Il faut se méfier de lui. Il vous prendra la main, vous poussera aux confidences sérieuses, avec gentillesse et intérêt. Ce ne sera jamais simulé. Seulement, seulement, seulement, Lancelot, il est comme une bouteille de Coca qu’on a secouée : à un moment où à un autre, PSHIIIT !!! Faut que la vanne jaillisse, que la connerie se libère, que les bêtises fusent. Il n’y peut rien, il essaie de se dominer, mais c’est comme ça ! Il se confond toujours en excuses, APRES, mais si les spectateurs ont mauvais caractère, c’est trop tard, les blagues sont lâchées, et si elles devaient faire des dégâts, aïe ! Plus moyen de revenir en arrière…. Il lâche aussi ses petits animaux, les lilliputiens qui se tordent de rire, le chien qui aboie, le chat blanc qui fait sa toilette. Eux aussi peuvent l’aider à traduire ses émotions, à faire passer du rire, aussi contagieux que la varicelle….

 

 

La deuxième partie du show, elle se vit face à face. « On se came ? » et si le correspondant dit « oui », pas besoin d’aller alerter la brigade anti-stups : la cam ne dévoile que la grosse boubouille du Clown. Grands sourires, clins d’oeil. C’est reparti, the show must go on… L’avantage de se voir, c’est que cette fois, on peut faire en plus intervenir des accessoires. Des images, du son. De la musique en toile de fond. Des grimaces, des fous-rires. Des langues tirées, des sourcils qui gigotent. Le public s’esclaffe, applaudit. « Quel sourire, Lancelot ! » « Je sais, je me ruine en dentifrice pour ça ! » « Incroyable comme ton visage est expressif et traduit tes sentiments » « Ben, j’y suis pour rien, c’est Maman qui m’a fabriqué ainsi… Ma "putain de gueule"...»

 

 

En général, Lancelot le Clown, il fait les fins de soirées… Il continue les gambades, les courses à cloche-pied, les grimaces, jusqu’à ce que les spectateurs, détendus, la rate dilatée, lui disent « Il est tard, Lancelot, je vais aller me coucher ». Il est toujours triste de laisser partir son public. Mais, faut bien que les gens dorment, y compris lui, s’pas ? Alors il salue, fait encore un grand sourire avec sa laaaaaarge bouche (comme celle de la grenouille de la blague) et puis, clic, il disparaît.

Heureux d’avoir fait rire, et d’avoir ri à l’unisson. Heureux d’avoir créé pour un court moment, un lien, un courant, une empathie, entre le spectateur et lui-même.

 

 

« Lancelot », drôle de nom, ça, pour un clown. On aurait préféré Achille, ou Coco. Ben non, que voulez-vous, ce clown-là, il trouve tout ça ridicule. Sous ses complexes, Lancelot, il cache une assez haute opinion de lui-même. Clown, d’accord, mais pas Pitre. Il veut bien faire rire, s’esclaffer les gens, même, mais il ne veut pas être ridicule. Surtout pas. Il sait qu’il peut l’être. Ca le terrorise. Ce Bozo qui existe en lui, il a mis des années à le comprendre, à le rééduquer, à lui apprendre à se contrôler. Il a très vite compris qu’il ne pouvait pas, et qu’il ne devait pas le tuer. Bozo, c’est le jumeau de Lancelot. Son autre moitié. Non pas sa part d’ombre (aucune méchanceté), ni sa face cachée (il jaillit toujours comme un diable à ressort, sans y avoir été invité). Juste son frère qui veut bien se tenir en retrait, et surgir lorsqu’il pourrait être utile. Un pacte qu’ils ont passé tous les deux il y a bien longtemps.

 

 

Lorsqu’il rencontre des gens pour la première fois, Lancelot est plus Lancelot que jamais. Bozo est enfermé à double tour, et d’ailleurs, il ne veut pas sortir. La foule, les nouvelles rencontres le terrorisent autant que son frère. Prendre la parole devant un public inconnu ? Horrible ! Terrible ! Lancelot, lui, n’en mène pas large, mais il a un peu plus de courage que son frère. Il accepte de faire face, en faisant le sérieux. Le sévère. Le méchant, même. Les débuts d’année, les face à face avec les nouvelles classes. Silence dans les rangs. Lancelot noircit son œil, redresse le menton « Eh bien bonjour à tous et bienvenue… » C’est parti. Silence dans les salles. On écoute, on prend des notes. Ca moufte pas. Si c’est le cas, Lancelot prend sa voix glaciale et son air ‘qui tue’. Ca marche ! Ca fait peur. Enfin, ça fonctionne deux mois environ. Entretemps, Bozo aura entr’ouvert la porte, observé prudemment le terrain… Il se sera avancé, petit à petit, et puis, le jour où il se sentira en confiance, il tirera Lancelot en arrière à la première occasion propice : « Pousse-toi de là, je vais lancer ma vanne ! » Eclats de rire. Et si ça marche, ce salaud de Bozo multipliera par la suite les apparitions et piquera la vedette à son frère. Même topo que précédemment sur écran, avec d’autres accessoires cette fois. On fait deviner des mots de vocabulaire en utilisant le langage des sourds-muets, ou en jouant au pendu. On raconte en anglais l’histoire de Boucle d’or et des trois ours en refaisant les voix. Ou la vie d’Henry VIII, peu importe. On se tape la tête contre le tableau lorsque les fautes des élèves sont trop grosses ou répétitives (nuage de craie…). On refuse de rendre leurs copies aux élèves qui ont « oublié » leur cahier ce jour-là : « Ben quoi, tu me dis que ‘c’est la première fois’ comme si c’était une excuse ? Pour moi aussi c’est la première fois ! J’ai oublié de corriger ta copie ». Autour, ça se tord de rire. Bref, tout, tout, tout, est bon pour faire durer le spectacle et, en douce, faire ingurgiter de l’anglais à un public dont la motivation varie comme un baromètre. En coulisse, Lancelot proteste « Ben et moi je fais quoi ? » Dans un éclat de rire, Bozo lui reclaque la porte au nez « Oh, toi, tais-toi, et corrige des copies. Je t’appellerai s’il y a un problème de discipline. A toi le sale boulot… »

 

 

Pour finir, je suis aussi un usurpateur. Mais d’un autre genre. Je ne dispose pas, comme Oh !, d’un arc pour viser loin. Je n’atteins aucune cible distante et prestigieuse ("pretiDIgieuse" !).  Je ne dispose que de deux cordes, sur une guitare cassée. Je m’épuise à trouver toutes les variations d’accords possibles dessus. Mais, fatalement, un jour le public se fatigue, la musique le lasse, et la lumière s’éteint.

 

 

M'en fous, je la rallume ailleurs. Plus tard.

23:12 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : personnalité

Commentaires

Moi je l'aime aussi le Bozo qui est en toi. Il fait partie de toi, il s'additionne à ta part tendre sans s'y soustraire, à ta part d'éveillé révolté aussi, à ta part besogneuse et scrupuleuse. Je l'aime tant, ce Bozo, que je m'en paye une bonne tranche demain soir à Paris : une représentation de danses Bozo (du nom de cette ethnie qui vit dans le bassin du fleuve Niger), avec des Bozos passablement dévêtus, sur-maquillés, et surtout totalement endiablés... Miam ! Je t'en reparlerai.

Écrit par : Oh!91 | 26/03/2008

Dis donc mon Lanlan, si moi je suis depressif toi tu es carrément dans l'introspection, niveau "unter das".

Moi, je n'aime pas les clowns. Ils sont maquillés, ils font peur, ils sont tristes.

Je préfère le Lancelot chevalier blanc.

Écrit par : Panama | 26/03/2008

@ Oh!91 : Je retiens surtout qu'ils seront 'passablement dévêtus', les 'Bozos' en question ! Faudra me faire un compte rendu...

@ Pan' : Moi non plus j'aime pas les clowns dans leur version classique. Ils font peur à plein de monde, moi y compris. Mais le Bozo dont je parle, il se maquille pas, il ne fait pas peur, et il est gay et gentil...
Mais je veux bien rester Chevalier Blanc pour te plaire... que ne ferais-je pas pour toi.. Tu le sais bien...

Écrit par : lancelot | 26/03/2008

Bon, moi, j’ai fait la deuxième partie du show et en plus, sauf si tu as dit ça pour me faire plaisir, j'étais la première fille !
Ca me manque ! C’est quand la prochaine ?

Écrit par : Fiso | 27/03/2008

@ Fiso : Tu sais qu'en écrivant cette note-là, je pensais à toi tout le temps ? J'ai même failli te la dédicacer mais je me suis dit que ça aurait l'air trop pédant...

Quand c'est qu'on recommence...? ohlà... il y a des choses qu'avec des filles il vaut mieux ne faire qu'une fois... Et puis mes tarifs augmentent !!! Vas-tu pouvoir suivre...?

Tu la lui as ressortie, la blague du spéculum, à ton gynécologue...? OUAFFFFF

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

Si tu me voyais, je suis rose d'émotion !
Pour les tarifs, t'inquiète, je suis prête à y mettre le prix :)
Et pour l'escartefigue, ce sera lundi à 11h30 ! Tu penseras à moi, lol ?
Comme on se connaît pas, je vais la lui sortir, ça la déridera ...

Écrit par : Fiso | 27/03/2008

... Essaie d'éviter de la lui raconter quand elle fouillera dans tes 'oeuvres vives'...! le fou-rire pourrait provoquer des rétroversions inopportunes... on sait jamais trop se qui peut se détraquer, là n'dans....

A mon tour de te dire : je plaisaaaaaante....!

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

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