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26/03/2008

Querelle et moi, émois

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J’avais 17 ans, et j’étais allé avec ma sœur voir ça un soir dans un cinéma d’art et d’essai, quelques années après sa sortie en 1978.

1628720853.JPGJe ne savais pas trop de quoi le film traitait, sinon que ça parlait vaguement d’homosexualité. Je n’avais pas lu le roman de Jean Genet, je ne connaissais pas Fassbinder, et le seul truc qui m’attirait dans ce film c’est que le rôle principal était tenu par Brad Davis, que, comme tout le monde, j’avais trouvé génial dans le cultissime « Midnight Express » d'Alan Parker.

Rétrospectivement je me souviens m’être demandé si ma sœur m’avait emmené là pour voir mes réactions. Si c’était le cas, elle en a été pour ses frais. J’étais passé, depuis des années d’entraînement, maître dans l’art de me forger un visage imperturbable et impénétrable dès qu’il était question de « ça ». Elle m’avait donné un coup de coude dans la salle : « Tu as vu ? C’est plein de pédés » Et j’avais eu d’autant moins de mal à prononcer un « Ah bon ??? » sincère que je n’avais pas vraiment fait attention. J’étais couillon et aveugle, à 17 ans, à un point de non-retour. Enfin si, il y a eu 'retour', depuis,  j'ai pris des cours (du soir...). Je pense être un peu moins con, sur ça, du moins, aujourd’hui. Un peu. J’ai appris à « affûter » mes antennes homo, comme tout le monde…

 

 

Ce dont je me souviens en tout cas, c’est que deux mecs s’étaient battus, oui, battus physiquement, comme des chiffonniers, à l’intérieur2108294866.JPG de la salle de cinéma, avant le début de la projection, pour une histoire de place volée, ou de dépassement dans la file d’attente, ou je sais plus trop quoi, et ça avait été l’affolement dans ce rassemblement de tantes, pendant quelques minutes… Il n’y avait pas eu de blessé ou de coup grave, mais je me rappelle que l’un d’eux s’était fait déchirer son tee-shirt… WOUHA ! Chouette ! On était déjà dans le vif du sujet, avant même le commencement du film… « De la sueur, du sang et des larmes » comme dirait l’autre. Enfin non, j'exagère, personne n’avait pleuré ou saigné… Mais bon, ça nous mettait déjà dans l’ambiance bagarre virile… je ne sais pas, si, pour coller encore plus étroitement au « style Genet » les deux 'boxeurs' sont par la suite allés se réconcilier en un long corps à corps tendre aux chiottes. Mais le style était donné. Moteur.

 

 

1684007331.JPGEn fait c’est un film qui m’a laissé beaucoup d’impressions très disparates et mitigées. Il m’a marqué, bien évidemment, puisque j’en reparle, plus de 20 ans après. Mais, je suis désolé pour les fans de Fassbinder ou de ce style de cinéma, globalement, non, je n’ai pas accroché. C’est toujours douloureux lorsqu’on entend les gens s’extasier devant ce qu’il est convenu de considérer comme des chefs d’œuvres, de se dire que, ben non, on s’est fait chier. J’en ai toute une collection comme ça ! « Le Bal des Vampires » de Polanski. « Apocalypse Now » de Coppola. « Citizen Kane » d’Orson Welles. A chaque fois, je me suis emmerdé, mais emmerdé ! Et pourtant c’est pas faute de m’être appliqué. Pour « Citizen Kane », notamment, je me souviens : j’avais la cassette video. Je me la suis infligée TROIS FOIS pour arriver à voir la fin du film parce qu’à chaque fois je m’endormais devant, assommé d’ennui. Et pour finir, j’en garde un souvenir chiantissime.  Comme je me connais, pour me venger, j'avais dû enregistrer, par-dessus, des épisodes de 'La Petite Maison dans la Prairie'. Sûr et certain.

 

 

Donc, pour en revenir au film qui nous occupe ici, je n’ai pas été sensible, dans ‘Querelle’, à Jeanne Moreau (ex-épouse du Welles sus-mentionné, justement) en vieille prostituée chantant d'une voix éraillée « Each man kills the thing he laaaaves… dada dada.. dada da da...». Pas sensible non plus à ce kitschissime Brest de studio avec un ciel rouge sang en permanence. Oui, je sais, c’était voulu. Mais bon… J’arrivais pas à y croire. Et les films avec conteur en voix off, genre « Jules et Jim » (tiens, Jeanne Moreau jouait aussi dedans ! décidément…) ça me saoule profondément. Je ne sais pas pourquoi, je trouve que ça donne un côté par trop artificiel à l’histoire. Dans "Querelle", le mélange du côté théâtral de certaines répliques avec l’aspect sordide des meurtres et du sexe, m’avait énormément ennuyé aussi. Comme je l’avais lu un jour sous la plume d’un lecteur de Télérama qui critiquait (à raison, selon moi) le « Baise-moi » de Catherine Breillat : « Je n’ai rien contre les films de cul, en soi, ni contre les films intellectuels, en soi, c’est le mélange des deux qui m’irrite. » Eh ben voilà. Je ne dis pas que ce mélange est impossible, mais moi, dans le meilleur des cas, il me fait m’esclaffer, et dans le pire, il m’endort.

 

 

Cependant, bien sûr, je ne serais pas ici à écrire une note si certains aspects du film ne m’avaient pas plu, et même violemment interpellé. 1148365634.JPGJe ne suis pas homo pour rien… Brad Davis, évidemment… incroyable de pouvoir magnétique, filmé à la perfection dans son muscle shirt dévoilant ses pecs poilus hyper-sexy, alternant, dans une incohérence totale, au fil des scènes, tenue blanche immaculée de marin et nudité maculée de cambouis. La caméra le caresse, met en évidence les gouttes de sueur brillant sur sa peau, fixe ses postures nonchalantes et lascives. J’ai été moins fasciné par la scène où, après avoir volontairement perdu au jeu dans un lancer de dés (« Si tu gagnes ma femme est à toi, si tu perds, ton cul est à moi »), il se fait enculer par Nono, le tenancier du bordel, que par celle où il se fait draguer par un flic qui lui demande justement de lui raconter comment ça s’est passé, avec détails. Langage cru, mots orduriers, mais aucune violence ni brutalité. Le flic, au moment où Querelle accepte de le branler, laisse ostensiblement tomber par terre son pistolet, son couteau à cran d’arrêt. J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. J’ai noté en outre que le doublage français était bien moins excitant que la version originale en anglais, que j’ai découverte hier uniquement. Les voix possèdent une tonalité basse et rauque qui sue littéralement le sexe… Enfin, la scène vers la fin où Querelle et Gilles échangent de longs baisers sensuels en se caressant leurs épaules musculeuses, je dois bien avouer qu’elle m’avait fait bander comme un dingue.

 

 

Malgré tout (ou plutôt ‘à cause de cela’ justement !!!), d’un bout à l’autre du film, j’ai traîné un sentiment affreux de frustration. Je trouvais que ça n’allait pas assez loin ! Qu’est-ce qu’ils attendaient, Gilles et Querelle, pour cesser de philosopher au clair de lune sur la 1191081752.JPG« pureté de leur amitié » entre deux pelles échangées, et pour se mettre à forniquer comme des bêtes ??? Pourquoi est-ce que Nono et Querelle étaient resté habillés pendant la scène de la saillie ? Pourquoi est-ce qu’on devait apprendre par cet imbécile de conteur français à la voix de tapette que le flic était le premier homme que Querelle ait embrassé dans sa vie, sans qu’on puisse voir ce baiser à l’écran ? De ma vie entière, en voyant un film, je n’ai jamais été aussi frustré. En sortant de là, ce qu’il m’aurait fallu pour me calmer, c’était un bon Cadinot ou une production Falcon, à mater en boucle à la télé bien peinard, la télécommande dans la main droite et devinez quoi dans la gauche ! Mais hélas… à l’époque le porno homo en était à peine à ses premiers balbutiements, j’avais pas de magnétoscope, je vivais encore chez mes parents… impensable tout ça… J’ai dû me contenter d’une bonne séance en solo avec moi-même dans mes draps. Aaaah Brad… Quelle perte pour le cinéma et les pédés ! Seize ans après ta mort je te rends hommage : tu as été à l’origine d’innombrables « émois » (assez d’hypocrisies, disons le mot, « branlettes ») de mes nuits de puceau homo.

 

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Bon, tu n’as pas été le seul. Repose en paix, mec.

Commentaires

Mouais je l'ai jamais vu celui-la. Je me souviens d'une expérience semblable avec l'Homme blessé de Chéreau. Même frustration finalement.

De toute façon je n'aime pas Genet. Trop pipi-caca-racaille. Proust, c'est bien plus marrant.

Écrit par : Panama | 26/03/2008

@ Pan' : Tu rôdes sur mon blog ce matin, mon Grand...? J'adore ça....

"L'Homme Blessé" : EXCELLENT EXEMPLE ! Encore pire ! Parce qu'en plus, on ne pouvait pas se consoler de la frustration en matant des beaux mecs. J'avais trouvé ça NUL d'un bout à l'autre. Et glauque et gluant en plus. Ce qu'au moins "Querelle" évitait.

Écrit par : lancelot | 26/03/2008

Je ne connais ni le film, ni Brad... ;S côté culture homo, je sais, j'ai des progrès à faire...

"J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. "

M'en manque un des trois alors :p

"Les voix possèdent une tonalité basse et rauque qui sue littéralement le sexe…"

Sans l'aspect sexe, c'est une description que je retrouve en parlant des finlandais parlant finnois. A ceci près que c'est peut-Être plus gutural, vomitif.

Écrit par : Damien | 26/03/2008

De Fassbinder je n'ai vu que Despair, le mariage de Maria Braun et lili Marlene. J'ai beaucoup aimé ces trois films qui m'ont marquée. Contrairement à toi, j'aime assez le côté kitch studio, (par exemple j'avais adoré casanova de Fellini). En te lisant je réalise combien je regarde les films de façon hétéro, je suis sûre d'être parfois très à l'ouest de ce que le metteur en scène veut dire (pour ce qui concerne l'homosexualité)

Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 26/03/2008

ah lala... comme je regrette d'être si inculte et de ne rien connaître à ce genre de films...

Écrit par : Joss | 26/03/2008

@ Damien : le 'un des trois' qui te manque, -la tendresse je suppose ?- ça peut se trouver (pas à tous les coups évidemment) en cherchant bien.

"On en apprend beaucoup, dans les backrooms... Sur la camaraderie, la patience, l'humour. Sur la façon dont les mecs, là-bas, peuvent se montrer gentils et généreux avec les inconnus. Ce n'est pas du tout la dépravation que l'on raconte. Moi, j'ai découvert un monde de gamins angoissés s'aimant les uns les autres dans le noir." Amistead Maupin 'Les Chroniques de San Francisco' Tome 4

Bien sûr, c'est un peu idéalisé. Mais ça peut AUSSI être vrai. Ceci dit, il existe également un autre monde homo HORS celui-ci. Je ne t'apprends rien, je suppose...

@ Valérie : J'aurais bien aimé voir Lili Marlene, mais je n'ai jamais saisi l'occasion lorsqu'elle s'est présentée... Elle ne devait pas être assez poilue pour me donner suffisamment envie de sauter le pas, je suppose... LOL
Fellini, c'est justement le style de cinéma pour lequel j'ai trop de mal... Enfin, si, j'ai bien aimé 'Satyricon', va savoir pourquoi...
Marrant en effet comme les 'regards homos' et 'regards hétéros' peuvent donner une consistance, une impression totalement en décalage sur un même film.

@ Joss (et Damien aussi) : c'est pas du tout une question de culture, plutôt d'opportunités. Si ma note avait pu vous donner envie de voir 'Querelle', j'en serais très flatté... Et il est très facile de résoudre ce problème : le film doit se trouver très facilement en DVD en location dans des clubs. Ou ailleurs... Maintenant, si ce sont uniquement les photos sexy du beau Brad qui vous font vous reprocher d'être aussi 'incultes' (LOL) je vous conseille plutôt de rechercher le 'Midnight Express' d'Alan Parker sorti en 1978, auquel je fais allusion aussi. C'est un film traitant des prisons en Turquie. C'est très dur, mais EXCELLENT. D'un intérêt bien supérieur à 'Querelle' selon moi.

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

euh... on ne connaît pas le même Damien :p

Écrit par : Damien | 27/03/2008

@ Damien : qu'est-ce que tu RACONTES ???? Damien par l'intermédiaire du blog, je n'en connais qu'un, c'est toi.

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

"@ Damien : le 'un des trois' qui te manque, -la tendresse je suppose ?- "

Tu supposais mal, c'est tout lol

Écrit par : Damien | 27/03/2008

Ah... parle-moi français, aussi.... faut pas confondre les commentaires du blog avec le chat MSN, hein... les sous-entendus circulent moins bien, et surtout moins vite !
(au fait, à propos de MSN, si le coeur t'en dit...)
...alors, sur "les trois" c'est lequel qui te manque, pour finir...? La virilité ??? OUAF OUAF OUAAAAAAAAFFFF !!!

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

Mais euh, il se moque. Maître !!!! Il se moque de moi :(

Écrit par : Damien | 27/03/2008

« J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. »
On voit que t’as jamais baisé avec une cow-girl ratée ;) J’plaisaaaaaaante !
J’ai failli bander en te lisant, faudra que je demande à Oh ! s’il a ce film dans ses rayons, pour une prochaine soirée sofa, tiens …
J’ai bien ri, aussi. Tu as raison. Le cul et l’intellect’ ça va pas ensemble. On fait l’un ou l’autre, pas les 2.

Écrit par : Fiso | 27/03/2008

@ Fiso : "On voit que t’as jamais baisé avec une cow-girl ratée ;) "

Ou je me trompe, ou ça ressemble fort à une proposition à peine voilée !!!

Yuk yuk yuk.....

J't'adore, toi... bisous

Écrit par : lancelot | 27/03/2008

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