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29/03/2008

Ecrit il y a bien longtemps... (2)

Il a neigé toute la nuit

Le paysage est tout blanc,

Tout blanc sous le soleil qui luit.

La grande forêt au flanc

De la montagne enneigée

Fait une large tache grise.

Les arbres de ouate enveloppés

Balancent sous la froide bise.

Un grand chemin tout vierge est là.

On ne distingue plus dans l’uniformité

Qu’une petite trace de pas

Perdue dans cette immensité

La neige tout en tombant l’efface.

Elle en adoucit les contours.

Peu à peu la petite place

Où quelqu’un a marché, s’efface pour toujours.

Ainsi dans notre cœur

Les pas de la douleur

Se marquent d’abord profondément

Puis, peu à peu, de moment en moment

La neige du temps

Avec son mouvement lent

Les enveloppe dans ses plis,

Les adoucit.

Et il ne reste bientôt plus

Là où la douleur fut

Qu’un petit creux que souvenir

Va amortir et embellir.

Ainsi tout s’efface,

Tout passe.

Et là-haut le temps éternel

Solennel

Tourne son sablier

Sans sourciller

D’un geste las.

Puis regarde vers le bas,

Vers le monde, vers nous, en essayant

Le tranchant

De sa faux d’argent.

 

 

 

 

(Au cas où ça en intéresserait... pour le "Ecrit il y a bien longtemps... (1)" c'était

20:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie

26/03/2008

Querelle et moi, émois

44499816.JPG

J’avais 17 ans, et j’étais allé avec ma sœur voir ça un soir dans un cinéma d’art et d’essai, quelques années après sa sortie en 1978.

1628720853.JPGJe ne savais pas trop de quoi le film traitait, sinon que ça parlait vaguement d’homosexualité. Je n’avais pas lu le roman de Jean Genet, je ne connaissais pas Fassbinder, et le seul truc qui m’attirait dans ce film c’est que le rôle principal était tenu par Brad Davis, que, comme tout le monde, j’avais trouvé génial dans le cultissime « Midnight Express » d'Alan Parker.

Rétrospectivement je me souviens m’être demandé si ma sœur m’avait emmené là pour voir mes réactions. Si c’était le cas, elle en a été pour ses frais. J’étais passé, depuis des années d’entraînement, maître dans l’art de me forger un visage imperturbable et impénétrable dès qu’il était question de « ça ». Elle m’avait donné un coup de coude dans la salle : « Tu as vu ? C’est plein de pédés » Et j’avais eu d’autant moins de mal à prononcer un « Ah bon ??? » sincère que je n’avais pas vraiment fait attention. J’étais couillon et aveugle, à 17 ans, à un point de non-retour. Enfin si, il y a eu 'retour', depuis,  j'ai pris des cours (du soir...). Je pense être un peu moins con, sur ça, du moins, aujourd’hui. Un peu. J’ai appris à « affûter » mes antennes homo, comme tout le monde…

 

 

Ce dont je me souviens en tout cas, c’est que deux mecs s’étaient battus, oui, battus physiquement, comme des chiffonniers, à l’intérieur2108294866.JPG de la salle de cinéma, avant le début de la projection, pour une histoire de place volée, ou de dépassement dans la file d’attente, ou je sais plus trop quoi, et ça avait été l’affolement dans ce rassemblement de tantes, pendant quelques minutes… Il n’y avait pas eu de blessé ou de coup grave, mais je me rappelle que l’un d’eux s’était fait déchirer son tee-shirt… WOUHA ! Chouette ! On était déjà dans le vif du sujet, avant même le commencement du film… « De la sueur, du sang et des larmes » comme dirait l’autre. Enfin non, j'exagère, personne n’avait pleuré ou saigné… Mais bon, ça nous mettait déjà dans l’ambiance bagarre virile… je ne sais pas, si, pour coller encore plus étroitement au « style Genet » les deux 'boxeurs' sont par la suite allés se réconcilier en un long corps à corps tendre aux chiottes. Mais le style était donné. Moteur.

 

 

1684007331.JPGEn fait c’est un film qui m’a laissé beaucoup d’impressions très disparates et mitigées. Il m’a marqué, bien évidemment, puisque j’en reparle, plus de 20 ans après. Mais, je suis désolé pour les fans de Fassbinder ou de ce style de cinéma, globalement, non, je n’ai pas accroché. C’est toujours douloureux lorsqu’on entend les gens s’extasier devant ce qu’il est convenu de considérer comme des chefs d’œuvres, de se dire que, ben non, on s’est fait chier. J’en ai toute une collection comme ça ! « Le Bal des Vampires » de Polanski. « Apocalypse Now » de Coppola. « Citizen Kane » d’Orson Welles. A chaque fois, je me suis emmerdé, mais emmerdé ! Et pourtant c’est pas faute de m’être appliqué. Pour « Citizen Kane », notamment, je me souviens : j’avais la cassette video. Je me la suis infligée TROIS FOIS pour arriver à voir la fin du film parce qu’à chaque fois je m’endormais devant, assommé d’ennui. Et pour finir, j’en garde un souvenir chiantissime.  Comme je me connais, pour me venger, j'avais dû enregistrer, par-dessus, des épisodes de 'La Petite Maison dans la Prairie'. Sûr et certain.

 

 

Donc, pour en revenir au film qui nous occupe ici, je n’ai pas été sensible, dans ‘Querelle’, à Jeanne Moreau (ex-épouse du Welles sus-mentionné, justement) en vieille prostituée chantant d'une voix éraillée « Each man kills the thing he laaaaves… dada dada.. dada da da...». Pas sensible non plus à ce kitschissime Brest de studio avec un ciel rouge sang en permanence. Oui, je sais, c’était voulu. Mais bon… J’arrivais pas à y croire. Et les films avec conteur en voix off, genre « Jules et Jim » (tiens, Jeanne Moreau jouait aussi dedans ! décidément…) ça me saoule profondément. Je ne sais pas pourquoi, je trouve que ça donne un côté par trop artificiel à l’histoire. Dans "Querelle", le mélange du côté théâtral de certaines répliques avec l’aspect sordide des meurtres et du sexe, m’avait énormément ennuyé aussi. Comme je l’avais lu un jour sous la plume d’un lecteur de Télérama qui critiquait (à raison, selon moi) le « Baise-moi » de Catherine Breillat : « Je n’ai rien contre les films de cul, en soi, ni contre les films intellectuels, en soi, c’est le mélange des deux qui m’irrite. » Eh ben voilà. Je ne dis pas que ce mélange est impossible, mais moi, dans le meilleur des cas, il me fait m’esclaffer, et dans le pire, il m’endort.

 

 

Cependant, bien sûr, je ne serais pas ici à écrire une note si certains aspects du film ne m’avaient pas plu, et même violemment interpellé. 1148365634.JPGJe ne suis pas homo pour rien… Brad Davis, évidemment… incroyable de pouvoir magnétique, filmé à la perfection dans son muscle shirt dévoilant ses pecs poilus hyper-sexy, alternant, dans une incohérence totale, au fil des scènes, tenue blanche immaculée de marin et nudité maculée de cambouis. La caméra le caresse, met en évidence les gouttes de sueur brillant sur sa peau, fixe ses postures nonchalantes et lascives. J’ai été moins fasciné par la scène où, après avoir volontairement perdu au jeu dans un lancer de dés (« Si tu gagnes ma femme est à toi, si tu perds, ton cul est à moi »), il se fait enculer par Nono, le tenancier du bordel, que par celle où il se fait draguer par un flic qui lui demande justement de lui raconter comment ça s’est passé, avec détails. Langage cru, mots orduriers, mais aucune violence ni brutalité. Le flic, au moment où Querelle accepte de le branler, laisse ostensiblement tomber par terre son pistolet, son couteau à cran d’arrêt. J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. J’ai noté en outre que le doublage français était bien moins excitant que la version originale en anglais, que j’ai découverte hier uniquement. Les voix possèdent une tonalité basse et rauque qui sue littéralement le sexe… Enfin, la scène vers la fin où Querelle et Gilles échangent de longs baisers sensuels en se caressant leurs épaules musculeuses, je dois bien avouer qu’elle m’avait fait bander comme un dingue.

 

 

Malgré tout (ou plutôt ‘à cause de cela’ justement !!!), d’un bout à l’autre du film, j’ai traîné un sentiment affreux de frustration. Je trouvais que ça n’allait pas assez loin ! Qu’est-ce qu’ils attendaient, Gilles et Querelle, pour cesser de philosopher au clair de lune sur la 1191081752.JPG« pureté de leur amitié » entre deux pelles échangées, et pour se mettre à forniquer comme des bêtes ??? Pourquoi est-ce que Nono et Querelle étaient resté habillés pendant la scène de la saillie ? Pourquoi est-ce qu’on devait apprendre par cet imbécile de conteur français à la voix de tapette que le flic était le premier homme que Querelle ait embrassé dans sa vie, sans qu’on puisse voir ce baiser à l’écran ? De ma vie entière, en voyant un film, je n’ai jamais été aussi frustré. En sortant de là, ce qu’il m’aurait fallu pour me calmer, c’était un bon Cadinot ou une production Falcon, à mater en boucle à la télé bien peinard, la télécommande dans la main droite et devinez quoi dans la gauche ! Mais hélas… à l’époque le porno homo en était à peine à ses premiers balbutiements, j’avais pas de magnétoscope, je vivais encore chez mes parents… impensable tout ça… J’ai dû me contenter d’une bonne séance en solo avec moi-même dans mes draps. Aaaah Brad… Quelle perte pour le cinéma et les pédés ! Seize ans après ta mort je te rends hommage : tu as été à l’origine d’innombrables « émois » (assez d’hypocrisies, disons le mot, « branlettes ») de mes nuits de puceau homo.

 

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Bon, tu n’as pas été le seul. Repose en paix, mec.

23/03/2008

Lancelot et Bozo

Après le numéro de l’Illusionniste, pratiqué avec talent (mais aussi regret) par Oh!91, les lumières éclatantes ont jailli sur la piste. La femme coupée en deux a ressuscité et salué le public avec grâce, les colombes ont réintégré les boîtes magiques, les lapins leurs chapeaux hauts de forme, et le Magicien est ressorti, sous un tonnerre d’applaudissements enthousiastes et bien mérités.

 

 

Noir. Les enfants attendent, le cœur un peu battant, en serrant la main de leurs parents. Qu’est-ce qui va suivre ? Les acrobates ? Le dompteur de tigres… ?

 

 

Et soudain, trois petites notes de flûte, une fenêtre s’ouvre, un écran s’allume. Voilà Lancelot. Pas le Chevalier, pas l’Equilibriste, pas le Trapéziste. Lancelot, le Clown.

 

 

Lancelot, il aime faire rire, il aime raconter des bêtises. Il aime faire des pirouettes verbales, des phrases qui cabriolent. Avec les mots, dans un dialogue écrit, il sait faire des tas de choses. Débusquer des sous-entendus là où il n’y en a pas. Reprendre des termes de son interlocuteur pour en faire des jeux de mots. Embrayer sur des répliques de théâtre, ou de cinéma, et faire deviner quelle célébrité parle, ‘sans la voix’. Si le spectateur accepte de jouer le jeu, le Clown peut créer, pour une, deux, trois minutes, sur l’écran, une conversation de personnages célèbres. Ou bien jouer à « Silence ». Ou bien à « Répétition ».

 

 

La première partie du spectacle, Lancelot la joue en se cachant. Il ne montre pas son visage, il attend d’être sûr de pouvoir faire confiance. Il parle, il chante. Il écrit, il compose. Des tonnes et des tonnes de bêtises. Cinq cent à la minute. C’est son quota. Il faut se méfier de lui. Il vous prendra la main, vous poussera aux confidences sérieuses, avec gentillesse et intérêt. Ce ne sera jamais simulé. Seulement, seulement, seulement, Lancelot, il est comme une bouteille de Coca qu’on a secouée : à un moment où à un autre, PSHIIIT !!! Faut que la vanne jaillisse, que la connerie se libère, que les bêtises fusent. Il n’y peut rien, il essaie de se dominer, mais c’est comme ça ! Il se confond toujours en excuses, APRES, mais si les spectateurs ont mauvais caractère, c’est trop tard, les blagues sont lâchées, et si elles devaient faire des dégâts, aïe ! Plus moyen de revenir en arrière…. Il lâche aussi ses petits animaux, les lilliputiens qui se tordent de rire, le chien qui aboie, le chat blanc qui fait sa toilette. Eux aussi peuvent l’aider à traduire ses émotions, à faire passer du rire, aussi contagieux que la varicelle….

 

 

La deuxième partie du show, elle se vit face à face. « On se came ? » et si le correspondant dit « oui », pas besoin d’aller alerter la brigade anti-stups : la cam ne dévoile que la grosse boubouille du Clown. Grands sourires, clins d’oeil. C’est reparti, the show must go on… L’avantage de se voir, c’est que cette fois, on peut faire en plus intervenir des accessoires. Des images, du son. De la musique en toile de fond. Des grimaces, des fous-rires. Des langues tirées, des sourcils qui gigotent. Le public s’esclaffe, applaudit. « Quel sourire, Lancelot ! » « Je sais, je me ruine en dentifrice pour ça ! » « Incroyable comme ton visage est expressif et traduit tes sentiments » « Ben, j’y suis pour rien, c’est Maman qui m’a fabriqué ainsi… Ma "putain de gueule"...»

 

 

En général, Lancelot le Clown, il fait les fins de soirées… Il continue les gambades, les courses à cloche-pied, les grimaces, jusqu’à ce que les spectateurs, détendus, la rate dilatée, lui disent « Il est tard, Lancelot, je vais aller me coucher ». Il est toujours triste de laisser partir son public. Mais, faut bien que les gens dorment, y compris lui, s’pas ? Alors il salue, fait encore un grand sourire avec sa laaaaaarge bouche (comme celle de la grenouille de la blague) et puis, clic, il disparaît.

Heureux d’avoir fait rire, et d’avoir ri à l’unisson. Heureux d’avoir créé pour un court moment, un lien, un courant, une empathie, entre le spectateur et lui-même.

 

 

« Lancelot », drôle de nom, ça, pour un clown. On aurait préféré Achille, ou Coco. Ben non, que voulez-vous, ce clown-là, il trouve tout ça ridicule. Sous ses complexes, Lancelot, il cache une assez haute opinion de lui-même. Clown, d’accord, mais pas Pitre. Il veut bien faire rire, s’esclaffer les gens, même, mais il ne veut pas être ridicule. Surtout pas. Il sait qu’il peut l’être. Ca le terrorise. Ce Bozo qui existe en lui, il a mis des années à le comprendre, à le rééduquer, à lui apprendre à se contrôler. Il a très vite compris qu’il ne pouvait pas, et qu’il ne devait pas le tuer. Bozo, c’est le jumeau de Lancelot. Son autre moitié. Non pas sa part d’ombre (aucune méchanceté), ni sa face cachée (il jaillit toujours comme un diable à ressort, sans y avoir été invité). Juste son frère qui veut bien se tenir en retrait, et surgir lorsqu’il pourrait être utile. Un pacte qu’ils ont passé tous les deux il y a bien longtemps.

 

 

Lorsqu’il rencontre des gens pour la première fois, Lancelot est plus Lancelot que jamais. Bozo est enfermé à double tour, et d’ailleurs, il ne veut pas sortir. La foule, les nouvelles rencontres le terrorisent autant que son frère. Prendre la parole devant un public inconnu ? Horrible ! Terrible ! Lancelot, lui, n’en mène pas large, mais il a un peu plus de courage que son frère. Il accepte de faire face, en faisant le sérieux. Le sévère. Le méchant, même. Les débuts d’année, les face à face avec les nouvelles classes. Silence dans les rangs. Lancelot noircit son œil, redresse le menton « Eh bien bonjour à tous et bienvenue… » C’est parti. Silence dans les salles. On écoute, on prend des notes. Ca moufte pas. Si c’est le cas, Lancelot prend sa voix glaciale et son air ‘qui tue’. Ca marche ! Ca fait peur. Enfin, ça fonctionne deux mois environ. Entretemps, Bozo aura entr’ouvert la porte, observé prudemment le terrain… Il se sera avancé, petit à petit, et puis, le jour où il se sentira en confiance, il tirera Lancelot en arrière à la première occasion propice : « Pousse-toi de là, je vais lancer ma vanne ! » Eclats de rire. Et si ça marche, ce salaud de Bozo multipliera par la suite les apparitions et piquera la vedette à son frère. Même topo que précédemment sur écran, avec d’autres accessoires cette fois. On fait deviner des mots de vocabulaire en utilisant le langage des sourds-muets, ou en jouant au pendu. On raconte en anglais l’histoire de Boucle d’or et des trois ours en refaisant les voix. Ou la vie d’Henry VIII, peu importe. On se tape la tête contre le tableau lorsque les fautes des élèves sont trop grosses ou répétitives (nuage de craie…). On refuse de rendre leurs copies aux élèves qui ont « oublié » leur cahier ce jour-là : « Ben quoi, tu me dis que ‘c’est la première fois’ comme si c’était une excuse ? Pour moi aussi c’est la première fois ! J’ai oublié de corriger ta copie ». Autour, ça se tord de rire. Bref, tout, tout, tout, est bon pour faire durer le spectacle et, en douce, faire ingurgiter de l’anglais à un public dont la motivation varie comme un baromètre. En coulisse, Lancelot proteste « Ben et moi je fais quoi ? » Dans un éclat de rire, Bozo lui reclaque la porte au nez « Oh, toi, tais-toi, et corrige des copies. Je t’appellerai s’il y a un problème de discipline. A toi le sale boulot… »

 

 

Pour finir, je suis aussi un usurpateur. Mais d’un autre genre. Je ne dispose pas, comme Oh !, d’un arc pour viser loin. Je n’atteins aucune cible distante et prestigieuse ("pretiDIgieuse" !).  Je ne dispose que de deux cordes, sur une guitare cassée. Je m’épuise à trouver toutes les variations d’accords possibles dessus. Mais, fatalement, un jour le public se fatigue, la musique le lasse, et la lumière s’éteint.

 

 

M'en fous, je la rallume ailleurs. Plus tard.

23:12 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : personnalité