29.03.2008

Ecrit il y a bien longtemps... (2)

Il a neigé toute la nuit

Le paysage est tout blanc,

Tout blanc sous le soleil qui luit.

La grande forêt au flanc

De la montagne enneigée

Fait une large tache grise.

Les arbres de ouate enveloppés

Balancent sous la froide bise.

Un grand chemin tout vierge est là.

On ne distingue plus dans l’uniformité

Qu’une petite trace de pas

Perdue dans cette immensité

La neige tout en tombant l’efface.

Elle en adoucit les contours.

Peu à peu la petite place

Où quelqu’un a marché, s’efface pour toujours.

Ainsi dans notre cœur

Les pas de la douleur

Se marquent d’abord profondément

Puis, peu à peu, de moment en moment

La neige du temps

Avec son mouvement lent

Les enveloppe dans ses plis,

Les adoucit.

Et il ne reste bientôt plus

Là où la douleur fut

Qu’un petit creux que souvenir

Va amortir et embellir.

Ainsi tout s’efface,

Tout passe.

Et là-haut le temps éternel

Solennel

Tourne son sablier

Sans sourciller

D’un geste las.

Puis regarde vers le bas,

Vers le monde, vers nous, en essayant

Le tranchant

De sa faux d’argent.

 

 

 

 

(Au cas où ça en intéresserait... pour le "Ecrit il y a bien longtemps... (1)" c'était

26.03.2008

Querelle et moi, émois

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J’avais 17 ans, et j’étais allé avec ma sœur voir ça un soir dans un cinéma d’art et d’essai, quelques années après sa sortie en 1978.

1628720853.JPGJe ne savais pas trop de quoi le film traitait, sinon que ça parlait vaguement d’homosexualité. Je n’avais pas lu le roman de Jean Genet, je ne connaissais pas Fassbinder, et le seul truc qui m’attirait dans ce film c’est que le rôle principal était tenu par Brad Davis, que, comme tout le monde, j’avais trouvé génial dans le cultissime « Midnight Express » d'Alan Parker.

Rétrospectivement je me souviens m’être demandé si ma sœur m’avait emmené là pour voir mes réactions. Si c’était le cas, elle en a été pour ses frais. J’étais passé, depuis des années d’entraînement, maître dans l’art de me forger un visage imperturbable et impénétrable dès qu’il était question de « ça ». Elle m’avait donné un coup de coude dans la salle : « Tu as vu ? C’est plein de pédés » Et j’avais eu d’autant moins de mal à prononcer un « Ah bon ??? » sincère que je n’avais pas vraiment fait attention. J’étais couillon et aveugle, à 17 ans, à un point de non-retour. Enfin si, il y a eu 'retour', depuis,  j'ai pris des cours (du soir...). Je pense être un peu moins con, sur ça, du moins, aujourd’hui. Un peu. J’ai appris à « affûter » mes antennes homo, comme tout le monde…

 

 

Ce dont je me souviens en tout cas, c’est que deux mecs s’étaient battus, oui, battus physiquement, comme des chiffonniers, à l’intérieur2108294866.JPG de la salle de cinéma, avant le début de la projection, pour une histoire de place volée, ou de dépassement dans la file d’attente, ou je sais plus trop quoi, et ça avait été l’affolement dans ce rassemblement de tantes, pendant quelques minutes… Il n’y avait pas eu de blessé ou de coup grave, mais je me rappelle que l’un d’eux s’était fait déchirer son tee-shirt… WOUHA ! Chouette ! On était déjà dans le vif du sujet, avant même le commencement du film… « De la sueur, du sang et des larmes » comme dirait l’autre. Enfin non, j'exagère, personne n’avait pleuré ou saigné… Mais bon, ça nous mettait déjà dans l’ambiance bagarre virile… je ne sais pas, si, pour coller encore plus étroitement au « style Genet » les deux 'boxeurs' sont par la suite allés se réconcilier en un long corps à corps tendre aux chiottes. Mais le style était donné. Moteur.

 

 

1684007331.JPGEn fait c’est un film qui m’a laissé beaucoup d’impressions très disparates et mitigées. Il m’a marqué, bien évidemment, puisque j’en reparle, plus de 20 ans après. Mais, je suis désolé pour les fans de Fassbinder ou de ce style de cinéma, globalement, non, je n’ai pas accroché. C’est toujours douloureux lorsqu’on entend les gens s’extasier devant ce qu’il est convenu de considérer comme des chefs d’œuvres, de se dire que, ben non, on s’est fait chier. J’en ai toute une collection comme ça ! « Le Bal des Vampires » de Polanski. « Apocalypse Now » de Coppola. « Citizen Kane » d’Orson Welles. A chaque fois, je me suis emmerdé, mais emmerdé ! Et pourtant c’est pas faute de m’être appliqué. Pour « Citizen Kane », notamment, je me souviens : j’avais la cassette video. Je me la suis infligée TROIS FOIS pour arriver à voir la fin du film parce qu’à chaque fois je m’endormais devant, assommé d’ennui. Et pour finir, j’en garde un souvenir chiantissime.  Comme je me connais, pour me venger, j'avais dû enregistrer, par-dessus, des épisodes de 'La Petite Maison dans la Prairie'. Sûr et certain.

 

 

Donc, pour en revenir au film qui nous occupe ici, je n’ai pas été sensible, dans ‘Querelle’, à Jeanne Moreau (ex-épouse du Welles sus-mentionné, justement) en vieille prostituée chantant d'une voix éraillée « Each man kills the thing he laaaaves… dada dada.. dada da da...». Pas sensible non plus à ce kitschissime Brest de studio avec un ciel rouge sang en permanence. Oui, je sais, c’était voulu. Mais bon… J’arrivais pas à y croire. Et les films avec conteur en voix off, genre « Jules et Jim » (tiens, Jeanne Moreau jouait aussi dedans ! décidément…) ça me saoule profondément. Je ne sais pas pourquoi, je trouve que ça donne un côté par trop artificiel à l’histoire. Dans "Querelle", le mélange du côté théâtral de certaines répliques avec l’aspect sordide des meurtres et du sexe, m’avait énormément ennuyé aussi. Comme je l’avais lu un jour sous la plume d’un lecteur de Télérama qui critiquait (à raison, selon moi) le « Baise-moi » de Catherine Breillat : « Je n’ai rien contre les films de cul, en soi, ni contre les films intellectuels, en soi, c’est le mélange des deux qui m’irrite. » Eh ben voilà. Je ne dis pas que ce mélange est impossible, mais moi, dans le meilleur des cas, il me fait m’esclaffer, et dans le pire, il m’endort.

 

 

Cependant, bien sûr, je ne serais pas ici à écrire une note si certains aspects du film ne m’avaient pas plu, et même violemment interpellé. 1148365634.JPGJe ne suis pas homo pour rien… Brad Davis, évidemment… incroyable de pouvoir magnétique, filmé à la perfection dans son muscle shirt dévoilant ses pecs poilus hyper-sexy, alternant, dans une incohérence totale, au fil des scènes, tenue blanche immaculée de marin et nudité maculée de cambouis. La caméra le caresse, met en évidence les gouttes de sueur brillant sur sa peau, fixe ses postures nonchalantes et lascives. J’ai été moins fasciné par la scène où, après avoir volontairement perdu au jeu dans un lancer de dés (« Si tu gagnes ma femme est à toi, si tu perds, ton cul est à moi »), il se fait enculer par Nono, le tenancier du bordel, que par celle où il se fait draguer par un flic qui lui demande justement de lui raconter comment ça s’est passé, avec détails. Langage cru, mots orduriers, mais aucune violence ni brutalité. Le flic, au moment où Querelle accepte de le branler, laisse ostensiblement tomber par terre son pistolet, son couteau à cran d’arrêt. J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. J’ai noté en outre que le doublage français était bien moins excitant que la version originale en anglais, que j’ai découverte hier uniquement. Les voix possèdent une tonalité basse et rauque qui sue littéralement le sexe… Enfin, la scène vers la fin où Querelle et Gilles échangent de longs baisers sensuels en se caressant leurs épaules musculeuses, je dois bien avouer qu’elle m’avait fait bander comme un dingue.

 

 

Malgré tout (ou plutôt ‘à cause de cela’ justement !!!), d’un bout à l’autre du film, j’ai traîné un sentiment affreux de frustration. Je trouvais que ça n’allait pas assez loin ! Qu’est-ce qu’ils attendaient, Gilles et Querelle, pour cesser de philosopher au clair de lune sur la 1191081752.JPG« pureté de leur amitié » entre deux pelles échangées, et pour se mettre à forniquer comme des bêtes ??? Pourquoi est-ce que Nono et Querelle étaient resté habillés pendant la scène de la saillie ? Pourquoi est-ce qu’on devait apprendre par cet imbécile de conteur français à la voix de tapette que le flic était le premier homme que Querelle ait embrassé dans sa vie, sans qu’on puisse voir ce baiser à l’écran ? De ma vie entière, en voyant un film, je n’ai jamais été aussi frustré. En sortant de là, ce qu’il m’aurait fallu pour me calmer, c’était un bon Cadinot ou une production Falcon, à mater en boucle à la télé bien peinard, la télécommande dans la main droite et devinez quoi dans la gauche ! Mais hélas… à l’époque le porno homo en était à peine à ses premiers balbutiements, j’avais pas de magnétoscope, je vivais encore chez mes parents… impensable tout ça… J’ai dû me contenter d’une bonne séance en solo avec moi-même dans mes draps. Aaaah Brad… Quelle perte pour le cinéma et les pédés ! Seize ans après ta mort je te rends hommage : tu as été à l’origine d’innombrables « émois » (assez d’hypocrisies, disons le mot, « branlettes ») de mes nuits de puceau homo.

 

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Bon, tu n’as pas été le seul. Repose en paix, mec.

23.03.2008

Lancelot et Bozo

Après le numéro de l’Illusionniste, pratiqué avec talent (mais aussi regret) par Oh!91, les lumières éclatantes ont jailli sur la piste. La femme coupée en deux a ressuscité et salué le public avec grâce, les colombes ont réintégré les boîtes magiques, les lapins leurs chapeaux hauts de forme, et le Magicien est ressorti, sous un tonnerre d’applaudissements enthousiastes et bien mérités.

 

 

Noir. Les enfants attendent, le cœur un peu battant, en serrant la main de leurs parents. Qu’est-ce qui va suivre ? Les acrobates ? Le dompteur de tigres… ?

 

 

Et soudain, trois petites notes de flûte, une fenêtre s’ouvre, un écran s’allume. Voilà Lancelot. Pas le Chevalier, pas l’Equilibriste, pas le Trapéziste. Lancelot, le Clown.

 

 

Lancelot, il aime faire rire, il aime raconter des bêtises. Il aime faire des pirouettes verbales, des phrases qui cabriolent. Avec les mots, dans un dialogue écrit, il sait faire des tas de choses. Débusquer des sous-entendus là où il n’y en a pas. Reprendre des termes de son interlocuteur pour en faire des jeux de mots. Embrayer sur des répliques de théâtre, ou de cinéma, et faire deviner quelle célébrité parle, ‘sans la voix’. Si le spectateur accepte de jouer le jeu, le Clown peut créer, pour une, deux, trois minutes, sur l’écran, une conversation de personnages célèbres. Ou bien jouer à « Silence ». Ou bien à « Répétition ».

 

 

La première partie du spectacle, Lancelot la joue en se cachant. Il ne montre pas son visage, il attend d’être sûr de pouvoir faire confiance. Il parle, il chante. Il écrit, il compose. Des tonnes et des tonnes de bêtises. Cinq cent à la minute. C’est son quota. Il faut se méfier de lui. Il vous prendra la main, vous poussera aux confidences sérieuses, avec gentillesse et intérêt. Ce ne sera jamais simulé. Seulement, seulement, seulement, Lancelot, il est comme une bouteille de Coca qu’on a secouée : à un moment où à un autre, PSHIIIT !!! Faut que la vanne jaillisse, que la connerie se libère, que les bêtises fusent. Il n’y peut rien, il essaie de se dominer, mais c’est comme ça ! Il se confond toujours en excuses, APRES, mais si les spectateurs ont mauvais caractère, c’est trop tard, les blagues sont lâchées, et si elles devaient faire des dégâts, aïe ! Plus moyen de revenir en arrière…. Il lâche aussi ses petits animaux, les lilliputiens qui se tordent de rire, le chien qui aboie, le chat blanc qui fait sa toilette. Eux aussi peuvent l’aider à traduire ses émotions, à faire passer du rire, aussi contagieux que la varicelle….

 

 

La deuxième partie du show, elle se vit face à face. « On se came ? » et si le correspondant dit « oui », pas besoin d’aller alerter la brigade anti-stups : la cam ne dévoile que la grosse boubouille du Clown. Grands sourires, clins d’oeil. C’est reparti, the show must go on… L’avantage de se voir, c’est que cette fois, on peut faire en plus intervenir des accessoires. Des images, du son. De la musique en toile de fond. Des grimaces, des fous-rires. Des langues tirées, des sourcils qui gigotent. Le public s’esclaffe, applaudit. « Quel sourire, Lancelot ! » « Je sais, je me ruine en dentifrice pour ça ! » « Incroyable comme ton visage est expressif et traduit tes sentiments » « Ben, j’y suis pour rien, c’est Maman qui m’a fabriqué ainsi… Ma "putain de gueule"...»

 

 

En général, Lancelot le Clown, il fait les fins de soirées… Il continue les gambades, les courses à cloche-pied, les grimaces, jusqu’à ce que les spectateurs, détendus, la rate dilatée, lui disent « Il est tard, Lancelot, je vais aller me coucher ». Il est toujours triste de laisser partir son public. Mais, faut bien que les gens dorment, y compris lui, s’pas ? Alors il salue, fait encore un grand sourire avec sa laaaaaarge bouche (comme celle de la grenouille de la blague) et puis, clic, il disparaît.

Heureux d’avoir fait rire, et d’avoir ri à l’unisson. Heureux d’avoir créé pour un court moment, un lien, un courant, une empathie, entre le spectateur et lui-même.

 

 

« Lancelot », drôle de nom, ça, pour un clown. On aurait préféré Achille, ou Coco. Ben non, que voulez-vous, ce clown-là, il trouve tout ça ridicule. Sous ses complexes, Lancelot, il cache une assez haute opinion de lui-même. Clown, d’accord, mais pas Pitre. Il veut bien faire rire, s’esclaffer les gens, même, mais il ne veut pas être ridicule. Surtout pas. Il sait qu’il peut l’être. Ca le terrorise. Ce Bozo qui existe en lui, il a mis des années à le comprendre, à le rééduquer, à lui apprendre à se contrôler. Il a très vite compris qu’il ne pouvait pas, et qu’il ne devait pas le tuer. Bozo, c’est le jumeau de Lancelot. Son autre moitié. Non pas sa part d’ombre (aucune méchanceté), ni sa face cachée (il jaillit toujours comme un diable à ressort, sans y avoir été invité). Juste son frère qui veut bien se tenir en retrait, et surgir lorsqu’il pourrait être utile. Un pacte qu’ils ont passé tous les deux il y a bien longtemps.

 

 

Lorsqu’il rencontre des gens pour la première fois, Lancelot est plus Lancelot que jamais. Bozo est enfermé à double tour, et d’ailleurs, il ne veut pas sortir. La foule, les nouvelles rencontres le terrorisent autant que son frère. Prendre la parole devant un public inconnu ? Horrible ! Terrible ! Lancelot, lui, n’en mène pas large, mais il a un peu plus de courage que son frère. Il accepte de faire face, en faisant le sérieux. Le sévère. Le méchant, même. Les débuts d’année, les face à face avec les nouvelles classes. Silence dans les rangs. Lancelot noircit son œil, redresse le menton « Eh bien bonjour à tous et bienvenue… » C’est parti. Silence dans les salles. On écoute, on prend des notes. Ca moufte pas. Si c’est le cas, Lancelot prend sa voix glaciale et son air ‘qui tue’. Ca marche ! Ca fait peur. Enfin, ça fonctionne deux mois environ. Entretemps, Bozo aura entr’ouvert la porte, observé prudemment le terrain… Il se sera avancé, petit à petit, et puis, le jour où il se sentira en confiance, il tirera Lancelot en arrière à la première occasion propice : « Pousse-toi de là, je vais lancer ma vanne ! » Eclats de rire. Et si ça marche, ce salaud de Bozo multipliera par la suite les apparitions et piquera la vedette à son frère. Même topo que précédemment sur écran, avec d’autres accessoires cette fois. On fait deviner des mots de vocabulaire en utilisant le langage des sourds-muets, ou en jouant au pendu. On raconte en anglais l’histoire de Boucle d’or et des trois ours en refaisant les voix. Ou la vie d’Henry VIII, peu importe. On se tape la tête contre le tableau lorsque les fautes des élèves sont trop grosses ou répétitives (nuage de craie…). On refuse de rendre leurs copies aux élèves qui ont « oublié » leur cahier ce jour-là : « Ben quoi, tu me dis que ‘c’est la première fois’ comme si c’était une excuse ? Pour moi aussi c’est la première fois ! J’ai oublié de corriger ta copie ». Autour, ça se tord de rire. Bref, tout, tout, tout, est bon pour faire durer le spectacle et, en douce, faire ingurgiter de l’anglais à un public dont la motivation varie comme un baromètre. En coulisse, Lancelot proteste « Ben et moi je fais quoi ? » Dans un éclat de rire, Bozo lui reclaque la porte au nez « Oh, toi, tais-toi, et corrige des copies. Je t’appellerai s’il y a un problème de discipline. A toi le sale boulot… »

 

 

Pour finir, je suis aussi un usurpateur. Mais d’un autre genre. Je ne dispose pas, comme Oh !, d’un arc pour viser loin. Je n’atteins aucune cible distante et prestigieuse ("pretiDIgieuse" !).  Je ne dispose que de deux cordes, sur une guitare cassée. Je m’épuise à trouver toutes les variations d’accords possibles dessus. Mais, fatalement, un jour le public se fatigue, la musique le lasse, et la lumière s’éteint.

 

 

M'en fous, je la rallume ailleurs. Plus tard.

22.03.2008

Remaniement : Allegro, ma non troppo !

Après la vague rose des communales (que, à mon grand désespoir, le maintien de la droite à Marseille empêche de devenir un ras-de-marée, mais bon, ne boudons pas, oui, vague rose il y a eu), j’étais littéralement pété de rire en entendant, le soir même et le lendemain, les conclusions des membres de l’UaimePet et de certains journalistes : « Les Français ont envoyé un signal très fort au Gouvernement, ils veulent du changement et ils demandent d’accélérer le rythme des réformes ». Ben voyons. Comme si, dans une cantine scolaire, les enfants envoyant valser leurs assiettes de nourriture par terre, les serveurs se précipitaient en cuisine pour crier au cuistot : « Ils sont super-enthousiastes, on ne les tient plus ! Fais vite réchauffer les plats pour une ration supplémentaire ! »

Bon, bref, tenons-nous le pour dit, Nicolou et Fion maintiennent le cap. Et, histoire de montrer qu’à défaut de "vague", ils ont tout de même perçu un vague message brouillé sur les ondes de leur TSF, et pour jouer les hommes de bonne volonté, ils modifient un brin leur  gouvernement initial. Les ministres actuels restent en place (sauf Estrosy qui a volontairement démissionné pour se consacrer corps et âme à sa chère ville). A part ça, on joue, non pas aux chaises musicales, mais aux petits chevaux. Je te rajoute des fonctions ici, des responsabilités là. Je te saupoudre une Moranno par ici, un Baysson par-là… Wauqier, Chattel récupèrent des secrétariats d’Etat. Benhamou s’envole pour Rome, M4rtinon pour New York. C’est comme à l’Ecole des Fans. Tout le monde a gagné, personne n’a perdu.

Mais, tout de même, une fois n’est pas coutume, sortez vos appareils photos. Je vais rendre grâces au gouvernement actuel, et leur dire merci. Oui, MERCI.  On a échappé au pire.

Le pire, c’était ça :

 

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J’avais  vraiment  eu  froid  dans  le  dos  en  mai  dernier  quand une équipe de télé bien informée avait surpris ce Monsieur tentant de s’échapper furtivement par une porte arrière du QG de Nicolou, dans le 10° arrondissement. Ses bredouillantes explications sur son entrevue  avec  Fion  étaient  du  plus  mauvais  augure…  «  Je  suis  venu  voir  Monsieur  Fion  avec  qui  on fait une interview… ah… euh… je sais pas… »                                                                                                                                                                             Seigneur, je vous en prie, éloignez de nous ce calice… ! Ils n’auraient tout de même pas eu le culot, au nom de l’ouverture, de nous réinfliger cette créature… ? Pour finir, on y avait échappé lors de la constitution du premier gouvernement. Soulagement intense…. Mais il ne s’était pas avoué vaincu ! En janvier, pas complexé, il roucoulait sur ‘le bilan impressionnant’ du Président, pour le comparer à Mendès, Mitterrand, Clinton (en attendant César et Louis XIV). Et, bien sûr, ça lui plaisait, à l’autre, de se faire cirer les talonnettes...  A l'Elysée, on n’aurait rien eu contre une nouvelle ouverture à l’ouverture. "Un homme avec qui j'aimerais un jour travailler" qu'il a dit, le Nicolou. "C'est un grand scientifique qui veut changer les choses". Oui, oui... A commencer par son CV personnel, qu'il juge par trop maigrelet depuis sa cuisante démission obligée en 2000...

Le plus catastrophique des ministres de l’éducation que nous ayons jamais vu passer se serait bien fait confier, paraît-il, un super-ministère coordonnant enseignement supérieur, recherche et industrie. Rien que ça. Mais là, tout de même, beaucoup de gens ont émis de sérieuses réserves : Pécraisse, notamment, une des premières concernées, effarouchée par l’idée de travailler avec ce mufle. Coppé qui a jugé que son nom était éventuellement ‘de trop’ dans l’ouverture, et surtout Hullot, qui a, paraît-il, opposé un veto sans appel. Il faut dire aussi que les remises en question pseudo-scientifiques de Claude sur le réchauffement climatique, et sur les dangers environnementaux provoqués par la consommation à outrance de la société capitaliste ont sérieusement contribué à plomber l’image du personnage parmi écologistes et  vrais spécialistes. Il y a quelques mois, j’écrivais ici que le Grenelle de l’environnement n’avait servi à rien. Je me trompais. S’il ne contribue pas à épurer l’air, l’eau ou la Terre à long terme, le Grenelle aura toujours eu cet effet merveilleux : assainir le gouvernement à court terme. OUF. On n’a plus besoin de toi, papa. Déjà, t’es plus très bien vu chez les éléphants. Va dégraisser tes mammouths ailleurs. Toi aussi, tu appartiens à la préhistoire.

19.03.2008

Bac blanc, idées noires

 

Avant-hier, les terminales Y2 dont j’avais déjà parlé ici ont passé leur bac blanc d’anglais.

1662402366.jpgIls étaient surveillés par Monsieur Duc, un prof que je ne connais pas trop, mais qui, même à distance, ne m’inspire guère.

Hier ils m’ont expliqué qu’ils ont perdu un temps fou en début d’épreuve parce qu’il ne faisait que leur parler pendant la première heure. Pour finir, excédés, ils lui ont demandé (poliment) s’il pouvait cesser de les déconcentrer en leur parlant, et il leur a répondu ‘C’est votre faute, c’est vous qui me faites parler’…. Sympa…

Plus grave, Juliette, une élève de la clase, avait été inscrite en espagnol sur la liste alors qu’elle fait anglais LV1. Problèmes : 1) M. Duc ne disposait pas d’un sujet supplémentaire d’anglais. 2) Il refusait de la croire. 3) Elle a dû courir chez le proviseur adjoint pour expliquer1452954947.jpg son cas et récupérer un sujet. 4) Lorsqu’elle est revenue, M. Duc lui a réclamé un justificatif de l’administration ! Avec tout ça elle a perdu une bonne demi-heure de son temps, et bien sûr ne l’a pas récupéré en fin d’épreuve.

 

 

 

Les conditions de travail en examen (que ce soit en bac blanc ou en devoir surveillé) pour moi c’est sacré. J’aime arriver à l’avance dans ces cas-là pour préparer la salle, séparer les tables, poser les copies sur les bureaux, inscrire les instructions pour l’épreuve au tableau, etc. Quand ce préalable est assuré, les étudiants n’ont plus qu’à arriver à l’heure, s’asseoir, sortir de quoi écrire, leur convocation, et se mettre à travailler dans le silence. Point à la ligne. Voilà comment un réduit au maximum les risques d’ « incidents en cours d’épreuve » comme ils disent… Franchement, en s’organisant un peu, personne ne demande à personne de marcher sur la Lune….

 

 

 

Les histoires mesquines du quotidien des profs, ça fait toujours rire ou sourire.

Sauf que… par les temps qui courent, les conditions matérielles font que tous ces petits riens deviennent de plus en plus difficiles à assurer :

2043792096.gifLundi matin je me suis pointé au lycée à 8h pile pour récupérer les sujets et préparer la salle avant 8h30, début de l’épreuve. La secrétaire qui remet les sujets n’est pas arrivée avant 8h15… Est-elle à blâmer ? Le proviseur adjoint, qui normalement est chargé de l’organisation du bac blanc, se « déleste » de plus en plus sur les deux secrétaires, augmentant ainsi leur charge de travail, déjà excessive…

J’ai découvert en arrivant dans la salle qui m’était assignée qu’il fallait faire entrer 25 élèves dans une salle prévue pour 20. Soit je les faisais se serrer côte à côte (mais est-ce un examen ou non… ?) soit je séparais les tables et j’allais en piquer d’autres dans la salle à côté, ce que j’ai donc dû faire en catastrophe, en 10 minutes : aïe mon dos, aïe mes reins….

J’étais dans la même salle l’après-midi, pour surveiller une autre classe, et j’ai eu la bonne idée de consulter la liste des élèves au préalable : 28 ! Heureusement j’avais une heure de battement (que j’aurais pu employer, plus judicieusement, à corriger des copies…)  Non : rebelote : vas-y mon Lancelot, retourne chercher encore des tables supplémentaires à côté, ho hisse, ho hisse, aïe1592272249.jpg mon dos, aïe mes reins…. La salle ayant la taille d’un mouchoir de poche, je ne vous dis pas comme les 28 élèves en question étaient « quichés » !!! J’ai croisé les doigts pour qu’il n’y ait pas d’alerte incendie pendant l’épreuve : les tables débordaient de partout et obstruaient toutes les issues….

Lorsque j’en ai parlé plus tard à la seconde secrétaire qui avait fait la répartition des élèves dans les classes, elle s’est excusée en me disant « Je sais bien, qu’elle était trop petite, cette salle ! Mais je ‘bourre’ au maximum pour limiter le nombre de surveillants nécessaires -les profs donc- parce que les instructions sont d’éviter le plus possible que les profs ne fassent pas cours… ! » Certes. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas surveiller et faire cours en même temps. C’est évident….

1086495330.jpgSur ce, se greffent des erreurs de listing du genre de celle dont la malheureuse Juliette citée plus haut a été victime, et qui lui a fait perdre 30 minutes, et donc foutre en l’air (pratiquement) son épreuve d’anglais. Encore une fois, la secrétaire est-elle responsable, dans la mesure où on lui colle toujours plus de travail sur le dos, parce que les frais de personnel dans l’EN doivent être réduits au maximum et qu’il est désormais pratique courante de faire effectuer à deux personnes une somme de travail qui était à l’origine prévue pour 5…. ?

 

 

 

Evidemment, vu de l’extérieur, ces petits problèmes minables font toujours, soit, dans le meilleur des cas, sourire (il y a de quoi…) ou, dans le pire, s’esclaffer grassement. La valse des salles, des tables, des copies et des photocopieuses, ça 1699597746.giffait pas très « sérieux » si on considère ça en parallèle avec l’Hôpital où l’on manque de lits et de personnel qualifié, ou la Police, les pompiers, qui se font « caillasser » dans les quartiers chauds. Il n’empêche. On aboutit, ici comme ailleurs, à un malaise généralisé : « Putain quel foutoir… » une envie de baisser les bras : « Eh merde.. !» et, fatalement, à un dégoût des conditions de travail : « Pourquoi est-ce que je me casse le bol, au fond ? Je m’en fiche puisque ce n’est pas moi qui suis en train de me préparer pour passer le bac ! »

1977743604.jpgEh oui, mais… Je connais peu, très peu de profs qui, même excédés par ces problèmes matériels à la con, en viennent à tenir ce discours. On accepte de rogner sur notre temps libre, de faire du travail en plus,  de ‘dépatouiller’ (dans la mesure du possible) les élèves pour essayer de les entraîner au maximum. La fameuse histoire du lundi de Pentecôte qui est certes férié  mais qu’on doit, en tant que fonctionnaires « rendre » en travail supplémentaire, ça me fait bien rigoler ! Je ne veux pas jouer du violon, mais on en donne sans cesse gratos, des demi-journées supplémentaires ! J’ai des collègues en maths qui, pour ne pas perdre d’heures de cours, viennent régulièrement le samedi matin pour faire faire des devoirs de trois heures à leurs terminales (sans être payés). Lorsqu’en langue nous faisons passer des bacs blancs oraux sur nos demi-journées libres c’est à l’œil, et l’an dernier j’avais organisé 4 demi-journées d’examen en plus pour les terminales qui ont l’option anglais à l’oral, avec ma copine Miss B. Et là aussi c’était gratos…

 

 

 

Véridique : les craies dans mon lycée ne sont pas en accès libre. L’an dernier quand on en réclamait, le préposé notait le nombre de 952187606.jpg craies que nous avions demandé en face de notre nom…(cette année ils ne le font plus, ils ont dû avoir trop de remarques.). Mais j’ai une autre copine qui a connu pire : dans un établissement où elle avait été nommée à Meaux, en début de carrière, un jour elle avait eu besoin de craies de couleur. L’intendant lui demande pour quoi faire. Un peu interloquée, elle explique que c’est pour faire de la grammaire et mettre différemment en relief les divers constituants de la phrase (groupe nominal, verbal, prépositions etc) et l’autre lui rétorque, sans ciller : « Pourquoi ne faites-vous pas des ronds, des carrés, ou des soulignés, avec de la craie blanche uniquement ? ». Des fois que le dimanche matin elle irait revendre ses boîtes de craies couleur sur les marchés…. Véridique. VERIDIQUE.

 

 

 

1580377960.jpgPour fin mai on m’a demandé si j’accepterais de monter trois jours en Irlande du côté de Cork afin de faire, avec une autre prof (la responsable de la section) de la prospection d’entreprises pour trouver des stages à nos élèves de BTS. Pourquoi pas… Je vérifie mon planning, histoire d’être sûr d’avoir terminé les programmes de terminale d’ici là, et à ce moment-là, Catherine (la responsable) très gênée, me dit ‘il y a des pourparlers avec le Chef des travaux qui se charge de nos réservations de billets d’avion et d’hôtel là-bas, et l’administration voudrait savoir si nous accepterions de participer nous aussi aux frais du voyage, à hauteur de 200 euros… » PARDON ???? qu’il a dit le Lancelot… Ils s’imaginent qu’on va aller là-bas pour écumer les bars et s’éclater en dansant sur Dirty Linen… ? Qu’on nous propose trois jours de villégiature à Dingle pour la joie de nous voir revenir tout bronzés… ? Non mais je rêve… je rêve… Quelle entreprise privée aurait le CULOT de proposer une mission pareille à un de ses cadres en lui demandant de payer une partie des frais ??? Eh ben dans l’éducation nationale, on ose. Sans rougir.

 

 

 

Ce qu’il y a de plus dur dans ce métier, je trouve, ce n’est pas les rapports avec les élèves. Même avec l’administration. Avec eux (même si on tombe sur des cons), on peut composer et s’arranger pour arriver à progresser et faire du travail correct. Mais le plus difficile, c’est ce mépris, cette humiliation permanents dans lesquel on nous maintient. Officiellement, c’est toujours, du côté du Gouvernement, les déclarations à trémolos : « Les profs font un travail de terrain admirable, dans des conditions difficiles, et nous le savons, et blablabli et blablabla » (mais quand il s’agit de revaloriser nos salaires, le « terrain », il est miné, là.. tous aux abris !) Côté grand public, c’est  : « Oh moi je voudrais jamais faire prof, je sais pas comment vous faites pour supporter les élèves »…. mais le plus souvent on est affligés du ‘Syndrome Encore’ :  « Les profs ENCORE en grève » (au JT) « Ah, qu’est-ce qu’ils ont  ENCORE à manifester » et « Tiens vous êtes  ENCORE en vacances ? »

Réponse stéréotypée de Lancelot (je la pratique depuis des années, avec un franc succès ; à chaque fois, mon interlocuteur me regarde, les yeux ronds, sans savoir quoi me répondre, il ne s’attendait pas à ça) : « Mais oui, on a encore des congés.…. J’adooore. On glande toute l’année. Si tu savais ce que c’est bon de ne rien foutre. Vraiment je te plains d’être à ta place et je suis content d’être à la mienne, je n’échangerais mon boulot-plage pour rien au monde ». ( Tout ça dit sur un ton nullement agressif, mais très nonchalant et cool). Ca les sèche sur place. Ils s’attendent à des protestations et récriminations, et ils tombent sur un prof fainéant et qui assume, et qui revendique. Impossible d’engager un duel. Dossier clos.

 

 

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On continue à supprimer des postes à tour de bras, on continue à vouloir nous en faire faire de plus en plus (stages obligatoires en entreprise, suivi des élèves hors période scolaire, nécessité d’heures de concertation non payées pour préparer des ‘cours en duos’ qui deviendront obligatoires en BTS…). A part ça, c’est sûr qu’on a la belle vie…


 

16.03.2008

Pain, Bonjour, et Courtoisie

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Lorsque j’étais étudiant, j’ai bossé un temps dans un restaurant où je faisais la plonge et où, certains soirs, j’aidais à servir au bar. Curieusement, je préférais de loin couverts gras et plats brûlés aux contacts et conversations avec les clients. Ce qui me dérangeait au comptoir, c’était que les gens partent du principe que ton temps, ton oreille, ta ‘disponibilité’ en un mot, sont à eux. Qui plus est, mon jeune âge à l’époque me condamnait au rôle du candide qui n’a rien à dire et qui n’est là que pour hocher la tête et acquiescer bêtement, comme les chiens en plastique sur la plage arrière des voitures. Et j’ai dû écouter, des soirées entières, (lorsqu’il n’y avait hélas pas assez de monde pour que je puisse prétexter de mon travail ailleurs pour m’enfuir) des confidences d’épouse délaissée, des cours de géopolitique péremptoires, des conseils pour réussir dans la vie… Pour ne pas craquer j’enclenchais mon pilote automatique : « oui… ah, oui en effet… c’est vrai ?... oui c’est sûr…ah, vous croyez ?  » en pensant à tout autre chose….

 

 

 Mais, quand on travaille dans un commerce, avec contact quotidien avec la clientèle, c’est vrai qu’il y a un minimum vital. Je m’en rends compte aujourd’hui, avec quelques années de recul, puisque je reste maintenant « de l’autre côté » du comptoir. Je ne fréquente pas les bars (sauf de façon ponctuelle lorsqu’il faut y aller pour payer la note du repas dans une brasserie) mais je continue à aller acheter les basiques : le journal et le pain. En moyenne, deux à trois fois par semaine.

 

 

Le boulanger de notre village fait un pain absolument délicieux et sublime. Ce n’est pas du chauvinisme de ma part, car tous nos invités le403116155.2.jpg disent. A un point tel que lorsque ma sœur et mon beau-frère viennent nous rendre visite, on leur achète toujours deux ou trois baguettes supplémentaires pour qu’ils puissent les remporter. Le pain aux céréales notamment. Parmi nos préférés il y a le « Campagrain » et la « Granette ». D’ailleurs le week-end, il vaut mieux oublier la grasse matinée, et se dépêcher d’aller en acheter avant 10h sinon aucune chance d’en avoir, c’est dévalisé en un clin d'oeil.

 

 

Heureusement, donc, leurs produits sont délicieux. Parce qu’alors le seul problème, c’est la boulangère. On ne peut pas dire qu’elle soit méchante ou désagréable, non… Mais c’est une nana de 28-30 ans environ, qui donne une impression de se faire chier, mais chier là où elle est, que je ne vous dis que ça…. Par moments elle me ferait presque de la peine…

829574055.jpgLundi : « Bonjour » « Bonjour… » « Je voudrais un Campagrain s’il vous plaît » « Alors, un euro s’il vous plaît… » « Au revoir… »

Jeudi : « Bonjour, vous allez bien ? » « Bonjour, oui… » « Je voudrais deux granettes s’il vous plait » « Alors, deux euros s’il vous plaît »

Dimanche : « Bonjour, quel beau temps hein ? » « Bonjour, oui… » « Je voudrais un campagrain s’il vous plaît, ils sont toujours aussi bons » « Alors, un euro s’il vous plaît… »

Elle me déprime, elle me déprime… Heureusement que le pain est bon sinon j’irais tout droit l’acheter au supermarché avec le même résultat au niveau humain…

 

 

L’an dernier, comme la farine a augmenté, le prix du pain a suivi. TiNours s‘est esclaffé : « Tu vas être content, elle sera obligée de changer sa réplique ! Maintenant ce sera « Alors un euro CINQ s’il vous plaît… » YESSSSS !!! Pour peu, on se serait réjoui de l’augmentation du prix !

 

 

Il y a des fois où j’ai envie d’essayer : « Bonjour, je voudrais une andouille de Vire s’il vous plaît », « Bonjour, je voudrais une clé à molette, s’il vous plaît », « Bonjour, j’ai envie d’une turlute, s’il vous plaît »… Peut-être que, emportée par ses automatismes, elle me répondra encore, de sa voix d’outre-tombe : « Alors, un euro cinq s’il vous plaît… »

 

 

Bon, tout ça pour dire que : je comprends très bien que les conversations sur le temps qu’il fait ou le temps qui passe, ça la gonfle si elle est là 12 heures par jour. Mais une boulangerie, ce n’est pas comme un bar : il y a un va et vient incessant et elle a donc peu de chances de se faire agripper des heures (comme moi lorsque je faisais le barman) par des Mamies à Caniche ou des Gamins à Bonbons pour écouter leurs impressions sur l’intervention américaine en Iraq ou la dernière cagade pondue par notre président adoré…

 

 

Un tout petit peu de convivialité, d’humanité, ça fait du bien quand le quotidien boude, non … ?

 

12.03.2008

De retour du royaume d'Hadès

Non, mais vous saviez pas ....?

Ben moi en tout cas, non je ne le savais pas !

 Eh ben voilà : IL a rouvert son blog !

1676113900.JPGAvec une nouvelle présentation trognonne, en plus, et plein de photos osées (enfin dépêchez-vous pour aller voir, parce que tel que je le connais, il va les faire disparaître -les photos- entretemps....)

Et moi, dans ma réponse à son dernier commentaire, comme un âne, qui lui demande quand c'est qu'il rouvre son restaurant... ça fait bientôt un mois (14 février, merci pour SES amoureux, oui oui j'ai bien le droit de faire ma jalouse....) que ça s'est fait dans mon dos, sans me prévenir lors de l'inauguration, bien sûr (il me le paiera, ça...)! Il a fallu que je lise un de ses commentaires chez TarValanion où il expliquait -en deux mots laconiques mais d'une importance  CAPITALE pour la suite de nos vies- qu'il participait à une liste "gustative" organisée par les Blogueurs Gourmets pour que mon cerveau fasse une pirouette et que je me précipite... Bien sûr l'heure de la fermeture était passée, mais je suis resté un bon moment à sourire devant l'enseigne rallumée...

 Petit monstre, va...

Pour me venger, je vais le dire à Panama... histoire de lui donner envie de rouvrir le sien, de blog, à cette autre vieille charogne...

(Quoique lui, comme je le connais, il serait capable de me dire, avec son air chafouin, paterne et patelin "Ah mais je le savais déjà...")

Nan, tu le savais pas, tu étais occupé à crapahuter en Amérique centrale, toi. Tais-toi. Affreuse. Ou plutôt, non, ne te tais pas, mais sors-en, de tes municipales, pour revenir nous raconter enfin des choses intéressantes...

11.03.2008

Blogging in English

Mon super-Johnnie me disait avant-hier au téléphone qu’il aime bien venir lire mon blog, mais que lorsqu’il s’agit de déposer un commentaire, il se sent inhibé, parce que, bien que le français n’ait aucun secret pour lui (il vit ici depuis plus de 30 ans…), entre nous, sans même qu'il y ait eu de réflexion sur cela, s’est instaurée une sorte de 'tradition' : si nous en venons à des sujets plus intimes, personnels, nous avons pris l’habitude d’en parler en anglais. Surtout, SURTOUT à l’écrit ! Lorsque nous nous écrivons, c’est disons, à 90% en anglais. Le pli est pris depuis plusieurs années, et voilà pourquoi, devant « mon site » il bloque un peu.

Je lui ai répondu qu’il devait se sentir absolument libre de commenter ici, ou pas, dans la langue qu’il souhaite. Personne ne lui en voudra d’employer l’anglais, surtout pas moi.

98747745.jpgCeci dit, il est amusant qu’il ait soulevé ce problème car depuis quelques semaines j’y ai été confronté. Notamment parce qu’en ce moment je lis « The Kite Runner » de Khaled Hosseini, roman absolument vibrant, finement écrit, extraordinaire. Le film va sortir d’ici quelques jours en France (« Les Cerfs-Volants de Kaboul » en français) et je dois relever le défi de finir le livre avant d’aller au cinéma voir son adaptation.

J’y ai beaucoup pensé au moment de ma note sur le petit garçon, et le rapport au père : le roman baigne totalement1264658014.jpg dans ces thèmes-là, et je dois avouer que plusieurs fois j’ai dû le poser parce qu’il éveillait en moi des émotions trop fortes. J’ai eu envie d’en recopier ici certains extraits, même. Mais, problème ! Je lis le livre en anglais. Or si la plupart des amis qui viennent ici le comprennent, le manient parfaitement (Andesmas bien sûr, mais aussi Anydris et Oh!91 me l’ont prouvé brillamment, et avec beaucoup d'humour, ), il est un peu gênant, c’est vrai, de recopier ces extraits dans la langue d’origine. Je ne dispose pas de la traduction française. Je pourrais les traduire moi-même, c’est vrai, mais j’aurais peur, sur une œuvre d’une telle qualité, de trahir l’esprit d’origine (traduttore, traditore…).

 

Qui plus est, je me suis aussi aperçu, à l’époque où je vivais en Amérique, et même avant, que le fait de parler anglais (dans les situations de communication de la vie réelle, évidemment, et, a fortiori, dans des dialogues plus intimes) me pousse à un très  léger, très subtil, décalage de personnalité. Bien sûr je suis toujours moi-même, mais, de façon très concrète, il peut m’arriver de réagir un peu différemment, d’être quelqu’un d’un peu décalé par rapport à ce que je suis d’habitude. C’est très difficile à formuler. Verlaine l’avait mis en paroles bien mieux que moi : « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre » (je me permets de réajuster la phrase au masculin, d’ailleurs. Traitre jusqu’au bout !). Alors, quand je parle ou que j’écris en anglais, c’est moi, mais pas vraiment moi non plus. Les nuances sont différentes d’une langue à l’autre, et font ressortir des aspects différents selon les gens, je pense. Au fond, c’est logique. Nous sommes aussi conditionnés par ce biais-là. Nous sommes aussi ce que nous parlons. Notre langage nous élabore tout autant que nous le formulons.

Quoi qu’il en soit, je suis confronté à un phénomène curieux, auquel je n’aurais jamais pensé avant : la langue orale n’est pas vraiment un obstacle dans les rapports amicaux et les ‘grands brassages’. Je pense notamment aux liens qui se nouent en vacances. Qu’est-ce qui empêche de rire avec des personnes que l’on rencontre en pays étranger sans pouvoir communiquer verbalement avec elles ? De danser, jouer, et même faire l’amour avec elles ? C’est plus difficile mais c’est une barrière qui peut s’enjamber sans problème. En revanche, la communication écrite, par l’intermédiaire d’un blog, rend les choses beaucoup plus difficiles sans l’aide des sourires, des regards, du contact physique.

Une lacune au ‘blogging-system’.

Il y en a bien d’autres.

09.03.2008

Ecrit il y a bien longtemps.... (1)

 

Je veux faire des vers, ai-je dit. Très facile,

On n’a au fond qu’à prendre un crayon, du papier

On pense un instant et puis l’on peut briller

 

 

Hum… ma première épreuve est un peu gracile

Pour ne pas dire maigre, enfin passons, passons.

Et je veux surpasser en vers de ma façon

Ceux que Monsieur Hugo fit sur le crépuscule.

 

 

L’ombre… (c’est bien) lorsque le jour recule

Etend ses voiles obscurs, ruisselants de rayons

(Goûtez cette antithèse, elle est du meilleur ton).

Le soleil (détail à ne pas oublier),

Pour quitter notre sol veut se faire prier.

Il traîne ses vapeurs à l’horizon étrange

Et sur le bord des nues brode de rouges franges.

(Ah, vous goûtez, j’espère, telle description)

Et Byron lui-même, en sa blanche Albion

N’y aurait sûrement pas trouvé ces images.

 

 

Un peu de pathétique maintenant… équipages

Qui voguez sur les flots que le soleil couchant

Teinte de sang

(Ah, merveilleux) je pense à vous ce soir

Tout seul dans le noir.

Oh marins et maris et fils et petits-fils

Seuls suivant le fil

De quelques rêveries ondulantes et tendres

Comme un chant de chez nous que tu voudrais entendre

(Pas mal, pas mal, vous dis-je, et je fais des progrès).

 

 

Un rossignol chantait doucement tout auprès

Et la divine nuit montait dans les vapeurs

(Ah, cela est sans doute écrit avec mon cœur).

Les monts à l’occident étaient violet sombre

Et se fondaient ensemble en une masse d’ombre.

 

 

Hélas, j’ai tout revu et tout désapprouvé

Moi qui aurais voulu dire comme Musset

L’étoile passagère et la lune d’argent

Et la chanson du vent.

Bah, m’a dit quelqu’un, mais fais donc autre chose

Oui,… c’est bien résolu, je ferai de la prose.

 

08.03.2008

Crotte2be.com

« Contacté par le Figaro.fr, Stephane Kola, fondateur du site Crotte2be.com, qui permet aux élèves de noter leurs professeurs, annonce qu'il va faire appel de la décision du tribunal des référés. Celui-ci a ordonné lundi la suspension de toute donnée nominative sur le site... »

Evidemment, vu mon boulot et ce blog, il aurait été dommage de ne pas en profiter pour exposer mon point de vue dans une sorte de ‘Droit de Réponse’ personnel que je m’octroie à moi-même….

J’ai écouté lors d’une émission télé le Stéphane en question,  collaborateur politique à l’UaimePet, et assistant parlementaire. Une chose me frappe. Incroyable comme ces jeunes mecs-là ont  tous la même gueugueule formatée, stérilisée, nourrie au veau transgénique et au poulet cloné, dans les élevages en batterie de Neuilly et des environs. Que ce soit David M. ou Jean S. ou ce mec-là, Stéphane K., ils affichent tous en permanence ce sourire carnassier et faussement ingénu, dévoilant leur denture Colgate. Costard, mais sans cravate, ça fait plus Djeun’. Bronzage made in Deauville en été, Courchevel en hiver. Ils débitent, tous sans exception, des discours doucereux ruisselants de libéralisme et de bons sentiments en faveur du « progrès » et du « changement ». « Winner », « Fonceur », sont des mots qui reviennent souvent dans leur vocabulaire. Des jeunes louveteaux aux longues canines et au poil lustré.

Dans le débat de l’autre jour j’ai écouté attentivement les arguments du beau Steph’ pour le maintien de son site. Tous basés sur des principes très démocratiques, en apparence :

L’égalité : « Puisque les profs notent leurs élèves, pourquoi est-ce que les élèves ne noteraient pas leur profs ? »

Enoncé comme cela, ça paraît tomber sous le sens. Pourquoi pas, au fond ? Sauf qu’il y a une erreur à la base : un prof ne note pas des ELEVES, il note des COPIES. Quand je mets un 5 ou un 17, j’évalue une performance EN ANGLAIS. Il ne m’est jamais venu à l’idée d’évaluer de façon chiffrée le dynamisme, l’investissement ou la vivacité d’esprit de Thomas, Céline ou Samia.

J’ajouterai également ici que lorsque Thomas reçoit de ma main sa copie avec un 13, il sait que le 13 lui a été attribué par Monsieur Lancelot. En toute transparence. Et je lui remets sa copie en totale confidentialité. Je ne clame JAMAIS les notes à la cantonade. Et en fin de trimestre, lorsqu’ils me demandent leurs moyennes, que je suis obligé d’annoncer oralement (puisqu’elles ne sont pas écrites sur une copie rendue de la main à la main) je demande systématiquement s’il y en a certains qui ne veulent pas que leur moyenne soit connue des autres. Il y a, généralement, deux ou trois ‘honteux’ par classe. C’est un sentiment que je respecte absolument, et je leur communique leur score entre nous, lorsque les autres sont sortis. Ce qui d’ailleurs fournit l’occasion de quelques conseils à l’élève pour s’améliorer.

En revanche, Crotte2be.com permet aux élèves de noter leurs profs dans le plus parfait anonymat, et le site étant ouvert à tous, tout le monde peut comparer les performances de Mademoiselle Huguette Battani, agrégée en économie au lycée Marx Lénine de Châtillon sous Bagneux, et de Monsieur Norbert Marsouin, certifié en histoire géo dans le 16° arrondissement.

L’universalité de certains principes : « En fait cela existe déjà dans d’autres pays, comme l’Allemagne, ou l’Angleterre, et les gens là-bas n’en font  pas toute une histoire. »

Certes. L’esclavage des enfants au Ghana, ou la vente libre d’armes dans certains états américains sont des faits. Même si certains protestent contre ces phénomènes, des tas de gens s’en accommodent très bien. Alors pourquoi ne pas importer en France les mêmes pratiques, par mimétisme ? Puisqu’après tout, apparemment tout ce qui se fait « ailleurs » est bel et bon… ?

La modération : « En Allemagne, ils mettent même une note aux profs sur leur physique ! Et ça passe, vous vous rendez compte… Alors que nous, non, nous n’allons pas jusque-là, le site est très respectueux »

Oui, je suis bien forcé de reconnaître qu’il vaut mieux être atteint de lèpre que du cancer… La première, on en guérit. Ca ne l’empêche pas d’être douloureuse, et surtout, sournoisement meurtrière à long terme si elle n’est pas soignée…

L’émulation : « Sachant qu’ils vont être notés, les profs vont s’efforcer de mieux faire. »

Peut-être. Ou s’enfoncer encore plus s’ils sont fragiles et qu’ils cèdent à la tentation idiote d’aller voir sur le site ce qui est dit sur eux. Il existe des profs je m’en foutistes, bien sûr, comme dans tout autre corps de métier. Mais il y en a aussi beaucoup qui, tout en étant consciencieux, impliqués, travailleurs, ne s’en sortent pas toujours, pour des raisons diverses. On peut jeter la pierre aux élèves, à telle ou telle classe infernale, avec laquelle personne n’arrivera jamais à rien. C’est une réalité. Argument facile ? Soit. Mais il existe aussi des profs –débutants, souvent- qui manquent d’une fibre pédagogique, ou d’un certain charisme, nécessaires pour pratiquer ce boulot dans de bonnes conditions. Ca peut être inné. Mais surtout, et c’est cela qui est important, cela peut également s’acquérir. Grâce à des confrontations d’expériences, dans des équipes pédagogiques soudées. Certainement pas en essayant de faire son mea culpa face à une grille informatique remplie de notations désastreuses écrites par des étudiants anonymes.

La liberté : « Les œuvres littéraires qui sortent sur le marché reçoivent bien des notes, elles aussi. Les auteurs doivent composer avec. Pourquoi pas les professeurs ? »

Il est exact qu’un roman, un essai littéraire mal notés, cela doit être douloureux pour un romancier, un journaliste, un écrivain qui y auront mis tout leur cœur. Mais je ferai aussi remarquer que, même si l’on ne publie pas pour s’enrichir, un livre se vend. Sa vocation première n’est certes pas d’être un produit de consommation, mais il en est un AUSSI. Les consommateurs peuvent s’informer et réagir. Un prof, il ne vend pas ses cours. Il est vrai que certains trouveraient intéressante l’idée de payer les profs au mérite, et à la qualité de leur enseignement, et donc d’introduire, d’une certaine façon,  le libéralisme (économique, bien sûr) à l’école. Voilà.

Et si le salaire d’un Président était directement proportionnel à sa côte de popularité, aussi ? C’est une idée que je trouve vraiment intéressante, de par les temps qui courent….

La bienveillance : « Au bilan, depuis que le site a été lancé, il ressort qu’en moyenne les profs sont vraiment bien notés et donc aimés par leurs élèves. »

Tu penses. Sauf que le malheureux qui consulte le site et se voit au-dessous de cette fameuse ‘ bonne moyenne’, va se sentir mal dans sa peau (cf rubrique « l’émulation »). Et puis, comment éviter le phénomène du « règlement de comptes » ? Comment éviter qu’Audrey, furieuse de sa note au dernier devoir de maths, n’aille massacrer sur Crotte2be son prof, M. Muzo, pourtant archi-consciencieux par ailleurs ? Et comment éviter aussi le phénomène inverse ? Des profs qui,  affolés par la dérive assassine du site, se noteraient mutuellement à la bonne franquette pour propulser le compteur de leur moyenne vers les étoiles ? Ou, encore plus grave, de l’auto- torpillage mutuel entre profs qui se détestent ? On nage en plein délire…

J’ai pris 10 minutes l’autre jour sur mon cours pour discuter de la question avec les terminales Z5, la classe que je préfère, pleine d’élèves très matures, sérieux et intelligents. Ils me disaient que l’idée de l’évaluation du professeur par l’étudiant n’était pas mauvaise à la base, mais ils reconnaissaient que le principe du site  était très foireux en soi. En définitive, ils auraient préféré pouvoir pratiquer cette appréciation lors de tables rondes qui seraient ouvertes chaque année entre eux-mêmes, le professeur concerné et un inspecteur. Le débat serait alors plus transparent et constructif. Pourquoi pas ? Mais cela supposerait une organisation démente…

Histoire vraie : je sortais de ce cours-là le sourire aux lèvres quand pile poil, je suis tombé sur Odile, une collègue prof d’éco, qui sans même savoir que je venais d’aborder le sujet, me dit : « Lancelot, je suis allée voir le site où l’on note les profs… » je l’ai interrompue aussitôt « Tu es malade ?? Tu tiens à déprimer ??? Moi j’ai décidé que jamais au grand jamais je n’irais voir ! » Alors elle : « Mais non justement, je voulais te dire ! Tu es super-bien noté dessus ! »

Cocorico. Mais il n’y a aucune gloriole à en retirer, kirikiki. Si, juste avant qu'Odile ne se connecte, le site avait été visité par Ingrid ou Samir, à qui je distribue régulièrement des 16 et qui participent toujours, oralement,  avec un grand sourire, il n’y a rien de magique en cela. En revanche, Jean-Marc et Muriel,  je les avais flanqués à la porte du cours la semaine dernière avec perte et fracas et après une bonne remontée de bretelles, suite à leur huitième fou-rire pendant une séance d'analyse audio où ils déconcentraient tout le monde. Que se serait-il passé si, au CDI, au lieu de rédiger la punition bien chiante que je leur avais infligée, ils s’étaient connectés sur internet pour déverser leur bile haineuse à mon sujet ? Odile n'aurait sûrement pas eu l'occasion de me vanter mon merveilleux bilan sur Crotte2be.

Merci Monsieur Kola, pour avoir voulu transformer l’Education Nationale en jeu de télé-réalité où l’on tire sur les maillons faibles, à défaut de pouvoir les éliminer. Mais réservez vos brillantes trouvailles émulatrices aux membres du gouvernement dont vous êtes l’ami. En ce moment ils en ont bien besoin…

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