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28/04/2008

Les pages oubliées 1° partie

Lundi 24 décembre 1990

10H50

 

 

Chaque année je fais un bilan à la veille de mon anniversaire. Comme je suis né le 10 janvier, c’est pratique, le bilan de l’année civile correspond à peu près à celui de mon année personnelle. Pourquoi ne pas le faire aujourd’hui, veille de Noël ?

 

 

1990 commencée dans les flonflons d’une soirée en boîte en Amérique. J’embrassais Heather, elle m’embrassait. J’ai voulu entamer l’année –et même la décade- en embrassant une fille. Ca allait bien donner le ton pour la suite de ma vie…

Les trois premiers mois : légèreté, travail, pas de gros problèmes. Il m’est arrivé d’en avoir marre, de vouloir rentrer en France, de plaquer les Américains ; j’ai eu des moments de crise avec Nancy, avec les enfants Treesh, avec le couple des Gaddis, avec Heather, même, à la fin… Mais au fond, j’ai bien rigolé. J’avais l’impression de jouer dans un film, je savais que tout ça n’était pas vraiment moi, donc que rien ne pouvait avoir d’importance véritable. Je les ai tous aimés, mais avec ce sentiment d’éphémère que l’on éprouve à chaque séjour dans un pays étranger, et qui, au lieu de peser sur les choses, les relativise, les rend plus légères.

 

 

Les trois mois suivants, de début avril à fin juin, je suis rentré en France. J’ai retrouvé tout le monde. Je n’ai pas eu le temps de rêvasser aux USA, je devais mettre mon mémoire en forme. J’ai vécu à Aix, à Gréoux, il faisait beau, mon travail avançait, j’étais bien, j’étais bien. Je vivais avec Tennessee Williams, avec ses personnages, Blanche, Brick, Maggie, Laura, Tom. J’ai revu Agnès, on a fait tous les deux semblant d’avoir oublié l’été dernier. J’ai revu l’équipe des copains. Il y a eu la crise de Nathalie que j’ai essayé d’aider. Elle et moi avons presque frôlé quelque chose, il y a eu une ambiguïté légère pendant un court moment et puis tout s’est effacé puisqu’elle a retrouvé Olivier. Je m’en moquais, seul mon travail comptait ; tous les week-ends je tapais sur mon clavier comme un dément, je m’amusais beaucoup.

 

 

Et puis Elisabeth est revenue, il y a eu la fête de la musique, et ma soutenance de mémoire le lendemain matin. Ils m’ont gardé une heure et demie sur le grill, mais ils ont été très sympas et j’ai empoché mon 16 avec satisfaction.

 

 

Une semaine après, je rencontrais Christian au Parc Jourdan.ca a été le début de ma « troisième période » ,  l’été. J’ai sauté le mur, j’ai franchi le pas. Il m’a appris plein de choses, il m’a aidé à aller plus loin en moi-même, jusqu’à ce que je bute dans le 1er août : ma rencontre avec Franck sur un réseau. Si Nat ne m’avait pas appelé au téléphone pour me proposer ce boulot, je n’aurais pas eu l’occasion d’utiliser le minitel, je serais passé à côté de tout ça. A partir de là, le temps s’est dilaté, il n’a plus ressemblé pour moi à une ligne, mais à de l’espace, à une bulle où je flottais –où je flotte- sans savoir où et quand tout recommencera. Mon amour a rempli ma vie, est-ce un bien, est-ce un mal ? J’ai été heureux, si heureux. Et puis la « quatrième période » a commencé. Le point de départ est beaucoup plus vague, je le situe environ au moment où fin septembre j’ai passé mon oral de littérature américaine, pour compléter la Maîtrise.

 

 

Cette dernière période a bien été la pire. D’une part Franck, que j’attends sans savoir quand je pourrai lui parler, le voir, le toucher. D’autre part le CAPES, les cours et les profs, tous ces gens qui m’ont pris la tête. Seul point positif dans ces trois derniers mois : Elisabeth à qui j’ai eu mille fois raison de tout dire. Heureusement je l’ai. Heureusement.

Mais, en gros, j’ai beaucoup progressé. Mon bilan n’est pas tristement nul, comme à l’époque où j’étais en médecine. J’apprends, je fais des efforts, je m’oblige à avancer : « Hue, mauvaise carne ! » En attendant de vivre, j’organise ma survie. Je ne suis plus spectateur, je me suis jeté dans la mêlée. J’encaisse des coups. Ca fait mal, mais ça fait progresser. Même si le cheminement est très lent, je finirai bien par arriver quelque part ?

Commentaires

One ne sait jamais où, mais on arrive toujours quelque part.

Écrit par : Lunaboy | 29/04/2008

Est-ce que l'on est soi-même à l'étranger? Toujours est-il qu'à notre retour, on est forcément plus tout à fait le même soi d'avant le départ...

Écrit par : Andesmas | 29/04/2008

@Lunaboy : pas forcément ! il est des moments dans la vie (enfin il y en a eu dans la mienne en toutcas) où l'on stagne désespérément dans ce que les navigateurs appellent le 'pot-au-noir'. C'est ça "nuelle part"...

@ Andesmas : Oui, on est différent au retour, bien sûr. Tu l'as peut-être ressenti toi-même de façon intense en rentrant de Dublin. Mais personnellement j'avais été plus frappé par le fait que j'étais différent "là-bas". Je faisais un peu référence à ça aussi dans ma note 'Blogging in English".

Écrit par : lancelot | 30/04/2008

Les commentaires sont fermés.