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01/05/2008

Les pages oubliées Fin

Lundi 5 août

18h40

 

 

Elisabeth, ça y est, je suis  CHEZ LUI. Un an exactement après notre première rencontre. Je savais que je devais le revoir dimanche soir, mais je m’interdisais d’y croire jusqu’à ce qu’il me le confirme vendredi en fin de matinée. Ce sont les dernières heures qui ont été les plus horribles, dimanche entre 18h et 21h. Mes bagages étaient bouclés, et moi j’étais prêt. Je me suis allongé sur mon lit, dans ma chambre plongée dans l’obscurité : le temps et l’espace semblaient s’être rétrécis en un point unique : celui où j’allais LE revoir. J’avais l’impression que si je détournais mes yeux de ce point de lumière vers lequel je glissais doucement, alors il disparaîtrait à tout jamais. Je n’avais qu’un seul nom, un seul désir qui tourbillonnaient dans ma tête. Le reste n’existait plus, aucun bruit, aucune couleur, aucune odeur.

 

 

Il n’est arrivé qu’ à 21H. J’avais eu le temps de craquer vingt fois, de faire plein de serments intérieurement : « Je préfère qu’il ne vienne pas plutôt qu’il lui soit arrivé quelque chose sur la route » « S’il ne vient pas, je meurs mais je continuerai à l’aimer » « Même s’il n’est pas possible que je passe une semaine avec lui, que l’on me permette de le voir, ne serait-ce qu’une heure, ou même cinq minutes ».

 

 

Enfin, il est arrivé. Quand je l’ai vu entrer dans le garage, mon cœur a cessé de battre. C’était LUI, c’était bien lui que j’attendais depuis un an exactement ! Quand il m’a pris dans ses bras, je n’avais plus la force de parler, je ne pouvais que le serrer, le serrer comme un fou. Il m’embrassait le cou, le visage, on ne pouvait plus bouger de l’endroit où l’on était. On a essayé de se déplacer, mas au pied des escaliers, on n’a pu tenir, on s’est encore jetés l’un  sur l’autre ! Il a passé ses mains sous moi et m’a soulevé, et j’ai refermé mes bras et mes jambes autour de lui. J’étais fou de joie.

 

 

Echange de nos cadeaux de ‘retrouvailles’, un nouveau prétexte à s’embrasser. Et puis j’ai fermé la maison et nous sommes partis. Cinq heures à passer bien sagement dans une voiture avec l’homme que j’aime. Au début, on se contentait de se tenir la main, mais sur l’autoroute, nos mains et même quelquefois nos bouches se sont égarées, défiant toute prudence sur la route….

On mourait de faim lui et moi alors on a voulu s’arrêter dans un Quick à Grenoble mais c’était fermé ! Je lui ai dit « Ce n’est pas grave, je préfère crever la dalle près de toi que d’avoir le ventre plein sans toi. » Il était mort de rire ! D’ailleurs il aime bien mon humour, il suffit que je lance une vanne pour qu’il se roule par terre ! Après ça on a failli tomber en panne d’essence sur l’autoroute : sueurs chaudes, mais finalement la voiture a calé en plein devant une pompe. Ouf. On s’est acheté des sandwiches qu’on a mangés en roulant, et même les trucs les plus infectes me paraissent délicieux en sa compagnie. Rouler dans sa voiture, manger avec lui, pouvoir le regarder, le toucher, le caresser, l’embrasser, chacun des gestes les plus simples me faisait l’effet d’un miracle après cette année de cendres.

 

 

On est arrivés chez lui à 3h40 du matin. J’étais crevé, j’étais intimidé par les ombres de sa femme et de ses enfants qui, tout en étant ailleurs en vacances, étaient tout de même présents. Mais il m’a emmené dans la chambre et a éteint la lumière… et tout le reste s’est effacé dans le bonheur, le plaisir, la tendresse. Je n’arrivais pas à croire que c’était bien LUI que je tenais dans mes bras, LUI, celui que j’avais tant attendu, désiré, pressé contre moi en pensée. Cette fois, ce n’était pas un mirage. A force de sauter, paumes ouvertes, vers le soleil, j’avais fini par le toucher.

 

 

Je me suis abandonné tout entier au plaisir.

 

 

Avec aucune fille auparavant je ne m’étais senti aussi désiré et aimé. Il est doux, il est tendre, il a peur de me faire mal , mas il ne sait que me remplir de joie sans cesse renouvelée.

 

C’était la dernière feuille de ce ‘journal’ que j’avais écrit entre les mois d’août 1990 et 1991. Je m’étais arrêté là, sur cet apparent « Happy End ». Qui n’en a pas été vraiment un. Je n’ai pas terminé cette semaine-là chez Franck, parce que sa femme a téléphoné pour dire qu’elle s’ennuyait seule avec les enfants en vacances et qu’elle voulait rentrer. J’ai dû avoir 5 jours de bonheur, si mes souvenirs sont bons. J’ai dû reprendre le train, vers une autre destination, un autre chemin de ma vie. J’étais « cassé » intérieurement, mais ce que je ne savais pas, pas encore, c’est que je laissais derrière moi une histoire condamnée dès le départ, et que le train m’emmenait vers du soleil, de la joie et du bonheur.

 

 

Pendant de longs mois par la suite Franck a choisi de garder le silence, de ne plus me donner de nouvelles. Bien sûr, j’ai encore souffert. Mais la souffrance n’était plus la même. Je pouvais mieux la gérer. Je n’étais plus seul. J’avais trouvé de l’aide, des bras aimants qui me maintenaient sans cesse hors de l'eau, des mains auxquelles je me suis accroché » de toutes mes forces pour ne pas sombrer. Et à force, j’en suis sorti.

 

 

Publier dans mon blog ces quelques pages extraites du gros paquet que j’avais écrit à l’époque m’a fait du bien, dans un sens. Avec 17 années de recul, on est tout étonné lorsqu’on redécouvre tout ça, on se surprend à sourire en recopiant. Par moments j’ai ri, par moments j’ai été  incrédule devant la dose d’abnégation que cela impliquait : « Moi, MOI, j’ai accepté tout ça ? Cette attente, cette douleur quotidienne, cette insatisfaction perpétuelle ? »

 

 

Et pourtant je ne renie rien. Franck a été une des meilleures et des pires choses de ma vie, en même temps. Je lui ai reparlé, des années plus tard. Mais j’avais grandi. J’étais plus fort, en partie grâce à lui d’ailleurs. Le rapport de forces était inversé, à mon avantage. Ce jour-là, lui m’a dit qu’il était prêt. Il avait divorcé entretemps. Moi, je n’étais plus disponible pour lui. Ni sentimentalement, ni matériellement d’ailleurs.

 

 

Je l’aime bien, le Lancelot qui transparaît entre ces lignes. J’étais encore un ado naïf, entier, honnête, pur même. J’ai géré cette histoire seul (ou presque, Elisabeth et Christian ont été là tout de même, merci à eux) et, sur la durée, j’ai drôlement assuré. Toutes les fois où j’ai craqué, je l’ai fait seul, j’ai jugulé seul ma souffrance. « Le Dernier Empereur » ! Le soir où ce film est passé à la télé, j’étais seul, je me souviens, je n’avais pas éteint le poste pour me donner l’illusion d’une présence, mais je me souviens du film à travers un brouillard, un torrent de larmes.

 

 

Bon. J’ai survécu. Je voudrais bien pouvoir m’envoyer à moi-même un petit mot, une petite lettre à travers le temps « T’en fais pas, ça va bien se terminer ! Pas comme tu crois, mais je te jure, tu seras vachement plus serein et cool dans quelques années ! Promis ! Tiens le coup, range la serpillière ! »

 

 

 

When I go away I'll miss you

And I will be thinking of you

Every night and day, just...

Promise me you'll wait for me

'cause I'll be saving all my love for you

And I will be home soon...

Promise me you'll wait for me

I need to know you'll feel the same way too

And I'll be home, I'll be home soon...

 

Cet été-là, j'ai écouté Beverly Craven et son 'tube' des centaines de fois. Pour quelle raison ? Simplement parce qu'elle venait de sortir, et, après l'avoir entendue à la radio, j'avais immédiatement eu envie du single, que j'avais donc acheté. A chaque fois que je la réécoute, je repense, pas seulement à Franck, mais à notre histoire de cette époque. Je la mets ici pour conclure, en point d'orgue...

 

podcast

 

Commentaires

Les intermittences du coeur, c'est tout. Pourtant, il y a des amours qui restent éternelles.

Pas de regrets ? Rien n'est moins sûr , n'est-ce pas ?

Écrit par : panama | 01/05/2008

@ Pan : Ce n'est pas que je n'aie pas de regrets, c'est que je ne regrette rien. Ce n'est pas du tout la même chose. En d'autres termes, je ne voudrais pas que cette histoire ne me soit jamais arrivée. Comme je l'ai dit, elle m'a (en partie) aidé à construire ce que je suis aujourd'hui. Mais je ne regrette pas Franck, ni la vie que j'aurais pu avoir avec lui. Rétrospectivement, je sais aujourd'hui que, même si les choses avaient été possibles matériellement entre nous, ça n'aurait pas pu durer. On était trop différents. On ne voyait pas la vie sous le même prisme.

Mais c'est vrai que mon amour pour lui restera éternel ( je préfère mettre ce mot-là au masculin singulier). Eternel, mais en moi. Il n'en ressortira jamais pour aller vagabonder et faire des bêtises à droite à gauche.

Écrit par : lancelot | 01/05/2008

Bon d'abord, amour est toujours masculin au singulier, mais devient féminin au pluriel !!

Hormis ces considérations linguistiques, merci de nous avoir fait partager ces moments de ta vie. Tes textes retranscrivent une émotion pure, je trouve, et un sentiment plein de poésie. Il y a, à mon sens, toujours une portée poétique dans le désespoir de l'amour, et tes textes ne sombrent jamais dans le pathos. Les mots sonnent vrais, et surtout justes. Alors merci pour ce moment partagé avec nous, lecteurs.

Pour finir, la chanson de Barbara dont est extraite la phrase que je t'avais laissée en commentaire s'appelle "A chaque fois". En voilà les paroles :

Chaque fois qu'on parle d'amour
C'est avec "jamais" et "toujours"
"Viens, viens, je te fais le serment
Qu'avant toi, y avait pas d'avant
Y avait pas d'ombre et pas de soleil
Le jour, la nuit c'était pareil
Y avait pas, au creux de mes reins,
Douce, la chaleur de tes mains"
A chaque fois, à chaque fois
Chaque fois qu'on parle d'amour

Chaque fois qu'on aime d'amour
C'est avec "jamais" et "toujours"
On refait le même chemin
En ne se souvenant de rien
Et l'on recommence, soumise,
Florence et Naples
Naples et Venise
On se le dit et on y croit
Que c'est pour la première fois
A chaque fois, à chaque fois
Chaque fois qu'on aime d'amour

Ah, pouvoir encore et toujours
S'aimer et mentir d'amour
Et, bien qu'on connaisse l'histoire,
Pouvoir s'émerveiller d'y croire
Et se refaire, pour pas une thune
Des clairs d'amour au clair de lune
Et rester là, c'est merveilleux,
A se rire du fond des yeux
Ah, pouvoir encore et toujours
S'aimer et mentir d'amour

Ah redis-le, redis-le-moi
Que je suis ta première fois
Viens et fais-moi le serment
Qu'avant moi, y avait pas d'avan,
Y avait pas d'ombre et pas de soleil
Le jour, la nuit, c'était pareil
Y avait pas, au creux de tes reins,
Douce, la chaleur de mes mains
Ah redis-le, redis-le-moi
Que je suis ta première fois
Ah, redis-le-moi, je te crois
Je t'aime, c'est la première fois
Comme à chaque fois {x3}

Écrit par : Andesmas | 02/05/2008

@ Andesmas : Oui oui, un bel amour, de belles amours, un bel orgue, de belles orgues, etc etc etc... je sais je sais. Mais je persiste et je signe : je préfère décliner le mot "amour" au masculin singulier plutôt qu'au féminin pluriel. Il y a aussi le masculin pluriel qui n'est pas mal non plus, mais plutôt sur le mot "sexe" que sur "amour". J'arrête là mon argumentation avant que la Duègne ne tombe évanouie... ;-))

En tout cas merci à toi pour tes compliments. Quand je relis ces "écrits" d'il y a 17 ans (déjà!!! c'est fou...) je les trouve parfois maladroits, ou naïfs, mais toujours sincères en tout cas.

Le 'pathos' n'existe que dans l'oeil des autres. L'histoire du jeune homme qui consulte son portable, qui va danser, qui revient en coulisses et qui pleure, je l'ai trouvée très belle et pure aussi.

Et merci à Barbara d'avoir su dire, en chanson, encore mieux que nous tous, ce sentiment d'éternité...

Écrit par : lancelot | 03/05/2008

J'adore cette idée de lettre à travers le temps ... je la note dans un coin de ma tête si ça te dérange pas. Ta sincérité transparait dans tes mots, ta façon de t'exprimer ici ou ailleurs, perso j'aime bien ;-) p'tain encore une gentillesse, faut que j'arrête, promis c'est la dernière. Bises

Écrit par : Bougrenette | 05/05/2008

C'est un très émouvant retour sur le passé... prolongé par Barbara. En son temps, j'ai cru pouvoir offrir cette chanson comme on offre son coeur à un charmant garçon qui en a finalement choisi un autre.
Je crois que c'est important de pouvoir consoler l'être qu'on a été, les Moi possibles, les Soi alternatifs. Et ceux des autres à l'occasion.

Écrit par : christophe | 05/05/2008

@ Bougrenette :mais non mais non, n'arrête pas, ça fait un bien fou ! Merci !
Et, pour ce qui est de la lettre à travers le temps, c'est bien sûr une jolie idée, mais qui n'en reste qu'au stade de phantasme ! Si, dans le coin de ta tête où tu la rangeras, germe une idée pour la rendre REELLE, alors là dis-moi ton truc, ça m'intéressera !

@ Christophe : C'est vrai en un sens, que le fait d'avoir recopié ces extraits sur mon blog a agi aussi comme une sorte, non pas de consolation, mais de conclusion définitive, je pense. Sur moi. Et, si j'ai pu aussi être utile à d'autres qui liraient ces lignes en vivant un peu les mêmes choses en ce moment, j'en serais vraiment content.
Offrir cette chanson de Barbara à l'être qu'on aime ? OUAH ! J'aurais été totalement SEDUIT par un geste pareil...

Écrit par : lancelot | 07/05/2008

Alors voilà, je suis presque dans mes petits souliers. J'ai suivi les liens par rapport à ta dernière note et je suis arrivé jusque là. J'ai un peu l'impression de fouiller mais je n'en ai même pas honte.
Je suis même très ému de ce que j'ai pu lire, de ces histoires, de TON histoire. En fait, cela me fait drôle car il y a à la fois de sacrées différences dans nos cheminements mais aussi des éléments de sensibilité un peu similaires. Au moment où se déroulait ce que tu nous conte, j'étais déjà officiellement un adulte, mais à des années-lumière d'envisager un moindre embryon de début d'histoire sentimentale. Et toi, tu n'étais pas si jeune que ça à ce moment là (si j'ai bien compris, je suis de 6 ans ton cadet) et c'est aussi sans doute ça qui est émouvant.
Autre chose qui apparaît dans ces "pages oubliées", c'est l'absence de l'internet à l'époque (minitel) et des téléphones portables (cabines téléphoniques), même si j'ai cru comprendre que tu ne possédais pas de portable en propre. Me concernant, je le dis tout net, je ne sais pas comment j'aurais pu connaître l'âme soeur sans l'internet. Par rapport à mon caractère, mes timidités, j'ai l'impression que c'était le seul moyen que j'y arrive. Je ne suis pas loin de penser que sans ça, je serai encore vieux garçon. Ceci dit, je n'en sais rien.

Écrit par : Cornus | 28/08/2009

@ Cornus : Oui, très bien vu et analysé. Tu as 6 ans de moins que moi. Non, internet n'était pas disponible à l'époque. Non, je n'avais pas de portable et n'en ai toujours pas aujourd'hui. Tu es très attentif dans tes lectures. Merci.

Poufff... je viens de relire cette note. Que c'est loin, cette histoire de Franck. Il m'arrive de me demander ce qu'il fait aujourd'hui. S'il est heureux, quelque part...
Pas s'il m'a oublié ou pas. Cela, je sais aujourd'hui que ce n'est pas si important...

Merci d'avoir trouvé tout cela émouvant. Ca prouve qu'effectivement, on carbure un peu au même diesel, toi et moi... Et ça m'émeut de ta part, vieux frère ! ;-)

Écrit par : Lancelot | 28/08/2009

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