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14/05/2008

Bienvenue chez les P'sys

Je suis quelqu’un de bavard, volubile, expansif, excessif. On me l’a souvent dit, voire reproché. Dans une conversation qui m’intéresse, je ne sais pas bien me taire, j’interviens, donne mon avis, je parle, je fais du bruit.

Quand je suis seul, il m’arrive très souvent de chanter à tue-tête, même si je sais me taire aussi, et apprécier le calme,  face à moi-même.

 

 

 

Mais, devant les autres, j’ai du mal à garder la bouche fermée. Surtout dans une conversation, dans une relation « à deux ». Des tas de gens savent apprécier le silence lorsqu’ils se retrouvent à deux en tête à tête. Moi pas. TiNours en fait les frais, mais comme il aime parler lui aussi, il n’en souffre pas, pas trop, je pense. De plus, au fil de nos années de vie commune, nous avons appris à gérer dialogues et pauses de façon harmonieuse.

 

 

 

En revanche, devant quelqu’un que je ne connais pas, ou peu, ma peur du silence peut confiner au malaise. Je me souviens notamment de Domi, un copain du Puy en Velay, avec qui j’avais passé une fois une matinée seul. Lui n’était pas expansif par nature. Pas du tout du genre « ours », il était toujours courtois, mais ne ressentait pas le besoin frénétique d’alimenter sans cesse un dialogue. (c’est vrai, au fond, pourquoi, lorsqu’on y songe ?). Mais moi, si. Au bout d’une heure où j’avais épuisé tous les sujets de conversation, je me souviens m’être senti mal et angoissé face à Domi. Qu’est-ce qu’on est censé DIRE dans un cas pareil ? Me taire plus d’une minute, je ne savais pas. Et bien sûr, cela s’est reproduit, de nombreuses autres fois, avec beaucoup d'autres personnes. Maintenant, comme je connais bien ce sentiment, lorsque le cas se présente, je gère les pauses en jouant avec : « Allez, tu vas profiter de l’occasion pour te taire et ne pas laisser ‘l’angoisse du silence’ monter en toi. Entraîne-toi. »

C’est terriblement difficile.

 

 

 

Cette phobie du silence et du non-dit, peut se manifester lors d’un huis-clos, mais aussi et de façon plus grave, si je suis seul avec une interrogation ancrée en moi. Lorsque je l’évoque, cette vieille peur, surgit en moi l’image de la pâte à pain qui lève dans un fournil. Des paroles, des évènements, des flashbacks, des souvenirs qui se mettent à proliférer dans la serre chaude que constitue mon cerveau. Il faut les gérer. Par la parole, ou autrement.

 

 

 

Evidemment, dans la vie de tous les jours,  quand tout se passe sans heurt ou sans anicroche particulière, dans les contours arrondis et bien huilés du quotidien, la pâte à pain ne se met pas à gonfler. Pas d’incertitude, pas de souci, pas d’interrogation particulière, pas de question cruciale laissée en suspens.

 

 

 

Mais, qu’un examen se prépare, qu’une échéance s’annonce, qu’un ennui reste suspendu en l’air sans solution immédiate, comme une épée de Damoclès, alors, le levain de l’angoisse fait son travail, le mécanisme se met en marche. Je rumine. Je fais sans cesse passer cela en boucle dans mon alambic personnel, en mon for intérieur. Bien sûr (et heureusement) il y a pratiquement toujours une issue, que je trouve moi-même ou qui s'impose d'elle-même. Cette conclusion peut être désagréable d’ailleurs, mais au moins peut-on refermer un dossier, avoir une réponse à la question. Ne plus attendre. Ne plus ruminer. Ne plus osciller. Plus d’incertitude.

 

 

 

Le cas de figure le plus terrible, pour moi, c’est ne pas avoir de nouvelles de quelqu’un que j’attends, que j’espère. J’ai longuement évoqué cela déjà dans mes « pages oubliées » que j’ai publiées tout récemment. L’incertitude dans laquelle me laissait Franck m’avait miné parce qu’elle avait duré des mois et des mois. J’ai failli y laisser ma santé. Je devenais moi-même la pâte à peur que je pétrissais sans arrêt. Certains morceaux gonflaient, levaient. Il fallait que je les travaille de toute ma force pour qu’ils n’envahissent pas tout, ne dégénèrent pas en folie. C’était un travail épuisant. Je n’avais pas été étonné de maigrir énormément à cette époque. La respiration qui s’accélère à l’évocation d’une image, le cœur qui bat plus vite en entendant un mot, une phrase particulières, les mains moites lorsque le téléphone sonne et que l’on décroche le combiné. Tout mon être n’était devenu qu’attente, et mon âme ce bloc de pâte qui montait, qui enflait, comme une maladie obscène. S’endormir tard, se réveiller tôt, avec, entre les deux, un court, mais bienfaisant répit de quatre, cinq heures quelquefois, où mon pauvre corps épuisé exigeait de déconnecter du cerveau pour pouvoir récupérer.

 

 

 

J’ai heureusement, depuis, appris à mieux gérer ce style d’angoisse. Et puis, ma vie, et moi-même, avons remis de l’ordre dans les paramètres susceptibles de déclencher les 'crises'.

 

 

 

Mais quelquefois je retrouve ce vieux sentiment ennemi. Cette entité incarnée dans le triptyque "Attente + Incertitude + Peur". Quand on ne sait rien, et qu’on ne peut savoir. Quand la seule solution réside dans le fait de devoir s’armer de patience, alors que c’est bien là ce qui est le plus dur, ce qui fait le plus mal. Couper le son, intérieurement,  n’est pas possible non plus. La télé reste obstinément allumée. Images, sons, souvenirs, lettres lues, paroles entendues, fusent dans tous les sens, avec moi au milieu pour tenter de retrouver un ordre, une cohérence, un sens. Le mode ‘OFF’ n’existe pas. Je n’ai pas d’autre choix que de pétrir la pâte, avec frénésie. Un peu comme un écureuil qui court dans une cage circulaire dans un mouvement sans fin, jusqu’à en tomber d’épuisement.

 

 

 

Les mots, la parole, l’oralité, procurent un apaisement momentané. Un peu comme une saignée qui permet pour un instant d’évacuer le trop plein d’émotions, de douleurs, de frustrations  accumulées. Mais cela nécessite un interlocuteur. Qui soit présent, patient, au courant et bienveillant. Beaucoup de ‘HAN' ! Trop même, pour que cela soit possible en général.

 

 

 

 

Reste l’écriture. En lieu et place de Monsieur Han,  confident absent, la catharsis peut se pratiquer avec du papier, un stylo, ou un clavier et puis des mots, toujours les mots. Les mots pour conjurer les maux. Après avoir trop bafouillé, je me mets à gribouiller. Trop, aussi. Souvenez-vous, j'en parlais ici

 

 

 

Dans tous les cas de figure, à la purge en aval je préfère toujours la clarté en amont. Je hais les silences. J'exècre les non-dits. J’abhorre les sous-entendus. Je déteste les extrapolations auxquelles me condamne ma part de masochisme. Je n’ai pas encore appris à savoir me déconnecter, me fermer, demeurer imperméable à ce qui m’angoisse. Même si j’ai fait des progrès dans ce sport-là.

Commentaires

Bref, tu aimes qu'on t'aime. Désolé pour ton ego mais c'est une maladie commune.

Connais-tu le proverbe arabe qui dit "il n'y a pas plus grand malheur pour un homme que d'avoir une femme bavarde" ?

Je crois toutefois que tu te fouettes le cervelet un peu trop : on arrive à avoir un vrai dialogue avec toi, je confirme.

Écrit par : panama | 14/05/2008

Qu'est ce que la parole te permet de ne pas dire? Qu'est ce que les silences te révèlent? Comment ne pas confondre le silence des autres (leur absence) avec ton silence à toi (les périodes de réalignement)? Si tu pétris la pâte, cela veut dire que tu as déjà mélangé les ingrédients. Or ces ingrédients là ne sont peut être pas les bons pour faire une bonne recette.... Revoir la formule de la pâte?

Écrit par : l'Elephant | 14/05/2008

Parler... pour remplir le vide ? Moi ce qui me frappe, c'est la deuxième partie de ton article, lorsque tu parles de l'incertitude... c'est effectivement une des choses les plus atroces qui existent ! Et je me reconnais bien là ;-) Devenir une "machine à attente"... rumine, ruminer, y repenser, encore, tourner toutes les possibilités dans notre tête...jusqu'au dénouement, et là, enfin, respirer !

Écrit par : Becky | 14/05/2008

moi qui aime tant les choses à demi évoquées...

Je comprends toutefois ce que tu veux dire. La parole rassure.

Écrit par : joss | 14/05/2008

Je suis en peu comme joss je crois. J'aime beaucoup le silence. Trop des fois...

Écrit par : Lunaboy | 15/05/2008

@ Pan : tu ramènes toujours tout à CA : "Tu aimes qu'on t'aime"! Et, pour la MILLIEME fois, je te réponds : tu connais quelqu'un qui n'aime pas qu'on l'aime, toi ...???
J'accepte la remarque, si tu veux, mais personnellement je ne vois pas bien le rapport avec le fait que je parle trop... Enfin, bon...

Je ne connais pas le proverbe arabe, cependant, en l'occurrence, il ne me paraît pas adapté non plus puisque je ne suis pas une femme, mais un homme. Ah ah.

D'autre part je n'ai jamais dit qu'on ne pouvait pas avoir de VRAI dialogue avec moi. Si je parle beaucoup, trop même, ça ne m'empêche pas aussi d'être quelqu'un qui sait écouter. Très attentivement même. Les deux ne sont pas incompatibles ! Mais c'est pour MOI plutôt que pour les autres que le 'délire verbal' peut constituer un handicap, dans un dialogue.

@ L'Elephant : Je n'ai pas la réponse à ces questions-là. Je doute même que quiconque les ait, individuellement, pour soi-même ("ce que la parole me permet de ne pas dire", "ce que les silences me révèlent").

Et je ne suis pas sûr d'avoir bien compris ce qu'est une période de "réalignement" (même si tu y as fait allusion l'autre jour, quand on prenait l'apéro ensemble).

En revanche, je pense qu'avec le mélange des ingrédients, tu as effectivement mis le doigt sur quelque chose d'intéressant. Je répondrai qu'en moi ils se mélangent sans que j'aie voix au chapitre pour leur dosage et leur agencement. Il faudrait peut-être, pour améliorer la recette, que j'apprenne à ranger mieux ces ingrédients dans ma cuisine interne. Construire des placards, des rangements bien disctincts afin d'éviter que ce ne soit le chaos au moment où ils arrivent. Etablir des hiérarchies, des organigrammes d'importance, des arborescences plus logiques. Ca, je crois que je saurais. A étudier, en effet. Merci.

@ Becky : La "machine à attente" je l'ai connue -vraiment et longuement- une seule fois dans ma vie. J'ai juré qu'on ne m'y reprendrait plus. Mais le piège existe toujours, là, béant, auprès de nous. Il faut être très vigilant pour ne pas y retomber. Etre ordonné dans sa vie, être hiérarchisé dans sa tête. (cf ma réponse à l'Eléphant ci-dessus).

Si cette attente te fait trop souffrir, je te souhaite sincèrement de pouvoir en sortir un jour car elle n'est pas saine. S'il s'agit d'amour, aucun amour n'occasionant de la souffrance n'est sain. Ca, j'en suis persuadé.

Et, bienvenue sur mon blog, Becky. J'espère t'y revoir.

@ Joss : Je sais ! J'ai lu ce matin ta dernière note, 'Andromède et le Singe Savant' et je l'ai longuement commentée...

« Le silence plutôt que la parole, la discrétion comme sécurité »… pfffouuu… Y aurait matière à un débat géant sur ça. Ca m’interpelle EXTREMEMENT, ce que tu as écrit sur ton blog. Mais, il vaudrait mieux en discuter de vive voix. Pas possible pour l'instant. Dommage (pour moi en tout cas)…

Excuse la longueur de mon commentaire chez toi, qui contraste avec ta concision à toi ! Mais, pour conclure, il y a du bon et du mauvais dans les deux « philosophies », je pense.

@ Lunaboy : En définitive, même si cela paraît être une Lapalissade, il ne faut tomber dans aucun des deux excès. Le danger réside aussi bien dans un bavardage que dans un mutisme excessif.

Écrit par : Lancelot | 15/05/2008

Je connais, et j'ai beaucoup connu les souffrances liées à d'indiscibles attentes. J'en ai peut-être provoquées parfois. Je n'aime pas ça. Je peux en revanche me complaire, comme Joss, dans des "à demi évoqué", ceux qui sont ouverts, gentiment ambigües, il est même parfois bon de s'en tenir à ça sans franchir le rubicon pour épargner des peines. Et puis si j'ai eu longtemps des problèmes avec le silence, surtout quand j'étais mal à l'aise, je peux aussi m'y arrêter longtemps pour laisser d'autres sens se développer, communiquer, trouver leurs marques.

Écrit par : Oh!91 | 17/05/2008

@ Oh!91 : une fois que le Rubicon, comme tu l'appelles, a été franchi, est-il possible de pouvoir retourner sur l'autre rive ...?

Quels sont ces autres sens qui peuvent se développer au sein du silence ? Ont-ils seulement un nom ? N'hésite pas à me les enseigner.

Écrit par : Lancelot | 17/05/2008

J'ai lu ta note plusieurs fois avant de la commenter. Ton désarroi était si palpable, comme une pâte à pétrir.
Que dire ?
La solution à ce mal qui te ronge et te fait fait souffrir n'existe qu'en toi. Et comme tu le dis toi-même "Les mots, la parole, l’oralité, procurent un apaisement momentané".
J'ai longtemps été comme cela, aussi, mais j'ai appris à ne pas exiger d'autrui plus que ce qu'il ne peut me donner.
Bises fraternelles :)

Écrit par : Fiso | 18/05/2008

après plusieurs lectures je ne sais toujours pas ... j'aurais pu écrire certains paragraphe à la virgule près, je me suis prise un écho puissant en pleine tête, et j'avoue ça fait un étrange effet.

Écrit par : Bougrenette | 20/05/2008

@ Fiso : "Ne pas exiger d'autrui plus que ce qu'il ne peut me donner": si c'était si simple... Comment savoir exactement quand on franchit la ligne du TROP exiger ? Sans compter que 'autrui' peut être exigeant lui aussi, d'une autre façon, dans d'autres domaines. Un jeu de feedback qui se nourrit lui-même. Très difficile à gérer.

@ Bougrenette : Cet écho, dont tu parles, est plutôt rassurant pour moi, et devrait l'être pour toi aussi : pour finir, ce sentiment d'angoisse face au manque, que nous trouvons, nous, si tragique, est d'une parfaite banalité car universellement répandu. Moralité : ne pas lui accorder plus d'importance qu'à un simple rhume. Tout passe...!

Merci à vous deux pour votre gentillesse, les filles... Bisous

Écrit par : Lancelot | 22/05/2008

En ce qui me concerne, il m'arrive de ne pas dire grand chose ou d'être au contraire très bavard, allant parfois jusqu'à monopoliser la parole. Je monopolise quand je vois qu'on a rien ou presque à dire en face (et qu'on m'écoute quand même), comme pour meubler l'espace. Peut-être que l'absence de paroles m'impressionne parfois.
Par rapport à cette peur du vide, je la conçois largement car il m'est arrivé de l'éprouver, mais de façon extrêmement adoucie en comparaison avec toi.

Écrit par : Cornus | 28/08/2009

@ Cornus : C'est moins grave pour moi aujourd'hui, je te rassure. Et surtout, plus d'un an après avoir écrit cette note. J'ai eu, entretemps, un entraînement douloureux et sévère, mais positif à l'arrivée. Je sais MIEUX gérer le vide. Ce n'est pas encore parfait (hélas... j'aimerais tant...). Mais mieux, oui.

Écrit par : Lancelot | 28/08/2009

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