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30/05/2008

Le mépris


podcast

 

 

Non, ma note n’a rien à voir avec ce « chef-d’oeuvre » (chiantissime, à mon goût, soit dit entre nous...) de Godard, mais je garde la musique en toile de fond, parce qu’elle, elle est très belle, et s’accorde bien avec l’épisode absolument tragique que je vais vous relater :

 

 

 

 

1674051674.jpgHier j’étais convoqué pour des corrections d’épreuves écrites de BTS. On récupère le paquet de copies, on se les répartit entre profs d’anglais, on discute du sujet et des éventuelles adaptations du barème. Ensuite, on corrige une dizaine d’épreuves chacun, puis on compare pour harmoniser nos notes. Généralement il n’y a pas de très grands écarts. Ces moments-là de l’année peuvent être assez sympas selon l’équipe avec laquelle on tombe, parce qu’on attrape souvent des fous-rires mémorables.

 

 

 

 

Cette année j’étais coordonateur pour l’anglais. Ce qui signifie que je devais me charger d’étudier le corrigé à l’avance, voir les coquilles s’il y en avait, répartir les copies entre les collègues, et à la fin de la journée, faire les moyennes et entrer les notes sur le site de notation académique.

Ca se passait dans mon lycée. Comme c’est la première année 258312491.jpgoù j’interviens dans la section, je ne connaissais pas les autres correcteurs qui venaient d’autres académies limitrophes. Je suis donc arrivé avec ma caisse de copies et de polycopiés, devant la porte de la salle concernée. Il y avait là un groupe de 5 ou 6 femmes, parmi lesquelles je ne connaissais qu’Anne, la prof d’Italien, que j’aime bien. J’ai donc demandé qui était là pour plancher sur les épreuves d’anglais avec moi, et deux nanas se sont avancées. J’ai donc dit « Bonjour, je suis Lancelot, c’est moi qui coordonne pour l’anglais » et avant d’ouvrir la porte, j’ai serré la main à tout le monde.  Il y avait là des anglicistes, des hispanistes, et deux italianistes.

 

 

 

 

Et c’est là qu’il m’est arrivé le genre de chose que je DETESTE par-dessus tout pour l’avoir déjà vécu (à de rares occasions, 1707680662.jpgheureusement). Une des nanas s’est ostensiblement détournée et éloignée pour ne pas avoir à me serrer la main.

Ses raisons, je les ignore, et je ne tiens pas à trop m’attarder dessus. On ne s’était jamais rencontrés elle et moi. Elle avait une dégaine de goudoue, mais je serais mal placé pour avoir une dent contre les goudoues, a fortiori une animosité latente que j’arborerais sur moi sans en avoir conscience. J’ai été poli et correct, je ne pense en avoir fait ni trop ni pas assez. Je n’avais pas mis de casquette SS pour siffler le rassemblement des troupes, je ne m’étais pas non plus jeté sur les meufs pour leur rouler à chacune une pelle avec mes mains balladeuses. Je me suis présenté, j’ai dit bonjour en souriant et tendu la main à tout le monde, point à la ligne.

 

 

 

 

Alors ?

 

 

 

 

Alors ? Eh ben ça arrive, ce style de plan. Beaucoup trop souvent à mon goût, mais ça arrive. Il existe des gens qui se sentent agressés1973803595.jpg par la moindre marque de courtoisie de la part d’un inconnu. Ou alors ma gueule ne lui revenait pas. Elle me trouvait trop moche, ou trop antipathique pour accepter de me serrer la main. Il n’empêche. Ce style de réaction, ça me rend malade, malade. Bon, pas au point de m’empêcher de faire ma journée de boulot, tout de même. J’ai branché le pilote automatique, ignoré l’incident, je suis rentré dans ma salle avec les anglicistes, et j’ai été opérationnel pour bosser toute la journée. Mais, selon le mode de fonctionnement de mon disque dur interne, le souvenir a bien sûr ressurgi le soir au souper, et j’ai raconté l’incident à TiNours, qui m’a conseillé de prendre ça avec philosophie, avec les arguments habituels face à ce style de truc « Bah, probablement une mal baisée, tu ne la reverras pas, laisse pisser, quelle importance… ? » Bien sûr. C’était la seule façon cohérente de gérer la chose.

 

 

 

 

Il n’empêche. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir POURQUOI ça m’atteint autant. Ce style de réaction, ça sort de ma sphère de compréhension. On peut trouver, immédiatement et dès le premier abord, qu’un inconnu est laid, ou a l’air con, et ne pas avoir envie d’être gentil avec lui, ou elle. Mais poli… ? POLI !!! Personnellement, je m’imagine dans le cas inverse, et je ne me vois absolument pas refuser de dire bonjour (surtout de répondre) lorsque j’ai quelqu’un en face de moi qui se présente. Je trouve ça d’une grossièreté innommable. Et qu’on ne vienne pas me servir des arguments du style ‘timidité’ ou même ‘sauvagerie excessive’. J’ai déjà entendu ça aussi : « Ah oui , il/elle n’est pas d’un abord facile, mais quand tu le/la connais, c’est un cœur d’or. »

Non. Non. NON. Ca avec moi, ça passe pas. On peut avoir son caractère, être sauvage, ne pas aimer les démonstrations. Mais ne pas être simplement courtois, je ne l’admets pas. Ecraser les gens de mépris, comme ça, gratuitement, dès  un premier contact, c’est une chose que je ne peux digérer. Ca s’apparente à une gifle. Facile, qui plus est, ce qui la rend encore plus détestable. Je ne sais jamais quelle attitude adopter dans un cas pareil, et ça m’énerve encore plus. Bon, comme je l’ai dit plus haut, je gère sur le moment, et j’enchaîne, mais je voudrais bien être capable d’oublier ce style d’incident dans la seconde qui suit, sans y attacher d’importance. Je n’y parviens pas. Pourquoi ?

 

 

 

 

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28/05/2008

MétaFlore

Parmi les commentateurs fidèles à ce blog,  trois femmes reviennent régulièrement. J’ai envie d’écrire « filles » plutôt que « femmes » car dans mon optique elles sont des copines, des amies, et le terme de « fille » rappelle les années collège, lycée, fac, il a un parfum de jeunesse que j’associe, à tort bien sûr, à chaque amitié. Toute amitié est jeune par définition. D’abord quand elle est naissante, et même après plusieurs années, parce qu’elle est sans cesse renouvelée. Une amitié peut mourir, mais elle ne s’use pas au fil du temps, si l’on continue à se côtoyer. Bien au contraire,  paradoxalement, le temps la raffermit, la rajeunit, et lui prête vie.

 

 

Trois filles, donc.

 

 

 

Depuis quelques mois, elles reviennent, intermittentes, ici et là dans mon blog, dans mon espace perso, dans mon jardin secret… Pas si secret que ça, d’ailleurs, puisqu’il est ouvert à tous ceux qui ont envie d’y entrer. Mais ce terme me permet d’enchaîner sur une métaphore : trois filles, trois fleurs.

 

 

 

 

597539597.jpgLa première, c’est la violette. Elle a surgi un jour sans faire de bruit. Elle est venue gentiment s’émouvoir avec moi d’un sujet qui me tenait à cœur, et m’apporter son soutien. Elle est modeste, douce et réservée. La violette est utilisée pour du parfum bien sûr, mais aussi dans le domaine de la santé, et en cuisine, même. La fille à laquelle je pense, elle aime parler de ces choses-là. Elle est inventive, elle s’intéresse à tout ce qui peut rendre la vie belle et bonne. Elle aime les plaisirs simples. Elle s’occupe de sa famille, de son intérieur, avec amour. Elle a longtemps craint de rester dans l’ombre où depuis plusieurs mois on semblait vouloir la reléguer. Mais depuis quelques jours, elle a eu une occasion de s’épanouir, de montrer de quoi elle était capable. Timide, discrète, mais courageuse et opiniâtre. Je l’aime beaucoup, ma petite violette. Beaucoup.

 

 

 

 

La seconde amie, elle ressemble à du lilas. Elle est vivante, enthousiaste. Lorsqu’elle vient commenter, c’est toujours comme une bouffée1534240265.jpg de ce parfum qui vient nous caresser lorsqu’on passe à côté d’un de ces arbustes. Elle est passionnée, entière. Elle ne mesure pas son amitié, elle est généreuse et vibre toujours à l’unisson (chez moi en tout cas !). Quand on la lit, on a envie de la prendre dans ses bras, comme ces brassées de fleurs, blanches ou mauves, qu’on aime à ramener à la maison, au printemps, comme des invités agréables, pour qu’elles embaument tout. Elle est curieuse et intuitive. Elle est adorable.

 

 

 

 

La troisième, j’ai longtemps cherché quelle fleur je pourrais lui associer. Et tout en étant un peu insatisfait par la 875325817.jpgbanalité de mon choix, je n’ai pu trouver que la rose. Rose, blanche, jaune ou rouge, peu importe la couleur. Parce que la troisième copine, c’est une palette à elle toute seule. Changeante, rayonnante. Une rose parce que cette fleur s’épanouit sans crier gare, d’un seul coup, du jour au lendemain, dans un buisson, et c’est exactement comme ça que l’amitié est née entre nous, un soir, en me laissant tout surpris car je ne m’y attendais pas. Elle s’est déployée, elle m’en a foutu plein la vue. Un coup de foudre amical. Total. Incroyable comme je me sentais bien à discuter avec elle, comme nous avions plein de points communs, comme le rire et les confidences ont fusé entre nous. Elle sait être piquante dans ses avis, ses coups de gueule, et c’est tant mieux. Mais elle peut aussi être douce comme un pétale, si douce et tendre quand elle sent que quelque chose ne va pas. Une rose formidable.

 

 

 

 

 

Je les apprécie, mes trois fleurs. Je dois bien reconnaître que la tendresse d’une fille a une qualité particulière et inégalée. Elles sont moins abruptes, plus conciliantes, plus compréhensives dans leurs attitudes que les hommes. Est-ce simplement parce que, en tant que gay,  par moments il me manque aussi ce ‘quelque chose’, si indéfinissable, qu’on ne peut retrouver qu’en enfouissant son visage dans des mains féminines ? J’ai en tête en ce moment un extrait de ce film magnifique ‘Le fate ignoranti’. L’histoire d’Antonia, une jeune femme qui découvre par hasard après la mort accidentelle de son mari que celui-ci avait un amant.  Après le premier choc, elle va trouver ce jeune homme, Michel, en essayant de surmonter sa détresse, sa douleur, et pour essayer de savoir, de comprendre. Ils nouent des liens, tendus bien sûr au début, mais petit à petit le respect, et une certaine forme d’amitié s’instaurent. Traversés bien sûr, régulièrement, par des crises. Tout au long du film, Michel a toujours devant elle une attitude défiante et revendicatrice de cet amour que lui vivait secrètement avec son mari, et qu’elle, Antonia, n’avait  su ni pressentir ni comprendre. Or, vers la fin, lors d’un huis clos très doux et triste, il s’écroule devant elle et lui demande en sanglotant « Pardonne-moi… Pardonne-moi… »

 

 

 

Ce pardon, seules des femmes savent le comprendre, et le donner.

 

 

 

Et même si je ne demande pardon à personne, je voulais aujourd’hui rendre hommage à ce beau bouquet que j'ai la chance de voir fleurir, régulièrement, dans mon jardin.

25/05/2008

Cauchemar en gris

Vendredi 18h. Je trouve un prospectus dans la boîte aux lettres : "Redécouvrez vos anciens films sur DVD, possibilité de transferts (super 8, VHS, V2000) tarifs intéressants, contactez-nous au …" suivent une adresse et un numéro de téléphone à Montpellier.

Tiens, c’est bien, ça, quand j’étais ado on avait un magnétoscope V2000 à la maison, qui a rendu l’âme depuis belle lurette, mais j’avais enregistré un certain nombre de films introuvables aujourd’hui, même sur Amazon, et si mes parents ont conservé les vieilles cassettes, ça pourrait être intéressant.

Je décroche illico le téléphone et j’appelle la maison (dans les Bouches du Rhône) mais ça ne répond pas. Bon, ils sont partis, comme tous les vendredis soirs, à leur maison de campagne dans le Vaucluse. J’appelle, là-bas, je tombe sur le répondeur vocal. OK, ils sont en route. Je retenterai le coup plus tard.

 

 

 

20h, je réessaie. Le Vaucluse ne répond toujours pas, non plus que les Bouches du Rhône d’ailleurs. Le trajet prend normalement 1h40 environ, ils étaient probablement partis avant 18h, au fait... J’appelle ma sœur à Marseille. Non, elle n’est pas au courant de projets particuliers. D’ailleurs, depuis deux ou trois ans mes parents ne sortent plus tellement, sauf à certaines occasions comme la St Sylvestre. S’ils sont invités chez des amis, ça se passe en général à midi, pas le soir. Et comme ma mère a été opérée de la hanche l’an dernier, des longues marches ou une station debout prolongée lui sont évidemment impossibles, ce qui limite encore leur autonomie. En gros, leurs seuls déplacements sont ceux qu’ils font de façon hebdomadaire entre leur maison et leur chalet du Vaucluse, le week-end.

Ma sœur et moi décidons d’un commun accord d’essayer de les rappeler régulièrement sur leur fixe. Mon père n’a pas racheté de portable depuis que le dernier qu’il possédait s’est détraqué.

 

 

 

23h : Ma sœur me rappelle, angoissée. Toujours pas de nouvelles. Je dois dire que je commence à sérieusement baliser moi aussi. Le plus inquiétant est que lorsque nous appelons, le téléphone sonne, puis le répondeur vocal sur la ligne se déclenche, avec cette voix sirupeuse pré-enregistrée « Votre correspondant ne peut être joint actuellement, veuillez laisser un message, gnia gnia gnia… »

On envisage ensemble les éventualités possibles. S’ils étaient restés dans les Bouches du Rhône, on les aurait eus au téléphone. S’ils avaient eu un accident en route (même grave, en mettant les choses au pire, si les deux avaient été sérieusement blessés) on aurait été prévenus par les pompiers ou l’hôpital, forcément. Ou bien, leur téléphone dans le Vaucluse est en dérangement. Mais si c’est le cas, pourquoi est-ce qu’il sonne et déclenche le répondeur sur la ligne ?

La dernière éventualité, c’est celle à laquelle on n’ose pas penser : ils sont âgés, et le chalet est isolé…. ils auraient pu être agressés et inconscients, voire pire, à côté d’un téléphone qui sonne à vide. L’horreur de l’horreur.

 

 

 

Minuit. Toujours rien. Ma sœur et moi, en ligne pour la 10° fois, examinons nos possibilités d’action : on peut se rendre au chalet. Le problème est qu’elle, comme moi, sommes à 150 km de là-bas. Ou bien, qui est-ce qu’on pourrait contacter, pour gagner du temps ? Je connais le nom de leur voisin dans le Vaucluse, mais je ne le trouve pas sur l’annuaire. Il doit être sur liste rouge. Je ne connais pas le nom de leurs amis du coin. Il y a bien un garagiste qui habite dans le village et qui m’avait dépanné, une fois. Qui plus est, lui et sa femme connaissent bien mes parents, leurs rapports sont amicaux et dépassent le simple cadre commerçant-client. Mais bien sûr pour cela il faut attendre le lendemain matin.

Je rassure ma sœur : il ne faut pas paniquer, il s’agit sûrement d’un simple problème de ligne téléphonique. Je rappellerai le lendemain dès la première heure et je la tiendrai au courant de ce qui se passe.

 

 

 

Samedi, 7h. Après une mauvaise nuit (je m’étais réveillé dès 5h30 sans pouvoir me rendormir), j’essaie encore. Pas de réponse chez mes parents.

 

 

 

8h, j’appelle le garagiste. Pas de réponse non plus, je tombe sur son répondeur. Et s’il n’était pas ouvert le samedi ? Comment se renseigner ? L’angoisse monte, monte. Je n’ai pas le courage d’attendre 9h. Cette sonnerie sans personne sur la ligne, et ce répondeur qui se déclenche à chaque fois ont l’art de faire monter la pression. Appeler la gendarmerie de là-bas ne servirait à rien, ils n’interviennent jamais avant 48h lorsque des gens disparaissent.

La solution la plus radicale et la plus claire, c’est d’y aller. Mon TiNours acquiesce immédiatement. On devait faire des courses, du ménage, des copies. Tant pis pour les courses et le ménage, ça se fera plus tard. J’emmène tout de même les copies en route, ça me permet de ne pas trop laisser mon imagination délirer pendant le temps du voyage. 1h45 tout de même. On peut en échafauder, des hypothèses, pendant un trajet. Les histoires genre « Faites entrer l’accusé » on a beau se dire que ça n’arrive qu’à la télé, elles repassent en boucle. D’autant que ma sœur m’avait raconté qu’elle avait récupéré à l’hôpital il y a trois semaines un couple de personnes âgées, la dame dans le coma et son mari gravement blessé au visage et aux yeux. On avait sonné chez eux dans la journée. « C’est pour le bouquet de fleurs ! » Ils n’en avaient pas commandé mais la voix derrière la porte avait ajouté « de la part de votre fils ! » et comme ils ont un fils dentiste à Aix, ils ont ouvert… et se sont fait attaquer par des malfrats qui en voulaient à leur argent. Abominable.

 

 

 

8H45. Départ tambour battant. Je n’ai pas le courage d’attendre 9h, heure possible d’ouverture chez le garagiste, et d’ailleurs, qu’est-ce qui nous garantit qu’il est ouvert le samedi matin ? Les chances sont minces, et en effet la suite nous a confirmé qu’il ne fallait pas compter sur ça.

J’ai aussi un autre film en tête : et si on arrivait là-bas pour trouver la maison fermée, sans voiture devant, et sans nouvelles ? S’ils avaient disparu sur l’itinéraire entre les Bouches du Rhône et le Vaucluse ? Et vas-y pour les scénarios à la sauce Christophe Hondelatte qui se mettent à bourgeonner dans mon crâne enfiévré…. !

 

 

 

La pression est montée jusqu’à ce qu’on atteigne le chalet. J’ai jailli de la voiture, et quand j’ai vu mon père, puis ma mère en sortir avec une mine ahurie, j’ai eu l’impression qu’on m’enlevait un poids de 800 kgs des épaules. TiNours est allé donner des explications, dire bonjour. Moi, j’ai pas pu. Je me suis détourné et j’ai chialé, comme un gamin, pendant 5 bonnes minutes. Les grandes eaux. La totale. Putain que ça faisait du bien. Ouvrir les écluses. Laisser s’échapper toute la peur accumulée. Déboucher la bonde. Ouste, à l’égout, tous les vilains phantasmes, les idées hideuses, les images d’horreur. C’était fini. Laisse couler, disparaître, s’évacuer tout ça. Sang, larmes, objets brisés, vêtements déchirés, allez, à la trappe. Pas pressé de vous voir remonter à la surface de mes eaux stagnantes. La vie reprend ses droits, le fleuve se remet en mouvement, glouglou, glouglou. On a rouvert le barrage.

 

 

 

Il s’agissait bien évidemment d’un problème de ligne de ces p*** d’enc*** de P&T de m***. Ce n’était pas la faute de mes parents, ils ne pouvaient prévoir qu’on allait essayer de les joindre ce week-end, car ils m’avaient déjà appelé jeudi soir pour me remercier de la carte que je leur avais envoyée d’Irlande. Ils savaient que leur téléphone déconnait, et avaient signalé le problème, mais sans espoir qu’il soit réparé avant lundi. Mais surtout, SURTOUT, ce que je trouve inadmissible c’est que dans un cas pareil on devrait tomber sur un enregistrement disant que la ligne est en dérangement, et non pas sur le répondeur vocal de la ligne qui laisse présager tout et n’importe quoi.

 

 

 

Bien sûr, j’ai passé un coup de fil à ma sœur qui avait elle aussi bouleversé ses plans pour la journée en attendant que je la recontacte.

Ils m’ont foutu une sacrée trouille, mais je crois que je le leur ai bien rendu. Je revois mon père hier, et ses grandes mains maladroites sur moi : « allons, allons, calme-toi, c’est fini…. » Ma mère qui essayait de plaisanter pour donner le change (rapport à ses yeux à elle un peu rouges) « Alors, vous avez cru que nous étions mouris… ? » (que tu es drôle, Maman, je raffole de ton humour !). Enfin bon. Halte au pathos. Chez les Lancelot and Co, on est beaucoup plus habitué à la déconnade et aux vannes. La tragédie, c’est un mode sur lequel on est handicapés pour fonctionner. En famille, on n’a pas les gènes adéquats. En solo, oui, mais dès que nous nous réunissons, un fusible se met automatiquement en place pour éviter les effusions. Rigoler oui, pleurnicher non.

 

 

 

De cet épisode, nous avons, mes parents et moi, tiré de nouvelles règles pour l’avenir :

 

 

 

-penser à appeler le 10 14 avant tout pour demander si la ligne du correspondant est VRAIMENT en dérangement. Mais, si les fils ont été coupés au préalable, le fait de savoir que la ligne est HS n’est guère plus rassurant en soi. Enfin c’est tout de même mieux qu’une imbécile de boîte vocale se déclenchant inexorablement.

-j’ai noté un certain nombre de numéros de connaissances et amis à eux, sur le village, que l’on peut appeler en cas d’urgence. Notamment celui du voisin sur liste rouge, que mon père avait dans son agenda. (Ceci dit, comme me l’a fait remarquer TiNours sur le chemin du retour, ça n’aurait pas servi à grand-chose d’appeler le voisin si la totalité du quartier était en dérangement suite à une coupure sur la ligne).

-on passe au régime stalinien : mes parents devront à l'avenir, avant de monter dans leur chalet le week-end, donner un coup de fil (quitte à laisser un message sur le répondeur si nous ne sommes pas là)  en indiquant leur heure de départ. Même système à l'arrivée.

-obligation pour eux, à court terme, de racheter un téléphone portable.

 

 

 

Et en conclusion : une mention spéciale à Mon TiNours, qui en l’occurrence a été exemplaire : rassurant, réactif, plein d’idées pertinentes, excellent chauffeur. Une épaule parfaite où s’appuyer en cas de pépin. Merci à toi, mon homme à moi. Merci.

 

 

 

 

Post-scriptum : si vous vous souvenez de ce que je disais au début de cette note : j'ai oublié aussi de dire que mon père n'avait pas conservé mes vieilles cassettes Video2000 et que donc je ne pourrai pas me les faire graver en DVD ! Dire que si je n'avais pas reçu ce prospectus dans la boîte, vendredi, je ne les aurais même pas appelés et que tout ce patacaisse ne se serait pas déclenché....! Pour rien, au final...