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06/06/2008

Déconnecter

Je me suis souvent dit que j’étais pas taillé pour faire face à la douleur. Pas physique. Ca, je sais. Non, la douleur morale. Radio, TV, internet. A travers les couloirs de mes yeux, par les ondes que me transmettent mes oreilles, ça arrive, ça débarque, sans crier gare, sans s’annoncer. Prends-toi ça dans la poire, et digère si tu peux.

Hier matin, lu sur le blog de Fauvette : l’histoire de Thomas, un petit garçon abandonné à lui-même dans une rame de métro, qui serait susceptible de suivre n’importe qui, de descendre n’importe où, parce que sa mère, pourtant présente, est dans le cirage parce qu’elle a trop bu.

Une histoire qui remue terriblement. On se demande ce qu’on aurait pu faire à la place des autres passagers dans le métro. Et, comme d’habitude, on se dit « rien ». L’impuissance, la douleur.

A midi, entendu  sur RMC :

"La mort d’Enzo aurait-elle pu être évitée ? Ce garçon de deux ans est mort le 31 mai à Nemours sous les coups du concubin de sa mère. Mercredi, le procureur de la République de Melun a révélé que cet enfant avait fait l'objet, quelques jours avant son décès, d'une mesure d'éloignement en raison d'une présomption de maltraitance. "Enzo, qui avait fait l'objet d'un signalement, a été remis à sa mère, et deux jours après il est décédé", a constaté Serge Dintroz au cours d'une conférence de presse destinée à répondre à toutes les questions soulevées par cette décision "qui était peut-être critiquable". Le concubin, âgé de 28 ans, et la mère, 24 ans, ont reconnu les faits en garde à vue et ont été mis en examen lundi, lui pour coups mortels sur mineur de 15 ans, et elle, pour complicité et non empêchement de crime. Tous deux ont été écroués".

Et une seule information, qui rebondit sans fin en écho dans mon esprit : deux ans. Deux ans. Deux ans. Il avait deux ans, ce petit. Deux ans.

Aux informations régionales vers 19h à la télé :

"Deux internautes jugés par le tribunal correctionnel de Rouen pour avoir projeté sur le web l'enlèvement et le martyre d'une fillette. La procureure fustige "la banalisation" des termes employés dans leurs conversations pour désigner la victime potentielle appelée tour à tour "petit colis", "marchandise" ou "viande" et la précision des sévices envisagés comme sodomies, viols, fellations ou encore marquage au fer rouge. Elle écarte l'idée que ce projet n'aurait été que "virtuel" mais au contraire affirme qu'il s'est accompagné "d'actes préparatoires" comme le choix d'un local, un ancien transformateur électrique de Grand-Quevilly. "On voit un projet prendre forme, bouger, jusqu'à sa faisabilité parfaite, et on voit clairement une répartition des rôles", analyse-t-elle".

Sans oublier :

"L'histoire d'Antoine, ce jeune garçon de huit ans retrouvé vendredi dans le lac d'Apremont, en Vendée, commence à s'éclaircir. Dimanche 1er juin, son état s'étant sensiblement amélioré,   il a pu être entendu officiellement par les enquêteurs et a mis en cause l'ex-concubin de sa mère, découverte morte samedi à son domicile du Bois-de-Céné, au nord-ouest de Challans. "L'enfant a confirmé officiellement ce matin aux enquêteurs qu'il avait été emmené à bord d'un véhicule jusqu'au lac d'Apremont par le concubin [de sa mère] et qu'il y avait été jeté", a déclaré un porte-parole des enquêteurs. D'après les premières indications que le petit garçon avait pu donner samedi, les gendarmes étaient remontés jusqu'à la mère d'Antoine, Anne, retrouvée morte à son domicile".

Pour répondre à Oh ! qui écrivait avec gentillesse sur son blog l’autre jour, suite à sa rencontre dans l’avion avec un petit garçon qui avait illuminé son voyage : « parce que l’enfance, parce que l’enfance », je prends le chemin inverse et je demande : « pourquoi l’enfance, pourquoi l’enfance ??? »

 

La dernière « nouvelle », je l’ai ingurgitée vers 20h, sur le blog d’Anydris. C’est ici. Allez-y voir si vous voulez. Moi, je n’ai pas le courage de la résumer. Elle m’a foutu en colère, et puis à plat. Alors que les infos précédentes avaient apparemment entre elles un lien, celui des enfants, celle-ci n’a rien à voir puisqu’il s’agit d’un adulte, et qu’il n’y a pas eu de conséquences (trop) graves.

 

Mais moi, le lien, je le ressens très fort. C’est cette société malade, dans laquelle nous nous débattons et essayons de vivre malgré tout.

 

L’agressivité, la haine, l’horreur, la violence. La méchanceté. Le sadisme. Le mépris de l’autre. La négation des autres individus.

L’irrespect. L’incivisme.Le noir, le malheur, la douleur. Le mal.

 

J’ai beau ne recevoir tout ça que confortablement assis sur ma chaise, devant mes écrans, chez moi, au chaud, je prends tout ça en pleine gueule, je peux plus supporter cette accumulation.

 

Colère, peur, dégoût.

 

 Déconnecter. Hiberner.

 

 


podcast

Commentaires

et bien mon grand !
ça me touche énormément toutes tes marques d'attention, je te remercie ! Mais je ne voudrais pas non plus que mon "histoire" te gache le week-end !!! Tu les connais aussi bien que moi ces gamins de cités qui tiennent les murs... Je vais composer avec ! Je te bise fort fort !
Et heureusement que tu précises que mon histoire n'a rien à voir avec celle du petit Thomas, ou d'Antoine, j'aurais été mal à l'aise ! Des bises (encore !!)

Écrit par : anydris | 06/06/2008

C'est pour moi une énigme totale que celle de la violence jouissive faite sur un être vivant.

Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 06/06/2008

Vivre avec ce que l'on porte et ce que l'on nous fait porter et essayer de redresser la barre par sa propre action, quel qu'en soit le degré. Essayer de bouger ses propres lignes, avancer malgré tout, souffrir et le dire, avoir le courage de l'exprimer. Merci pour ta sensibilité partagée, chevalier à la Blanche Plume. garde là, c'est ta meilleure arme

Écrit par : l'Elephant | 06/06/2008

Le coeur serré à te lire, j'ai envie de te faire un câlin, comme à un enfant, justement.
Ben ouais, nous qui n'en avons pas, on est révoltés de ce que leur vie ne vaillent rien entre les mains d'autres.
J'avais branché la cam pour te faire marrer avec ma tête d'oursonne au réveil, mais tant pis, une autre fois ?
Plein de bises :)

Écrit par : Fiso | 07/06/2008

Tu sais quoi, lancelot, le pire, c'est quand ces histoires, à force de faire la chronique, elles se banalisent. Ca, c'est pas permis. Il faut garder sa capacité à s'émouvoir, à se mettre en colère, à se révolter. Tu dis "se déconnecter". Bon, le temps d'un week-end pour pas se le gâcher, pourquoi pas. Mais pour la vie, pour sa vie, pour le monde, c'est mieux de rien perdre de vue. Pas pour lancer des "tous au trou !", "tous à la guillotine", mais pour identifier les ressorts thérapeutiques, ou éducatifs, qui permettent de faire régresser ces fléaux de la violence. Parce que je ne crois pas qu'il y ait de la fatalité dans la barbarie. Merci en tout cas de ce beau billet.

Écrit par : Oh!91 | 07/06/2008

@ Any : Ben, je sais pas pourquoi, j'ai pris ta note en plein coeur. Ce devait être l'accumulation de "nouvelles affreuses" ce jour-là qui m'a rendu plus réceptif, j'imagine.
Bisous à toi aussi.

@ Val : Pour moi aussi. Même sans jouissance sexuelle d'ailleurs. Et bien en-deçà du sadisme pervers, même. Ne serait-ce qu'être brutal pour asséner un besoin de domination, une représentation imbécile d'une fausse virilité. Ca m'est totalement étranger, et ça me glace.

@ l'Elephant : c'est adorable, ce que tu me dis là. Mais ma 'sensibilité partagée' je la trouve un peu trop tiède et sans grand impact. Je voudrais pouvoir agir. Etre là au moment précis où l'on peut aider, physiquement ou autrement. C'est déjà arrivé, je suis déjà intervenu, dans la limite de mes moyens, dans certaines situations de violence. Mais en de rares occasions. Dois-je me réjouir ou m' attrister du la rareté de ces interventions de ma part...?

@ Fiso : Merci, petite soeur. Ca me touche vraiment, ce que tu m'as écrit.

"nous qui n'en avons pas, on est révoltés de ce que leur vie ne vaille rien entre les mains d'autres." :
Putain, comme elle vibre en moi, ta phrase...

Désolé d'avoir raté ta "tête d'oursonne" (tu sais comme j'aime cette race-là !), j'étais en train de poser un treillis le long du mur pour des arbustes ce matin ! Mais ce n'est que partie remise, promis. ;-))

@ Oh ! ça fait du bien de lire ce que tu as écrit, en conclusion intelligente à mon texte un peu inachevé. Tu repars sur une note à la fois rationnelle et optimiste. Tu rouvres la porte et les fenêtres que j'avais claquées hier soir. Merci à toi !

En ce qui me concerne, je ne crois pas trop aux vertus du 'thérapeutique et de l'éducatif' pour éradiquer ces horreurs dont souffre notre monde malade. Je crois plutôt, je VEUX croire, que cela disparaîtra progressivement, de soi-même, avec l'amélioration de la société, de nos moeurs, de nos coeurs. Si on va vers une amélioration. SI.

Écrit par : lancelot | 07/06/2008

Il y avait une chanson de Niagara sur ce que tu décris. Ne te demande pas pourquoi je vais faire le casse cou dans des vallées encaissées : là bas il n'y a personne !

Écrit par : panama | 08/06/2008

@ Pan : oui, mais le reste du monde continue à exister, avec les mêmes problèmes. Finalement, c'est vrai que déconnecter ou fuir, ce ne sont pas vraiment des solutions...

Écrit par : lancelot | 08/06/2008

je ne sais pas quoi te dire, je t'embrasse, pour le plaisir.

Écrit par : Bougrenette | 08/06/2008

@ Bougrenette : Merci ma grande. Ca fait toujours du bien. Même quand on est sorti de la déprime. Je t'en renvoie tout autant...

Écrit par : lancelot | 08/06/2008

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