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13/06/2008

A dix-sept ans d'écart

Février 1991 :

 

 

Elisabeth et moi étions garés dans une rue d’Aix, tard le soir, dans ma vieille 305. Elle était venue pour réviser le CAPES chez moi pendant deux jours, et je l’avais ramenée devant chez elle. On parlait, on parlait. L’atmosphère devenait de plus en plus dense et lourde dans la voiture au fur et à mesure que la nuit avançait.

 

 

 

Elle : « C’est vrai que ça va être difficile pour toi de vivre cette relation avec une femme mariée… »

Moi : « Oui, d’autant plus qu’elle a des enfants… »

Elle : « Oh, les enfants…. Tu me dis que ça ne va pas bien dans son couple, alors tu sais, il y a quand même de l’espoir pour toi… »

Moi (sombrement) « Oui, peut-être… »

Elle : « Mais pourquoi tu fais cette tête ?  Tu ne seras quand même pas le premier mec à vivre une relation adultère ! Ne viens pas me dire que tu te sens coupable de mettre en danger un mariage ? De toute façon ça ne va pas du tout entre eux… »

Moi : « Non, c’est pas ça, il y a d’autres choses… »

Long silence … je me souviens de nos respirations qui faisaient de la buée dans le noir.

Elle (lentement) : « C’est quoi, « autre chose »… ? »

Je regardais droit devant moi. Les dents serrées. Les lèvres closes. Le cœur battant.

Elle : « Lancelot… ? Qu’est-ce qui ne va pas… ? »

Moi : « Je… (pause)… attends… (je reprends ma respiration) … en fait…. Elle… enfin je…(j’avais du mal à respirer)… Elisabeth… ? »

Elle (doucement) : « Oui…. ? »

Moi : « C’est pas une femme mariée. C’est un homme. Je suis homo, Elisabeth. »

 

 

 

Elle n’a rien dit. Elle a juste continué à me regarder dans les yeux. Elle me tenait la main. Et brutalement, je me suis mis à avoir très froid. Des frissons incoercibles. Par chance, on avait sa couette dans la voiture et elle me l’a filée pour que je m’enveloppe dedans, et ça s’est calmé au bout de quelques minutes, avant que l’on ne se remette à parler, libérés tous les deux, avec ce non-dit débloqué entre nous.

 

 

 

C’était mon tout premier coming-out.

 

 

Juin 2008 :

 

 

Betty est une collègue de travail (et amie) à laquelle je faisais allusion dans ma note précédente. C’est elle qui au téléphone m’avait communiqué les coordonnées de Gentil Docteur qui a su réparer Toto.

Elle et moi nous entendons très bien, et elle est déjà venue à la maison, mais ces deux fois-là, TiNours n’y était pas. Elle n’est pas censée être au courant de quoi que ce soit sur ma vie personnelle, que nous n’avons jamais abordée.

 

 

 

Hélas, l’autre jour en l’appelant à propos du PC, j’ai commis l’erreur d’utiliser le portable de TiNours. Le numéro s’est affiché sur son téléphone fixe, et, comme elle avait un renseignement à me demander le lendemain, elle l’a utilisé. PAF ! Bingo ! Elle est tombée sur mon gentil mari au travail, qui lui a dit « Ah non, je ne peux pas vous passer Lancelot, je suis un ami à lui ». Excuses mutuelles, petits rires gênés, politesses, on raccroche. Le soir même, évidemment, je suis mis au courant de l’histoire, ce qui m’a fait sourire.

Aujourd’hui, je recroise Betty au lycée et j’en profite pour lui raconter les péripéties vécues par Toto chez son Gentil Docteur, et pour la remercier de m’avoir si bien conseillé. Je la regardais avec un sourire en coin. Elle me considérait avec une lueur espiègle dans l’œil.

 

 

 

Moi : « Et puis il parait que tu as cherché à me joindre hier ? »

Elle « Oui oui, tout à fait, sur ce que je croyais être ton portable… »

Moi : « …et tu es tombée sur mon mec. »

Elle (grand sourire) « Voilà, exactement… »

Moi (rigolard) : « Ce qui n’a pas été une surprise pour toi, je suppose… ?

Elle : « Non, pas du tout… »

Et puis on s’est regardés, et on a éclaté en même temps d’un fou-rire silencieux. Silencieux forcément, parce que d’autres profs arrivaient derrière nous. Affaire à suivre. Il faudra donc que j’invite Betty à la maison un de ces quatre pour qu’elle fasse la connaissance de TiNours, à la bonne franquette…

 

 

 

C’était mon tout dernier coming-out. Quand même bien plus cool que le premier, ça va sans dire.

 

 

 

Dix-sept ans d’écart entre les deux. Bien sûr entretemps, il y en a eu plein d’autres. Les coming-out se suivent et ne se ressemblent pas. En tout cas, c’est une gymnastique que j’ai totalement rodée. Plus de pathos.

L’avantage au fait de vieillir, c’est que les choses deviennent plus simples. Ce matin, je n’ai pas fait de chute de tension. Pas de frissons ni de tremblements. Je suis sorti tout guilleret du lycée, en sifflotant.

 

 

 

Nouveaux amis à la maison, nouvelles fiestas en perspective.

30/05/2008

Le mépris


podcast

 

 

Non, ma note n’a rien à voir avec ce « chef-d’oeuvre » (chiantissime, à mon goût, soit dit entre nous...) de Godard, mais je garde la musique en toile de fond, parce qu’elle, elle est très belle, et s’accorde bien avec l’épisode absolument tragique que je vais vous relater :

 

 

 

 

1674051674.jpgHier j’étais convoqué pour des corrections d’épreuves écrites de BTS. On récupère le paquet de copies, on se les répartit entre profs d’anglais, on discute du sujet et des éventuelles adaptations du barème. Ensuite, on corrige une dizaine d’épreuves chacun, puis on compare pour harmoniser nos notes. Généralement il n’y a pas de très grands écarts. Ces moments-là de l’année peuvent être assez sympas selon l’équipe avec laquelle on tombe, parce qu’on attrape souvent des fous-rires mémorables.

 

 

 

 

Cette année j’étais coordonateur pour l’anglais. Ce qui signifie que je devais me charger d’étudier le corrigé à l’avance, voir les coquilles s’il y en avait, répartir les copies entre les collègues, et à la fin de la journée, faire les moyennes et entrer les notes sur le site de notation académique.

Ca se passait dans mon lycée. Comme c’est la première année 258312491.jpgoù j’interviens dans la section, je ne connaissais pas les autres correcteurs qui venaient d’autres académies limitrophes. Je suis donc arrivé avec ma caisse de copies et de polycopiés, devant la porte de la salle concernée. Il y avait là un groupe de 5 ou 6 femmes, parmi lesquelles je ne connaissais qu’Anne, la prof d’Italien, que j’aime bien. J’ai donc demandé qui était là pour plancher sur les épreuves d’anglais avec moi, et deux nanas se sont avancées. J’ai donc dit « Bonjour, je suis Lancelot, c’est moi qui coordonne pour l’anglais » et avant d’ouvrir la porte, j’ai serré la main à tout le monde.  Il y avait là des anglicistes, des hispanistes, et deux italianistes.

 

 

 

 

Et c’est là qu’il m’est arrivé le genre de chose que je DETESTE par-dessus tout pour l’avoir déjà vécu (à de rares occasions, 1707680662.jpgheureusement). Une des nanas s’est ostensiblement détournée et éloignée pour ne pas avoir à me serrer la main.

Ses raisons, je les ignore, et je ne tiens pas à trop m’attarder dessus. On ne s’était jamais rencontrés elle et moi. Elle avait une dégaine de goudoue, mais je serais mal placé pour avoir une dent contre les goudoues, a fortiori une animosité latente que j’arborerais sur moi sans en avoir conscience. J’ai été poli et correct, je ne pense en avoir fait ni trop ni pas assez. Je n’avais pas mis de casquette SS pour siffler le rassemblement des troupes, je ne m’étais pas non plus jeté sur les meufs pour leur rouler à chacune une pelle avec mes mains balladeuses. Je me suis présenté, j’ai dit bonjour en souriant et tendu la main à tout le monde, point à la ligne.

 

 

 

 

Alors ?

 

 

 

 

Alors ? Eh ben ça arrive, ce style de plan. Beaucoup trop souvent à mon goût, mais ça arrive. Il existe des gens qui se sentent agressés1973803595.jpg par la moindre marque de courtoisie de la part d’un inconnu. Ou alors ma gueule ne lui revenait pas. Elle me trouvait trop moche, ou trop antipathique pour accepter de me serrer la main. Il n’empêche. Ce style de réaction, ça me rend malade, malade. Bon, pas au point de m’empêcher de faire ma journée de boulot, tout de même. J’ai branché le pilote automatique, ignoré l’incident, je suis rentré dans ma salle avec les anglicistes, et j’ai été opérationnel pour bosser toute la journée. Mais, selon le mode de fonctionnement de mon disque dur interne, le souvenir a bien sûr ressurgi le soir au souper, et j’ai raconté l’incident à TiNours, qui m’a conseillé de prendre ça avec philosophie, avec les arguments habituels face à ce style de truc « Bah, probablement une mal baisée, tu ne la reverras pas, laisse pisser, quelle importance… ? » Bien sûr. C’était la seule façon cohérente de gérer la chose.

 

 

 

 

Il n’empêche. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir POURQUOI ça m’atteint autant. Ce style de réaction, ça sort de ma sphère de compréhension. On peut trouver, immédiatement et dès le premier abord, qu’un inconnu est laid, ou a l’air con, et ne pas avoir envie d’être gentil avec lui, ou elle. Mais poli… ? POLI !!! Personnellement, je m’imagine dans le cas inverse, et je ne me vois absolument pas refuser de dire bonjour (surtout de répondre) lorsque j’ai quelqu’un en face de moi qui se présente. Je trouve ça d’une grossièreté innommable. Et qu’on ne vienne pas me servir des arguments du style ‘timidité’ ou même ‘sauvagerie excessive’. J’ai déjà entendu ça aussi : « Ah oui , il/elle n’est pas d’un abord facile, mais quand tu le/la connais, c’est un cœur d’or. »

Non. Non. NON. Ca avec moi, ça passe pas. On peut avoir son caractère, être sauvage, ne pas aimer les démonstrations. Mais ne pas être simplement courtois, je ne l’admets pas. Ecraser les gens de mépris, comme ça, gratuitement, dès  un premier contact, c’est une chose que je ne peux digérer. Ca s’apparente à une gifle. Facile, qui plus est, ce qui la rend encore plus détestable. Je ne sais jamais quelle attitude adopter dans un cas pareil, et ça m’énerve encore plus. Bon, comme je l’ai dit plus haut, je gère sur le moment, et j’enchaîne, mais je voudrais bien être capable d’oublier ce style d’incident dans la seconde qui suit, sans y attacher d’importance. Je n’y parviens pas. Pourquoi ?

 

 

 

 

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06/05/2008

Dialogue surréaliste

Ce matin, encore des oraux.

 

 

Le troisième candidat arrive et, parmi les deux sujets au choix que je lui propose, il sélectionne celui-ci, qui est une pub pour les voitures Toyota, mettant en relief leur respect de l’environnement, qu’ils utilisent pour soigner leur image de marque. Voitures hybrides = protection de la nature, pureté et tout le tralala…

 

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Après les 10 minutes de préparation, discussion élève-prof :

 

 

Lui : « In the center of the picture I can see a main »

Moi (n’en croyant pas mes oreilles) : « A WHAT ? »

Lui (air contrit, il se reprend) « In the center of the picture I can see a what. »

 

 

Après quatre heures de ce régime ce matin, et quatre heures de cours cet après-midi, vous comprendrez que je suis un peu fatigué…

 

 

Bonne nuit, à demain…

 

18:18 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : oraux, prof, élèves