13.06.2008
A dix-sept ans d'écart
Février 1991 :
Elisabeth et moi étions garés dans une rue d’Aix, tard le soir, dans ma vieille 305. Elle était venue pour réviser le CAPES chez moi pendant deux jours, et je l’avais ramenée devant chez elle. On parlait, on parlait. L’atmosphère devenait de plus en plus dense et lourde dans la voiture au fur et à mesure que la nuit avançait.
Elle : « C’est vrai que ça va être difficile pour toi de vivre cette relation avec une femme mariée… »
Moi : « Oui, d’autant plus qu’elle a des enfants… »
Elle : « Oh, les enfants…. Tu me dis que ça ne va pas bien dans son couple, alors tu sais, il y a quand même de l’espoir pour toi… »
Moi (sombrement) « Oui, peut-être… »
Elle : « Mais pourquoi tu fais cette tête ? Tu ne seras quand même pas le premier mec à vivre une relation adultère ! Ne viens pas me dire que tu te sens coupable de mettre en danger un mariage ? De toute façon ça ne va pas du tout entre eux… »
Moi : « Non, c’est pas ça, il y a d’autres choses… »
Long silence … je me souviens de nos respirations qui faisaient de la buée dans le noir.
Elle (lentement) : « C’est quoi, « autre chose »… ? »
Je regardais droit devant moi. Les dents serrées. Les lèvres closes. Le cœur battant.
Elle : « Lancelot… ? Qu’est-ce qui ne va pas… ? »
Moi : « Je… (pause)… attends… (je reprends ma respiration) … en fait…. Elle… enfin je…(j’avais du mal à respirer)… Elisabeth… ? »
Elle (doucement) : « Oui…. ? »
Moi : « C’est pas une femme mariée. C’est un homme. Je suis homo, Elisabeth. »
Elle n’a rien dit. Elle a juste continué à me regarder dans les yeux. Elle me tenait la main. Et brutalement, je me suis mis à avoir très froid. Des frissons incoercibles. Par chance, on avait sa couette dans la voiture et elle me l’a filée pour que je m’enveloppe dedans, et ça s’est calmé au bout de quelques minutes, avant que l’on ne se remette à parler, libérés tous les deux, avec ce non-dit débloqué entre nous.
C’était mon tout premier coming-out.
Juin 2008 :
Betty est une collègue de travail (et amie) à laquelle je faisais allusion dans ma note précédente. C’est elle qui au téléphone m’avait communiqué les coordonnées de Gentil Docteur qui a su réparer Toto.
Elle et moi nous entendons très bien, et elle est déjà venue à la maison, mais ces deux fois-là, TiNours n’y était pas. Elle n’est pas censée être au courant de quoi que ce soit sur ma vie personnelle, que nous n’avons jamais abordée.
Hélas, l’autre jour en l’appelant à propos du PC, j’ai commis l’erreur d’utiliser le portable de TiNours. Le numéro s’est affiché sur son téléphone fixe, et, comme elle avait un renseignement à me demander le lendemain, elle l’a utilisé. PAF ! Bingo ! Elle est tombée sur mon gentil mari au travail, qui lui a dit « Ah non, je ne peux pas vous passer Lancelot, je suis un ami à lui ». Excuses mutuelles, petits rires gênés, politesses, on raccroche. Le soir même, évidemment, je suis mis au courant de l’histoire, ce qui m’a fait sourire.
Aujourd’hui, je recroise Betty au lycée et j’en profite pour lui raconter les péripéties vécues par Toto chez son Gentil Docteur, et pour la remercier de m’avoir si bien conseillé. Je la regardais avec un sourire en coin. Elle me considérait avec une lueur espiègle dans l’œil.
Moi : « Et puis il parait que tu as cherché à me joindre hier ? »
Elle « Oui oui, tout à fait, sur ce que je croyais être ton portable… »
Moi : « …et tu es tombée sur mon mec. »
Elle (grand sourire) « Voilà, exactement… »
Moi (rigolard) : « Ce qui n’a pas été une surprise pour toi, je suppose… ?
Elle : « Non, pas du tout… »
Et puis on s’est regardés, et on a éclaté en même temps d’un fou-rire silencieux. Silencieux forcément, parce que d’autres profs arrivaient derrière nous. Affaire à suivre. Il faudra donc que j’invite Betty à la maison un de ces quatre pour qu’elle fasse la connaissance de TiNours, à la bonne franquette…
C’était mon tout dernier coming-out. Quand même bien plus cool que le premier, ça va sans dire.
Dix-sept ans d’écart entre les deux. Bien sûr entretemps, il y en a eu plein d’autres. Les coming-out se suivent et ne se ressemblent pas. En tout cas, c’est une gymnastique que j’ai totalement rodée. Plus de pathos.
L’avantage au fait de vieillir, c’est que les choses deviennent plus simples. Ce matin, je n’ai pas fait de chute de tension. Pas de frissons ni de tremblements. Je suis sorti tout guilleret du lycée, en sifflotant.
Nouveaux amis à la maison, nouvelles fiestas en perspective.
20:16 Publié dans Boulot, Homosexualité, Machine à remonter le temps, Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : coming-out
30.05.2008
Le mépris
Non, ma note n’a rien à voir avec ce « chef-d’oeuvre » (chiantissime, à mon goût, soit dit entre nous...) de Godard, mais je garde la musique en toile de fond, parce qu’elle, elle est très belle, et s’accorde bien avec l’épisode absolument tragique que je vais vous relater :
Hier j’étais convoqué pour des corrections d’épreuves écrites de BTS. On récupère le paquet de copies, on se les répartit entre profs d’anglais, on discute du sujet et des éventuelles adaptations du barème. Ensuite, on corrige une dizaine d’épreuves chacun, puis on compare pour harmoniser nos notes. Généralement il n’y a pas de très grands écarts. Ces moments-là de l’année peuvent être assez sympas selon l’équipe avec laquelle on tombe, parce qu’on attrape souvent des fous-rires mémorables.
Cette année j’étais coordonateur pour l’anglais. Ce qui signifie que je devais me charger d’étudier le corrigé à l’avance, voir les coquilles s’il y en avait, répartir les copies entre les collègues, et à la fin de la journée, faire les moyennes et entrer les notes sur le site de notation académique.
Ca se passait dans mon lycée. Comme c’est la première année
où j’interviens dans la section, je ne connaissais pas les autres correcteurs qui venaient d’autres académies limitrophes. Je suis donc arrivé avec ma caisse de copies et de polycopiés, devant la porte de la salle concernée. Il y avait là un groupe de 5 ou 6 femmes, parmi lesquelles je ne connaissais qu’Anne, la prof d’Italien, que j’aime bien. J’ai donc demandé qui était là pour plancher sur les épreuves d’anglais avec moi, et deux nanas se sont avancées. J’ai donc dit « Bonjour, je suis Lancelot, c’est moi qui coordonne pour l’anglais » et avant d’ouvrir la porte, j’ai serré la main à tout le monde. Il y avait là des anglicistes, des hispanistes, et deux italianistes.
Et c’est là qu’il m’est arrivé le genre de chose que je DETESTE par-dessus tout pour l’avoir déjà vécu (à de rares occasions,
heureusement). Une des nanas s’est ostensiblement détournée et éloignée pour ne pas avoir à me serrer la main.
Ses raisons, je les ignore, et je ne tiens pas à trop m’attarder dessus. On ne s’était jamais rencontrés elle et moi. Elle avait une dégaine de goudoue, mais je serais mal placé pour avoir une dent contre les goudoues, a fortiori une animosité latente que j’arborerais sur moi sans en avoir conscience. J’ai été poli et correct, je ne pense en avoir fait ni trop ni pas assez. Je n’avais pas mis de casquette SS pour siffler le rassemblement des troupes, je ne m’étais pas non plus jeté sur les meufs pour leur rouler à chacune une pelle avec mes mains balladeuses. Je me suis présenté, j’ai dit bonjour en souriant et tendu la main à tout le monde, point à la ligne.
Alors ?
Alors ? Eh ben ça arrive, ce style de plan. Beaucoup trop souvent à mon goût, mais ça arrive. Il existe des gens qui se sentent agressés
par la moindre marque de courtoisie de la part d’un inconnu. Ou alors ma gueule ne lui revenait pas. Elle me trouvait trop moche, ou trop antipathique pour accepter de me serrer la main. Il n’empêche. Ce style de réaction, ça me rend malade, malade. Bon, pas au point de m’empêcher de faire ma journée de boulot, tout de même. J’ai branché le pilote automatique, ignoré l’incident, je suis rentré dans ma salle avec les anglicistes, et j’ai été opérationnel pour bosser toute la journée. Mais, selon le mode de fonctionnement de mon disque dur interne, le souvenir a bien sûr ressurgi le soir au souper, et j’ai raconté l’incident à TiNours, qui m’a conseillé de prendre ça avec philosophie, avec les arguments habituels face à ce style de truc « Bah, probablement une mal baisée, tu ne la reverras pas, laisse pisser, quelle importance… ? » Bien sûr. C’était la seule façon cohérente de gérer la chose.
Il n’empêche. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir POURQUOI ça m’atteint autant. Ce style de réaction, ça sort de ma sphère de compréhension. On peut trouver, immédiatement et dès le premier abord, qu’un inconnu est laid, ou a l’air con, et ne pas avoir envie d’être gentil avec lui, ou elle. Mais poli… ? POLI !!! Personnellement, je m’imagine dans le cas inverse, et je ne me vois absolument pas refuser de dire bonjour (surtout de répondre) lorsque j’ai quelqu’un en face de moi qui se présente. Je trouve ça d’une grossièreté innommable. Et qu’on ne vienne pas me servir des arguments du style ‘timidité’ ou même ‘sauvagerie excessive’. J’ai déjà entendu ça aussi : « Ah oui , il/elle n’est pas d’un abord facile, mais quand tu le/la connais, c’est un cœur d’or. »
Non. Non. NON. Ca avec moi, ça passe pas. On peut avoir son caractère, être sauvage, ne pas aimer les démonstrations. Mais ne pas être simplement courtois, je ne l’admets pas. Ecraser les gens de mépris, comme ça, gratuitement, dès un premier contact, c’est une chose que je ne peux digérer. Ca s’apparente à une gifle. Facile, qui plus est, ce qui la rend encore plus détestable. Je ne sais jamais quelle attitude adopter dans un cas pareil, et ça m’énerve encore plus. Bon, comme je l’ai dit plus haut, je gère sur le moment, et j’enchaîne, mais je voudrais bien être capable d’oublier ce style d’incident dans la seconde qui suit, sans y attacher d’importance. Je n’y parviens pas. Pourquoi ?

18:57 Publié dans Boulot, Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : examens, mépris
06.05.2008
Dialogue surréaliste
Ce matin, encore des oraux.
Le troisième candidat arrive et, parmi les deux sujets au choix que je lui propose, il sélectionne celui-ci, qui est une pub pour les voitures Toyota, mettant en relief leur respect de l’environnement, qu’ils utilisent pour soigner leur image de marque. Voitures hybrides = protection de la nature, pureté et tout le tralala…

Après les 10 minutes de préparation, discussion élève-prof :
Lui : « In the center of the picture I can see a main »
Moi (n’en croyant pas mes oreilles) : « A WHAT ? »
Lui (air contrit, il se reprend) « In the center of the picture I can see a what. »
Après quatre heures de ce régime ce matin, et quatre heures de cours cet après-midi, vous comprendrez que je suis un peu fatigué…
Bonne nuit, à demain…
18:18 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : oraux, prof, élèves
02.05.2008
Sex, lies and prof de philo
Mardi après-midi :
Je démarre ma 3° heure de cours avec les Terminales Z3. Pendant qu’ils arrivent et s’installent, je remets de l’ordre dans mes papiers, je jette un coup d’œil à ma montre, à la liste d’appel, et tout à coup du coin de l’œil, j’aperçois un élément nouveau dans ma sphère, sur ma gauche : un petit brun, la trentaine, yeux noirs pétillants, joli sourire, fossettes. Ses avants-bras sont bronzés et légèrement poilus. Hummm. Mignon. Qu’est-ce qu’il me veut le joli Monsieur ? Et pis c’est qui d’abord çuilà ? Pas un nouvel élève quand même ?
« Bonjour, excuse moi, je voulais te voir parce que tu as les terminales Z3 en même temps que moi en alternance le mardi après-midi et je me demandais si on n’aurait pas pu profiter de ce créneau pour faire deux devoirs de 2H, moi en philo, toi dans ta matière, sur deux semaines en suivant. Les dates à ta convenance. »
(Ah oui, c’est le prof de philo remplaçant. J’avais déjà fait plusieurs fois l’échange d’élèves au cours de l’année avec la prof en poste. Mais, enceinte jusqu’aux yeux, elle est partie en congé maternité avant de faire les eaux en cours… C’est donc lui le nouveau… ? Je l’avais jamais rencontré avant, comme j’avais eu tort… !)
« Mais bien sûr, pourquoi pas, on va s’arranger… Il faut juste qu’on s’entende sur le mardi où l’on fera ça (je feuillette mon agenda) Alors il y a les semaines du 1er et du 8, mais ce ne sera pas possible, ça ferait sauter trop d'heures de cours à la fois… La semaine du 26, ce n’est pas possible non plus, je dois aller en Irlande… »
« En Irlande ? Ah ben si c’est comme ça j’y vais avec toi… »
(Bon là je dois dire que mes poils à moi se sont un petit peu hérissés… Mais enfin jeune homme, on ne se connaît même pas… ? Qu’est-ce que c’est que ces plaisanteries fleurant le vice… ? Je relève les yeux, regard câlin, voix douce) : « Ah mais si tu veux, ce serait avec grand plaisir… Mais je suis déjà accompagné là-bas, tu sais… Une autre fois peut-être… ? »
« Oui…. (petit temps) ; Donc le mardi 15 ça t’irait ? Je les prends en philo 2 heures »
« Voilà. Et pour la date de mon devoir à moi, je te contacte… Tu as pris le casier d’Alice ? Ou bien tu en as un à ton nom ? »
« Non, j’en ai un personnel. Mon nom c’est Thierry Bomo »
(Je vous jure, ça ne s’invente pas, un nom pareil…..)
« Moi c’est Lancelot, je suis leur prof d’anglais. Bon on se laisse un mot dans le casier pour confirmation alors ? »
« Oui oui je compte sur toi… »
(Chaleureuse poignée de main, frôlements, petits sourires, regards tendres…)
Ce n’est qu’une fois qu’il est sorti que je me suis dit « Merde, tu déconnes quand même, tout ça s’est passé devant les élèves » Je les avais complètement oubliés, arf… mais quand j’ai relevé les yeux vers eux, ils m’ont juste demandé, avec des larmes dans la voix, si j’avais accepté de donner les deux heures, parce que eux n’avaient pas du tout envie de le faire, ce devoir de philo ! J’ai fait l’hypocrite et je leur ai recommandé de travailler leur philo parce que c’est très important pour le bac, et que dans la vie savoir philosopher ça aide énormément aussi, notamment pour draguer (non là je plaisante, j’ai pas rajouté ça, tout de même). Ouste ! Sortez-moi vos devoirs d’anglais que je dois ramasser, et que ça saute !
Ben quoi… ? faut savoir se rendre des services, entre profs…
Mercredi après-midi :
Je fais passer des oraux de bac (eh oui ça a déjà commencé…) en section technologique. On leur propose un choix de deux documents, ils en prennent un et vont le préparer, 10 minutes de préparation, 10 minutes de passage. En général ça vole pas bien haut. « Ze texte speake about… » « What do you say ‘chien’ in English ? » « You want zat I read ze document ?” etc etc… sauf exception, la plupart du temps c’est d’un ennui mortel. Je fais toujours des efforts surhumains pour rester gentil, souriant, compréhensif et aimable, mais souvent je frotte les pieds par terre pour endiguer mon énervement de ne pas pouvoir tenir une conversation normale sur des sujets hyper-simples « What are you planning to do next summer ? » « I don’t understand the question ». Le résultat en général c’est que sur une demi-journée de ce régime, je dois courir au WC au moins quatre fois parce que le fait de « forcer » intérieurement en pensant « Putain tu vas la cracher ta réponse oui ou merde ? » tout en gardant un visage impassible, ça a des répercussions sur ma vessie et me donne de folles envies de pisser… ! Rien de mieux qu’un oral qui ne marche pas pour vous débloquer la tuyauterie !
Un peu plus haut je disais « sauf exception ». Eh bien, l’exception, je l’ai eue hier ! Entre une petite beurette timide et un mec à grosses lunettes rondes, je tombe sur le candidat Julien Rideau.
Quand j’ai ouvert la porte pour appeler le candidat suivant et que mes yeux lui sont tombés dessus, j’ai failli faire comme le loup de Tex
Avery, vous savez, celui qui se met à hurler et frétiller avec les yeux qui lui sortent des orbites en voyant la bimbo ? Ben là en l’occurrence, ma bimbo c’était Julien Rideau. Un mec de 18 ans avec de longs cheveux châtains soyeux, un joli sourire, et surtout une carrure de top-model. Mise en valeur par un tee shirt bien serré sur ses pecs rebondis et ses biceps épais comme mes cuisses. J’ai attentivement vérifié la convocation et la carte d’identité de Julien Rideau. Je l’ai longuement laissé choisir son sujet. Je l’ai soigneusement installé au fond de la classe, et je lui ai consciencieusement détaillé les consignes de l’examen. Pendant qu’il préparait, je suis allé écouter la candidate précédente, ma beurette, qui ne me racontait que des bêtises, mais c’était pas grave parce que ça me laissait le loisir de déconnecter pour lorgner Julien Rideau. Après ça, quand elle a eu fini et que j’ai fait entrer le suivant, j’ai aussi traîné sur l’installation parce qu’en même temps je louchais sur le magnifique dos en V de Julien Rideau et sur ses dorsaux splendides…. Hummm . Après, je m’installe face à Julien Rideau et je le détaille, la bouche sèche, avec des pensées qui me feraient exclure immédiatement de la Croix-Rouge. « OK Julien, you may start, I’m listening to you… »
Et PARDESSUS LE MARCHE il était bon en anglais dis donc ! Mon meilleur candidat de l’après-midi ! Je JURE solennellement que la note que je lui ai mise n’a pas été influencée par son corps de gymnaste olympique ! Gentil en plus, essayant de corriger ses erreurs, réfléchissant intelligemment à mes questions, et gérant bien son temps ! Allez, zou, quatorze, il le vaut bien.
Fin de l’entretien. Avec des larmes de regrets dans la voix, je lui demande en anglais, histoire d’approfondir le débat (…) s’il a des hobbies, des passions, et lui me répond qu’il est semi-professionnel dans une équipe de foot. Le foot… ? Ah ? Je suis un peu déçu, j’aurais préféré de la natation ou de la gym au sol… Je ne savais pas que la pratique de ce sport de Beauf pouvait sculpter un corps pareil… Il m’a dit au revoir avec un grand sourire (je frottais des pieds par terre comme un fou !!!) et s’est dirigé vers la porte… J’avais envie de lui arracher son tee shirt et de lui mordre l’épaule… aaah… revenons sur terre et passons au suivant, un petit pas beau…
Jeudi après midi :
Pour ceux parmi vous qui penseraient que je ne suis qu'un affreux vicieux qui ne pense qu'à "CA" dans le cadre de son métier, je tiens à préciser que j'ai passé mon après-midi du 1er mai, fête du travail, à travailler. TiNours aussi d'ailleurs. Lui a fait du repassage pendant que je corrigeais des copies, pour un peu changer. Moi, je m'étais installé dehors pour profiter du temps splendide. De temps en temps je relevais la tête. J'avais cet olivier sous les yeux, je lui souriais, je lui parlais. Malgré le boulot, j'étais bien, mais bien....
"Some moments that I've had
Some moments of pleasure...
I think about us lying...
Lying on a beach somewhere...
I think about us diving
Diving off a rock
Into another moment..."
(Kate Bush)
09:48 Publié dans Boulot, Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
19.03.2008
Bac blanc, idées noires
Avant-hier, les terminales Y2 dont j’avais déjà parlé ici ont passé leur bac blanc d’anglais.
Ils étaient surveillés par Monsieur Duc, un prof que je ne connais pas trop, mais qui, même à distance, ne m’inspire guère.
Hier ils m’ont expliqué qu’ils ont perdu un temps fou en début d’épreuve parce qu’il ne faisait que leur parler pendant la première heure. Pour finir, excédés, ils lui ont demandé (poliment) s’il pouvait cesser de les déconcentrer en leur parlant, et il leur a répondu ‘C’est votre faute, c’est vous qui me faites parler’…. Sympa…
Plus grave, Juliette, une élève de la clase, avait été inscrite en espagnol sur la liste alors qu’elle fait anglais LV1. Problèmes : 1) M. Duc ne disposait pas d’un sujet supplémentaire d’anglais. 2) Il refusait de la croire. 3) Elle a dû courir chez le proviseur adjoint pour expliquer
son cas et récupérer un sujet. 4) Lorsqu’elle est revenue, M. Duc lui a réclamé un justificatif de l’administration ! Avec tout ça elle a perdu une bonne demi-heure de son temps, et bien sûr ne l’a pas récupéré en fin d’épreuve.
Les conditions de travail en examen (que ce soit en bac blanc ou en devoir surveillé) pour moi c’est sacré. J’aime arriver à l’avance dans ces cas-là pour préparer la salle, séparer les tables, poser les copies sur les bureaux, inscrire les instructions pour l’épreuve au tableau, etc. Quand ce préalable est assuré, les étudiants n’ont plus qu’à arriver à l’heure, s’asseoir, sortir de quoi écrire, leur convocation, et se mettre à travailler dans le silence. Point à la ligne. Voilà comment un réduit au maximum les risques d’ « incidents en cours d’épreuve » comme ils disent… Franchement, en s’organisant un peu, personne ne demande à personne de marcher sur la Lune….
Les histoires mesquines du quotidien des profs, ça fait toujours rire ou sourire.
Sauf que… par les temps qui courent, les conditions matérielles font que tous ces petits riens deviennent de plus en plus difficiles à assurer :
Lundi matin je me suis pointé au lycée à 8h pile pour récupérer les sujets et préparer la salle avant 8h30, début de l’épreuve. La secrétaire qui remet les sujets n’est pas arrivée avant 8h15… Est-elle à blâmer ? Le proviseur adjoint, qui normalement est chargé de l’organisation du bac blanc, se « déleste » de plus en plus sur les deux secrétaires, augmentant ainsi leur charge de travail, déjà excessive…
J’ai découvert en arrivant dans la salle qui m’était assignée qu’il fallait faire entrer 25 élèves dans une salle prévue pour 20. Soit je les faisais se serrer côte à côte (mais est-ce un examen ou non… ?) soit je séparais les tables et j’allais en piquer d’autres dans la salle à côté, ce que j’ai donc dû faire en catastrophe, en 10 minutes : aïe mon dos, aïe mes reins….
J’étais dans la même salle l’après-midi, pour surveiller une autre classe, et j’ai eu la bonne idée de consulter la liste des élèves au préalable : 28 ! Heureusement j’avais une heure de battement (que j’aurais pu employer, plus judicieusement, à corriger des copies…) Non : rebelote : vas-y mon Lancelot, retourne chercher encore des tables supplémentaires à côté, ho hisse, ho hisse, aïe
mon dos, aïe mes reins…. La salle ayant la taille d’un mouchoir de poche, je ne vous dis pas comme les 28 élèves en question étaient « quichés » !!! J’ai croisé les doigts pour qu’il n’y ait pas d’alerte incendie pendant l’épreuve : les tables débordaient de partout et obstruaient toutes les issues….
Lorsque j’en ai parlé plus tard à la seconde secrétaire qui avait fait la répartition des élèves dans les classes, elle s’est excusée en me disant « Je sais bien, qu’elle était trop petite, cette salle ! Mais je ‘bourre’ au maximum pour limiter le nombre de surveillants nécessaires -les profs donc- parce que les instructions sont d’éviter le plus possible que les profs ne fassent pas cours… ! » Certes. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas surveiller et faire cours en même temps. C’est évident….
Sur ce, se greffent des erreurs de listing du genre de celle dont la malheureuse Juliette citée plus haut a été victime, et qui lui a fait perdre 30 minutes, et donc foutre en l’air (pratiquement) son épreuve d’anglais. Encore une fois, la secrétaire est-elle responsable, dans la mesure où on lui colle toujours plus de travail sur le dos, parce que les frais de personnel dans l’EN doivent être réduits au maximum et qu’il est désormais pratique courante de faire effectuer à deux personnes une somme de travail qui était à l’origine prévue pour 5…. ?
Evidemment, vu de l’extérieur, ces petits problèmes minables font toujours, soit, dans le meilleur des cas, sourire (il y a de quoi…) ou, dans le pire, s’esclaffer grassement. La valse des salles, des tables, des copies et des photocopieuses, ça
fait pas très « sérieux » si on considère ça en parallèle avec l’Hôpital où l’on manque de lits et de personnel qualifié, ou la Police, les pompiers, qui se font « caillasser » dans les quartiers chauds. Il n’empêche. On aboutit, ici comme ailleurs, à un malaise généralisé : « Putain quel foutoir… » une envie de baisser les bras : « Eh merde.. !» et, fatalement, à un dégoût des conditions de travail : « Pourquoi est-ce que je me casse le bol, au fond ? Je m’en fiche puisque ce n’est pas moi qui suis en train de me préparer pour passer le bac ! »
Eh oui, mais… Je connais peu, très peu de profs qui, même excédés par ces problèmes matériels à la con, en viennent à tenir ce discours. On accepte de rogner sur notre temps libre, de faire du travail en plus, de ‘dépatouiller’ (dans la mesure du possible) les élèves pour essayer de les entraîner au maximum. La fameuse histoire du lundi de Pentecôte qui est certes férié mais qu’on doit, en tant que fonctionnaires « rendre » en travail supplémentaire, ça me fait bien rigoler ! Je ne veux pas jouer du violon, mais on en donne sans cesse gratos, des demi-journées supplémentaires ! J’ai des collègues en maths qui, pour ne pas perdre d’heures de cours, viennent régulièrement le samedi matin pour faire faire des devoirs de trois heures à leurs terminales (sans être payés). Lorsqu’en langue nous faisons passer des bacs blancs oraux sur nos demi-journées libres c’est à l’œil, et l’an dernier j’avais organisé 4 demi-journées d’examen en plus pour les terminales qui ont l’option anglais à l’oral, avec ma copine Miss B. Et là aussi c’était gratos…
Véridique : les craies dans mon lycée ne sont pas en accès libre. L’an dernier quand on en réclamait, le préposé notait le nombre de
craies que nous avions demandé en face de notre nom…(cette année ils ne le font plus, ils ont dû avoir trop de remarques.). Mais j’ai une autre copine qui a connu pire : dans un établissement où elle avait été nommée à Meaux, en début de carrière, un jour elle avait eu besoin de craies de couleur. L’intendant lui demande pour quoi faire. Un peu interloquée, elle explique que c’est pour faire de la grammaire et mettre différemment en relief les divers constituants de la phrase (groupe nominal, verbal, prépositions etc) et l’autre lui rétorque, sans ciller : « Pourquoi ne faites-vous pas des ronds, des carrés, ou des soulignés, avec de la craie blanche uniquement ? ». Des fois que le dimanche matin elle irait revendre ses boîtes de craies couleur sur les marchés…. Véridique. VERIDIQUE.
Pour fin mai on m’a demandé si j’accepterais de monter trois jours en Irlande du côté de Cork afin de faire, avec une autre prof (la responsable de la section) de la prospection d’entreprises pour trouver des stages à nos élèves de BTS. Pourquoi pas… Je vérifie mon planning, histoire d’être sûr d’avoir terminé les programmes de terminale d’ici là, et à ce moment-là, Catherine (la responsable) très gênée, me dit ‘il y a des pourparlers avec le Chef des travaux qui se charge de nos réservations de billets d’avion et d’hôtel là-bas, et l’administration voudrait savoir si nous accepterions de participer nous aussi aux frais du voyage, à hauteur de 200 euros… » PARDON ???? qu’il a dit le Lancelot… Ils s’imaginent qu’on va aller là-bas pour écumer les bars et s’éclater en dansant sur Dirty Linen… ? Qu’on nous propose trois jours de villégiature à Dingle pour la joie de nous voir revenir tout bronzés… ? Non mais je rêve… je rêve… Quelle entreprise privée aurait le CULOT de proposer une mission pareille à un de ses cadres en lui demandant de payer une partie des frais ??? Eh ben dans l’éducation nationale, on ose. Sans rougir.
Ce qu’il y a de plus dur dans ce métier, je trouve, ce n’est pas les rapports avec les élèves. Même avec l’administration. Avec eux (même si on tombe sur des cons), on peut composer et s’arranger pour arriver à progresser et faire du travail correct. Mais le plus difficile, c’est ce mépris, cette humiliation permanents dans lesquel on nous maintient. Officiellement, c’est toujours, du côté du Gouvernement, les déclarations à trémolos : « Les profs font un travail de terrain admirable, dans des conditions difficiles, et nous le savons, et blablabli et blablabla » (mais quand il s’agit de revaloriser nos salaires, le « terrain », il est miné, là.. tous aux abris !) Côté grand public, c’est : « Oh moi je voudrais jamais faire prof, je sais pas comment vous faites pour supporter les élèves »…. mais le plus souvent on est affligés du ‘Syndrome Encore’ : « Les profs ENCORE en grève » (au JT) « Ah, qu’est-ce qu’ils ont ENCORE à manifester » et « Tiens vous êtes ENCORE en vacances ? »
Réponse stéréotypée de Lancelot (je la pratique depuis des années, avec un franc succès ; à chaque fois, mon interlocuteur me regarde, les yeux ronds, sans savoir quoi me répondre, il ne s’attendait pas à ça) : « Mais oui, on a encore des congés.…. J’adooore. On glande toute l’année. Si tu savais ce que c’est bon de ne rien foutre. Vraiment je te plains d’être à ta place et je suis content d’être à la mienne, je n’échangerais mon boulot-plage pour rien au monde ». ( Tout ça dit sur un ton nullement agressif, mais très nonchalant et cool). Ca les sèche sur place. Ils s’attendent à des protestations et récriminations, et ils tombent sur un prof fainéant et qui assume, et qui revendique. Impossible d’engager un duel. Dossier clos.

On continue à supprimer des postes à tour de bras, on continue à vouloir nous en faire faire de plus en plus (stages obligatoires en entreprise, suivi des élèves hors période scolaire, nécessité d’heures de concertation non payées pour préparer des ‘cours en duos’ qui deviendront obligatoires en BTS…). A part ça, c’est sûr qu’on a la belle vie…
19:22 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : boulot, prof, bac
08.03.2008
Crotte2be.com
« Contacté par le Figaro.fr, Stephane Kola, fondateur du site Crotte2be.com, qui permet aux élèves de noter leurs professeurs, annonce qu'il va faire appel de la décision du tribunal des référés. Celui-ci a ordonné lundi la suspension de toute donnée nominative sur le site... »
Evidemment, vu mon boulot et ce blog, il aurait été dommage de ne pas en profiter pour exposer mon point de vue dans une sorte de ‘Droit de Réponse’ personnel que je m’octroie à moi-même….
J’ai écouté lors d’une émission télé le Stéphane en question, collaborateur politique à l’UaimePet, et assistant parlementaire. Une chose me frappe. Incroyable comme ces jeunes mecs-là ont tous la même gueugueule formatée, stérilisée, nourrie au veau transgénique et au poulet cloné, dans les élevages en batterie de Neuilly et des environs. Que ce soit David M. ou Jean S. ou ce mec-là, Stéphane K., ils affichent tous en permanence ce sourire carnassier et faussement ingénu, dévoilant leur denture Colgate. Costard, mais sans cravate, ça fait plus Djeun’. Bronzage made in Deauville en été, Courchevel en hiver. Ils débitent, tous sans exception, des discours doucereux ruisselants de libéralisme et de bons sentiments en faveur du « progrès » et du « changement ». « Winner », « Fonceur », sont des mots qui reviennent souvent dans leur vocabulaire. Des jeunes louveteaux aux longues canines et au poil lustré.
Dans le débat de l’autre jour j’ai écouté attentivement les arguments du beau Steph’ pour le maintien de son site. Tous basés sur des principes très démocratiques, en apparence :
L’égalité : « Puisque les profs notent leurs élèves, pourquoi est-ce que les élèves ne noteraient pas leur profs ? »
Enoncé comme cela, ça paraît tomber sous le sens. Pourquoi pas, au fond ? Sauf qu’il y a une erreur à la base : un prof ne note pas des ELEVES, il note des COPIES. Quand je mets un 5 ou un 17, j’évalue une performance EN ANGLAIS. Il ne m’est jamais venu à l’idée d’évaluer de façon chiffrée le dynamisme, l’investissement ou la vivacité d’esprit de Thomas, Céline ou Samia.
J’ajouterai également ici que lorsque Thomas reçoit de ma main sa copie avec un 13, il sait que le 13 lui a été attribué par Monsieur Lancelot. En toute transparence. Et je lui remets sa copie en totale confidentialité. Je ne clame JAMAIS les notes à la cantonade. Et en fin de trimestre, lorsqu’ils me demandent leurs moyennes, que je suis obligé d’annoncer oralement (puisqu’elles ne sont pas écrites sur une copie rendue de la main à la main) je demande systématiquement s’il y en a certains qui ne veulent pas que leur moyenne soit connue des autres. Il y a, généralement, deux ou trois ‘honteux’ par classe. C’est un sentiment que je respecte absolument, et je leur communique leur score entre nous, lorsque les autres sont sortis. Ce qui d’ailleurs fournit l’occasion de quelques conseils à l’élève pour s’améliorer.
En revanche, Crotte2be.com permet aux élèves de noter leurs profs dans le plus parfait anonymat, et le site étant ouvert à tous, tout le monde peut comparer les performances de Mademoiselle Huguette Battani, agrégée en économie au lycée Marx Lénine de Châtillon sous Bagneux, et de Monsieur Norbert Marsouin, certifié en histoire géo dans le 16° arrondissement.
L’universalité de certains principes : « En fait cela existe déjà dans d’autres pays, comme l’Allemagne, ou l’Angleterre, et les gens là-bas n’en font pas toute une histoire. »
Certes. L’esclavage des enfants au Ghana, ou la vente libre d’armes dans certains états américains sont des faits. Même si certains protestent contre ces phénomènes, des tas de gens s’en accommodent très bien. Alors pourquoi ne pas importer en France les mêmes pratiques, par mimétisme ? Puisqu’après tout, apparemment tout ce qui se fait « ailleurs » est bel et bon… ?
La modération : « En Allemagne, ils mettent même une note aux profs sur leur physique ! Et ça passe, vous vous rendez compte… Alors que nous, non, nous n’allons pas jusque-là, le site est très respectueux »
Oui, je suis bien forcé de reconnaître qu’il vaut mieux être atteint de lèpre que du cancer… La première, on en guérit. Ca ne l’empêche pas d’être douloureuse, et surtout, sournoisement meurtrière à long terme si elle n’est pas soignée…
L’émulation : « Sachant qu’ils vont être notés, les profs vont s’efforcer de mieux faire. »
Peut-être. Ou s’enfoncer encore plus s’ils sont fragiles et qu’ils cèdent à la tentation idiote d’aller voir sur le site ce qui est dit sur eux. Il existe des profs je m’en foutistes, bien sûr, comme dans tout autre corps de métier. Mais il y en a aussi beaucoup qui, tout en étant consciencieux, impliqués, travailleurs, ne s’en sortent pas toujours, pour des raisons diverses. On peut jeter la pierre aux élèves, à telle ou telle classe infernale, avec laquelle personne n’arrivera jamais à rien. C’est une réalité. Argument facile ? Soit. Mais il existe aussi des profs –débutants, souvent- qui manquent d’une fibre pédagogique, ou d’un certain charisme, nécessaires pour pratiquer ce boulot dans de bonnes conditions. Ca peut être inné. Mais surtout, et c’est cela qui est important, cela peut également s’acquérir. Grâce à des confrontations d’expériences, dans des équipes pédagogiques soudées. Certainement pas en essayant de faire son mea culpa face à une grille informatique remplie de notations désastreuses écrites par des étudiants anonymes.
La liberté : « Les œuvres littéraires qui sortent sur le marché reçoivent bien des notes, elles aussi. Les auteurs doivent composer avec. Pourquoi pas les professeurs ? »
Il est exact qu’un roman, un essai littéraire mal notés, cela doit être douloureux pour un romancier, un journaliste, un écrivain qui y auront mis tout leur cœur. Mais je ferai aussi remarquer que, même si l’on ne publie pas pour s’enrichir, un livre se vend. Sa vocation première n’est certes pas d’être un produit de consommation, mais il en est un AUSSI. Les consommateurs peuvent s’informer et réagir. Un prof, il ne vend pas ses cours. Il est vrai que certains trouveraient intéressante l’idée de payer les profs au mérite, et à la qualité de leur enseignement, et donc d’introduire, d’une certaine façon, le libéralisme (économique, bien sûr) à l’école. Voilà.
Et si le salaire d’un Président était directement proportionnel à sa côte de popularité, aussi ? C’est une idée que je trouve vraiment intéressante, de par les temps qui courent….
La bienveillance : « Au bilan, depuis que le site a été lancé, il ressort qu’en moyenne les profs sont vraiment bien notés et donc aimés par leurs élèves. »
Tu penses. Sauf que le malheureux qui consulte le site et se voit au-dessous de cette fameuse ‘ bonne moyenne’, va se sentir mal dans sa peau (cf rubrique « l’émulation »). Et puis, comment éviter le phénomène du « règlement de comptes » ? Comment éviter qu’Audrey, furieuse de sa note au dernier devoir de maths, n’aille massacrer sur Crotte2be son prof, M. Muzo, pourtant archi-consciencieux par ailleurs ? Et comment éviter aussi le phénomène inverse ? Des profs qui, affolés par la dérive assassine du site, se noteraient mutuellement à la bonne franquette pour propulser le compteur de leur moyenne vers les étoiles ? Ou, encore plus grave, de l’auto- torpillage mutuel entre profs qui se détestent ? On nage en plein délire…
J’ai pris 10 minutes l’autre jour sur mon cours pour discuter de la question avec les terminales Z5, la classe que je préfère, pleine d’élèves très matures, sérieux et intelligents. Ils me disaient que l’idée de l’évaluation du professeur par l’étudiant n’était pas mauvaise à la base, mais ils reconnaissaient que le principe du site était très foireux en soi. En définitive, ils auraient préféré pouvoir pratiquer cette appréciation lors de tables rondes qui seraient ouvertes chaque année entre eux-mêmes, le professeur concerné et un inspecteur. Le débat serait alors plus transparent et constructif. Pourquoi pas ? Mais cela supposerait une organisation démente…
Histoire vraie : je sortais de ce cours-là le sourire aux lèvres quand pile poil, je suis tombé sur Odile, une collègue prof d’éco, qui sans même savoir que je venais d’aborder le sujet, me dit : « Lancelot, je suis allée voir le site où l’on note les profs… » je l’ai interrompue aussitôt « Tu es malade ?? Tu tiens à déprimer ??? Moi j’ai décidé que jamais au grand jamais je n’irais voir ! » Alors elle : « Mais non justement, je voulais te dire ! Tu es super-bien noté dessus ! »
Cocorico. Mais il n’y a aucune gloriole à en retirer, kirikiki. Si, juste avant qu'Odile ne se connecte, le site avait été visité par Ingrid ou Samir, à qui je distribue régulièrement des 16 et qui participent toujours, oralement, avec un grand sourire, il n’y a rien de magique en cela. En revanche, Jean-Marc et Muriel, je les avais flanqués à la porte du cours la semaine dernière avec perte et fracas et après une bonne remontée de bretelles, suite à leur huitième fou-rire pendant une séance d'analyse audio où ils déconcentraient tout le monde. Que se serait-il passé si, au CDI, au lieu de rédiger la punition bien chiante que je leur avais infligée, ils s’étaient connectés sur internet pour déverser leur bile haineuse à mon sujet ? Odile n'aurait sûrement pas eu l'occasion de me vanter mon merveilleux bilan sur Crotte2be.
Merci Monsieur Kola, pour avoir voulu transformer l’Education Nationale en jeu de télé-réalité où l’on tire sur les maillons faibles, à défaut de pouvoir les éliminer. Mais réservez vos brillantes trouvailles émulatrices aux membres du gouvernement dont vous êtes l’ami. En ce moment ils en ont bien besoin…
20:10 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : boulot, prof, évaluation, enseignement
29.02.2008
L' "anglélève"
Je l’ai déjà dit et redit plusieurs fois récemment : Dieu sait si je n’aime pas récriminer et me plaindre des étudiants, comme on l’entend souvent faire, genre « Mon Dieu ils sont tous nuls… » ou « Ohlàlà que le niveau baisse… ». J’aime pas ça. Ca fait très Vieux Con et, même si j’en suis un, je n’aime pas FAIRE Vieux Con. Question de principe. Qui plus est, ce n’est pas vrai que les élèves sont tous nuls, il y en a chaque année de très brillants. Ou bien d’autres qui s’efforcent vraiment de surmonter leurs difficultés et qui parviennent à progresser.
L’ennui, c’est que ça n’aurait aucun intérêt que je vous parle des bons ici. Les bons, ils sont sans histoire, alors à part eux-mêmes, leurs parents et le prof, tout le monde s’en fiche de leurs performances. Non, ce qui plaît, c’est les mauvais et leurs bêtises. Les chouchous des lecteurs (ou des spectateurs), ce sont les cancres, qui mettent de l’ambiance.
Je vous proposais l’autre jour une traduction naze en français d’un petit extrait de bac. Il existe l’autre versant du problème : les traductions nazes du français vers l’anglais.
Depuis deux ans, avec une autre copine prof, pour se détendre et déconner un peu entre les cours, on a commencé un « Best of » de ces phrases-là. Bon, entendons-nous bien. On se bidonne, mais c’est pas du mépris vis-à-vis des élèves. Même pas de l’ironie. D’ailleurs il m’est arrivé de ressortir en classe ces « perles » aux élèves eux-mêmes qui se tordaient de rire sur leurs bancs en me disant « Mais c’est pas possible que nous on ait écrit ça !! » Eh ben si, c’est possible.
Alors pour plaisanter un peu aujourd’hui, je vous livre une version expurgée de notre liste de perles, dans l’anglais des élèves, dit « anglélève ». Le jeu, si vous le voulez bien, c’est d’essayer de comprendre ce que l’étudiant voulait dire, en français. Bon, évidemment, seuls les anglicistes pourront jouer, mais je vous assure, pas la peine d’en être un confirmé. Pour y arriver, il suffit d’essayer de traduire mot à mot. Je vous donnerai les solutions dans une note ultérieure. Qui parviendra à faire 11 traductions justes sur 11 ? C’est parti !
1)And if not you does what this evening ? Not large thing and you ? 2)He wants offer flowers at his good liked 3)They had the impression to have been made have 4)They this find at the interior of a station 5)Sense money we are at the street 6)She closed the door behind him and stayed coillet 7)Money not to do the enjoy 8)The binoculars towers 9)You fall battery ! 10)We we are see have some day 11)I do this for do me a few money of pocket 16:49 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : traduction, anglais, prof, élève, bulles
13.02.2008
Complètement folle
Pas moi, une autre.
C’est la poule du proviseur chez nous, une prof avec qui il fait des galipettes extra-conjugales. Bon, même si ça a l’air galvaudé en ces temps d’actu « people » de dire cela, je le dis quand même : personnellement je m’en fiche, ils peuvent même se filmer et participer après à la cérémonie des Hot d’Or si ça leur chante… Mais il faut bien reconnaître que cette bonne femme, elle est du genre qui se remarque :
Les bonnes langues du lycée m’avaient livré les ragots juteux à son sujet (les coucheries) juste après que j’y débarque, mais ce qu’il y a eu de marrant c’est que sans qu’on me la montre, ou qu’on me la décrive, je l’ai reconnue tout de suite en salle des profs ! Talons aiguille, mini-jupe et lunettes noires, une vraie caricature ! Elle passe vraiment pas inaperçue… Quand elle entre, j’ai toujours envie de chanter ça :
Cette chanson lui va très bien, comme thème musical…
Elle est du genre à ne pas répondre aux gens qui la saluent quand elle ne les connaît
pas. Ma copine Clara s’est retrouvée un matin tôt seule avec elle devant la machine à café, et après un timide et poli « Bonjour » sans réponse, elle a réitéré, pour se faire jeter et s’entendre dire « Qu’est-ce que c’est que ces obligations de salutations, moi je dis bonjour à QUI JE VEUX, sinon j’en finis pas…» etc etc etc… Ouhlà. Clara a compris, et intelligemment, elle n’a pas insisté.
J’avais déjà parlé de la charge que nous avons de refermer les stores de la classe où l’on a fait cours, en fin de journée, pour alléger le boulot des agents de service. Sauf oubli ou impossibilité, on s’y plie tous gentiment, sauf elle, qui a déclaré royalement un jour « je n’ai pas passé l’agrégation pour fermer des volets ». Bonjour l’ambiance.

Il y a quelques années elle s’est fait refaire les seins et a obtenu un congé maladie pour ça. Si, si. Véridique. Tu m’étonnes qu’après des histoires pareilles les profs n'aient pas bonne réputation au niveau sérieux et conscience professionnelle… LOL
Enfin, le pompon a été décroché l’autre jour : on a un collègue, Fred, qui se déplace en chaise roulante. Il est adorable, plein d’humour et de gentillesse, très strict, sérieux et rigoureux avec ses élèves. J’ai déjà partagé de nombreuses fois des classes avec lui, c’est un vrai plaisir de travailler en commun. Depuis que je le côtoie, il m’a pratiquement fait oublier qu’il a un handicap : il vient au boulot en voiture automatique, il déplace à toute vitesse son fauteuil dans les couloirs, et il ne demande jamais rien à personne. Même les photocopieuses, qui sont pourtant d’un accès peu évident pour un paraplégique (les commandes étant sur le dessus), il arrive à les manipuler parce qu’il a développé une technique très spéciale pour se mettre debout en prenant appui contre la machine, appuyer sur les boutons et se rasseoir.
Eh bien justement : l’autre jour ELLE passe devant la salle des photocopieuses, voit Fred en train de faire ses manips , s’arrête et écarquille les yeux « Tiens, tu es debout, toi ??? »
Franchement, même pour une gaffe involontaire, c’est quand même de mauvais goût, vous ne trouvez pas … ? Par la suite j’en parlais avec Nath, une autre copine qui a entendu cette phrase subtile et je lui ai dit :
« Moi, à la place de Fred, je lui aurais répondu : ‘Oui, toi aussi !! C’est ETONNANT’ »
Yuk yuk yuk…..

19:30 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : greco
10.02.2008
"Secrétaire experte en langues..."
Mercredi après-midi, devoir surveillé chez les BTS.
Trois exercices proposés sur deux heures : un texte sur Oxfam avec questions et passage à traduire, lettre commerciale à rédiger et thème grammatical pour rebrasser des structures et du vocabulaire vu en cours.
Dans cette dernière partie, il fallait –entre autres- traduire : « Ma secrétaire a été coincée dans le métro »
Je prie les anglophones confirmés de me pardonner cette insulte que je leur fais, en précisant ici qu’en anglais, ça donnait « my secretary has been stuck in the tube »
Célia, excellente élève, finit 10 minutes avant la sonnerie. Elle n’est pas la seule. Je ramasse les 5 ou 6 copies des « rapides » et je leur jette un coup d’œil.
Et là j’ai attrapé un fou-rire. Monumental, inextinguible. Toute la classe me regardait avec des yeux ronds, mais je pouvais pas m’arrêter. Célia, qui avait vu de loin que je regardais sa copie, n’en menait pas large.
Elle avait écrit « My secretary has been sucked in the tube »
Je m’approche, je lui montre sa faute en lui demandant si elle sait ce que la deuxième phrase signifie : cramoisie, elle éclate de rire elle aussi. « Ben oui j’ai confondu STUCK et SUCKED c’est pas malin de ma part »…. LOL
Elle a de l’humour en tout cas ! On dirait le titre d’un DVD porno bas de gamme… Grâce à elle j’ai vraiment passé un bon moment en cette fin d’après midi…

07:50 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : boulot, traduction, secrétaire
05.02.2008
Les Terminales Y2 et la ségrégation
Lorsque j’aborde le thème du boulot ici, il m’arrive régulièrement de me demander avant d’écrire « est-ce que ce que je raconte là ne va pas trop faire ‘Vieux Con’ ? ». J’entends par là que les histoires EN BOUCLE d’engueulades avec des collègues, de classes infernales, de photocopieuses en panne, ça déforme un peu la vision qu’on peut avoir du prof en général. Mais BIEN SUR que mon quotidien au lycée n’est pas fait que de cela, et bien sûr qu’il y a aussi des élèves charmants, du matériel qui fonctionne, et d’autres profs avec lesquels on rigole ! L’ennui c’est que c’est plutôt justement les emmerdes ou les disputes qui donnent matière à des notes "intéressantes" (pour autant que je puisse modestement en juger, bien sûr...). Que la petite Julie, cramoisie d’émotion, m’ait apporté une rose à mettre dans un vase au début du cours, ou que le blond Cédric m’ait offert d’effacer le tableau parce que « ça salirait vos belles mains, Msieur, ce serait dommage », ou que Brett Musclor, le prof de gym, m’ait proposé de venir chez lui pour que j’essaye son jacuzzi en sa com

