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02/06/2008

l'Amour et la Liberté

174123617.jpgEn lisant le blog d’Orpheus et sa note intitulée joliment « The way he was » à propos de la mort de Sidney Pollack il y a quelques jours, je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé dans mon blog du décès de ce réalisateur, pourtant parmi mes préférés. Plusieurs de ses films m’ont laissé un souvenir impérissable, ineffaçable.

 

 

 

‘Tootsie’, bien sûr… Ah, la scène finale du coming-out… TiNours et moi on  la connaît par cœur, on se la ressort souvent quand on veut déconner.

 

 

 

 

‘The way we were’, évidemment, sur lequel je ne reviendrai pas, j’avais déjà fait une longue note là-dessus il y a quelques mois.

 

 

 

 

Et l’incontournable ‘Out of Africa’, que j’ai vu et revu, en français, en anglais, des dizaines de fois. Emotion facile, due à une histoire trop romantique, une musique trop bouleversante, des paysages trop magnifiques, deux acteurs trop exceptionnels… Facile, oui. Mais un chef-d’œuvre, quoi qu’on en dise. Je suis pédé, j’assume. J’ai marché, je marche et je remarcherai à chaque fois que je revois la scène d’avion au-dessus des paysages du Kenya, et le visage ébloui de Meryl Streep au moment du survol du lac Victoria avec tous les flamants roses  qui prennent leur essor. Oui. Bravo Sidney, bravo Robert, bravo Meryl. Je préfère mille fois cette émotion « facile » à l’extase que tant d’autres ont ressentie en voyant « Les Nuits Fauves ». Rien à voir, certes.

Sinon ce sentiment désespérant d’être toujours à côté de la plaque en matière de « bon goût » cinématographique. Mais, bref. Si vibrer sur ce genre d’émotion, c’est être une « Folle », alors d’accord. Je suis une Folle qui s’assume.

 

 

 

 

Et tant qu’à donner dans la Folie, il y a dans le film une scène, beaucoup moins célèbre et marquante, mais qu’elle aussi, j’aime beaucoup, et un dialogue que, à défaut de pouvoir trouver sur YouTube,  je voudrais retranscrire ici :

 

 

 

 

Karen et Denys sont chez elle un soir, elle est en train de coudre et lui, arrivé la veille, examine une carte de la région :

« Je vais peut-être essayer Sammboro, j’irai demain »

Elle (d’un ton un peu acide) « Vous avez la bougeotte… »

Lui (agacé) : « Savez-vous que Félicité a souhaité m’accompagner,  et pour un peu, je disais non, parce que j’ai cru que ça vous chiffonnerait, alors qu’il n’y a pas de raison de refuser ? »

« Si, il y en a une ! Ca me chiffonnerait ! Vous avez envie qu’elle vienne ? »

« Je veux que ce qui n’a pas de poids ne pèse pas ! »

« Alors dites-lui non, faites cela pour moi ! »

« Et ensuite ? A quoi devrai-je me plier ? »

« Pourquoi votre liberté est-elle plus importante que la mienne ? »

« Erreur ! Je ne me suis jamais immiscé dans votre liberté. »

Elle (explosant) : « Vous… je…je n’ai pas le droit d’avoir besoin de vous, de… de compter sur vous, ou d’attendre quoi que ce soit de vous ! Libre de partir, ça oui !... Mais j’ai tant besoin de vous ! »

« Vous n’avez pas besoin de moi ! Si je meurs, mourrez-vous ? Vous n’avez pas besoin de moi ! Vous confondez, vous mélangez, besoin et manque ! C’est constant chez vous ! »

« Mon Dieu, dans le monde que vous, vous bâtiriez, l’amour n’aurait pas de place ! »

Lui (catégorique) « Erreur, l’amour serait Roi, et cet amour se passerait de preuves ! »

Elle (méprisante) « Alors vous vivriez sur une autre planète ! »

« Pourquoi, parce que je n’en passe pas par vos caprices ?? Est-ce que par principe il n’y a qu’une seule bonne façon de vivre cela ? Croyez-vous que je tienne à Félicité ? »

Elle (immédiatement) : « Non »

« …Ou que j’aurai une liaison avec elle ? »

(petit silence) « Non…. »

« Alors, aucune raison de discuter. »

« Si elle n’est pas importante, pourquoi n’y renoncez-vous pas ? J’ai appris une chose que vous ne savez pas : il y a des moments qui valent la peine… mais il faut en payer le prix. Et je veux être un de ces moments… » (elle se recueille un peu, puis reprend d’une voix coupante) : « alors je vous l’interdis ! »

Lui (lentement, en la fixant intensément) : « Vous n’avez AUCUNE idée de la résonnance d’une telle phrase sur moi… »

Elle (en colère) : « J’ai cru quelque temps que vous ne teniez à rien en ce monde, mais je me suis trompée, non ? Vous voulez avoir tout ! »

(Il se détourne, marche vers sa carte qui traînait sur le sol, et se remet à l’examiner) : « Je pars à Sammboro, et elle peut venir ou pas. »

Pause. Elle le regarde, et lui répond d’un ton las mais résolu :

« Dans ce cas, vous vivrez ailleurs… »

« Fort bien. »

 

 

 

 

Ce dialogue, je l’ai réécouté des dizaines de fois. Pas la peine de se demander duquel des deux je me sens plus proche. C’est évident. Ces phrases, cette dispute, me paraissent résumer tout le malheur du monde, de l’incommunicabilité des êtres qui s’aiment mais se retrouvent inexorablement séparés par leurs tempéraments. Karen a ses pieds plantés dans la terre de sa ferme, dans le matériel. Elle a besoin de certitudes, elle fuit l’angoisse de l’improvisation, de l’inconnu, de l’aventure. Elle aspire à être rassurée et aimée. Elle veut pouvoir refermer ses bras sur celui qu’elle aime.

Denys est indépendant, idéaliste et libéral. Il ne se fie qu’à lui-même et évite soigneusement de ressembler à qui que ce soit. Il a un grand potentiel de fougue et d’enthousiasme qui le pousse au-devant de l’inconnu et de l’aventure. Il ne veut à aucun prix se sentir d’une quelconque manière enchaîné, prisonnier, ou « coupable ».

 

 

 

 

L’amour et la liberté. Deux entités qui ne sont pas antinomiques. Et d’ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne sont réellement incarnés par aucun des deux personnages. Karen, tout en aimant de façon exclusive et exigeante, est elle aussi éprise d’une certaine forme de fuite vers l’inconnu. Et Denys, dans sa quête d’absolu, sait s’arrêter, fasciné par  l’amour que Karen lui inspire.

 

 

 

 

Deux êtres apparemment inconciliables, qui ne peuvent fonctionner sur les mêmes terrains. Les heurts entre eux sont fréquents et inévitables.

 

 

 

 

Et pourtant, cela ne change rien à la profondeur du lien qui les unit. Rien.

 


podcast

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26/03/2008

Querelle et moi, émois

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J’avais 17 ans, et j’étais allé avec ma sœur voir ça un soir dans un cinéma d’art et d’essai, quelques années après sa sortie en 1978.

1628720853.JPGJe ne savais pas trop de quoi le film traitait, sinon que ça parlait vaguement d’homosexualité. Je n’avais pas lu le roman de Jean Genet, je ne connaissais pas Fassbinder, et le seul truc qui m’attirait dans ce film c’est que le rôle principal était tenu par Brad Davis, que, comme tout le monde, j’avais trouvé génial dans le cultissime « Midnight Express » d'Alan Parker.

Rétrospectivement je me souviens m’être demandé si ma sœur m’avait emmené là pour voir mes réactions. Si c’était le cas, elle en a été pour ses frais. J’étais passé, depuis des années d’entraînement, maître dans l’art de me forger un visage imperturbable et impénétrable dès qu’il était question de « ça ». Elle m’avait donné un coup de coude dans la salle : « Tu as vu ? C’est plein de pédés » Et j’avais eu d’autant moins de mal à prononcer un « Ah bon ??? » sincère que je n’avais pas vraiment fait attention. J’étais couillon et aveugle, à 17 ans, à un point de non-retour. Enfin si, il y a eu 'retour', depuis,  j'ai pris des cours (du soir...). Je pense être un peu moins con, sur ça, du moins, aujourd’hui. Un peu. J’ai appris à « affûter » mes antennes homo, comme tout le monde…

 

 

Ce dont je me souviens en tout cas, c’est que deux mecs s’étaient battus, oui, battus physiquement, comme des chiffonniers, à l’intérieur2108294866.JPG de la salle de cinéma, avant le début de la projection, pour une histoire de place volée, ou de dépassement dans la file d’attente, ou je sais plus trop quoi, et ça avait été l’affolement dans ce rassemblement de tantes, pendant quelques minutes… Il n’y avait pas eu de blessé ou de coup grave, mais je me rappelle que l’un d’eux s’était fait déchirer son tee-shirt… WOUHA ! Chouette ! On était déjà dans le vif du sujet, avant même le commencement du film… « De la sueur, du sang et des larmes » comme dirait l’autre. Enfin non, j'exagère, personne n’avait pleuré ou saigné… Mais bon, ça nous mettait déjà dans l’ambiance bagarre virile… je ne sais pas, si, pour coller encore plus étroitement au « style Genet » les deux 'boxeurs' sont par la suite allés se réconcilier en un long corps à corps tendre aux chiottes. Mais le style était donné. Moteur.

 

 

1684007331.JPGEn fait c’est un film qui m’a laissé beaucoup d’impressions très disparates et mitigées. Il m’a marqué, bien évidemment, puisque j’en reparle, plus de 20 ans après. Mais, je suis désolé pour les fans de Fassbinder ou de ce style de cinéma, globalement, non, je n’ai pas accroché. C’est toujours douloureux lorsqu’on entend les gens s’extasier devant ce qu’il est convenu de considérer comme des chefs d’œuvres, de se dire que, ben non, on s’est fait chier. J’en ai toute une collection comme ça ! « Le Bal des Vampires » de Polanski. « Apocalypse Now » de Coppola. « Citizen Kane » d’Orson Welles. A chaque fois, je me suis emmerdé, mais emmerdé ! Et pourtant c’est pas faute de m’être appliqué. Pour « Citizen Kane », notamment, je me souviens : j’avais la cassette video. Je me la suis infligée TROIS FOIS pour arriver à voir la fin du film parce qu’à chaque fois je m’endormais devant, assommé d’ennui. Et pour finir, j’en garde un souvenir chiantissime.  Comme je me connais, pour me venger, j'avais dû enregistrer, par-dessus, des épisodes de 'La Petite Maison dans la Prairie'. Sûr et certain.

 

 

Donc, pour en revenir au film qui nous occupe ici, je n’ai pas été sensible, dans ‘Querelle’, à Jeanne Moreau (ex-épouse du Welles sus-mentionné, justement) en vieille prostituée chantant d'une voix éraillée « Each man kills the thing he laaaaves… dada dada.. dada da da...». Pas sensible non plus à ce kitschissime Brest de studio avec un ciel rouge sang en permanence. Oui, je sais, c’était voulu. Mais bon… J’arrivais pas à y croire. Et les films avec conteur en voix off, genre « Jules et Jim » (tiens, Jeanne Moreau jouait aussi dedans ! décidément…) ça me saoule profondément. Je ne sais pas pourquoi, je trouve que ça donne un côté par trop artificiel à l’histoire. Dans "Querelle", le mélange du côté théâtral de certaines répliques avec l’aspect sordide des meurtres et du sexe, m’avait énormément ennuyé aussi. Comme je l’avais lu un jour sous la plume d’un lecteur de Télérama qui critiquait (à raison, selon moi) le « Baise-moi » de Catherine Breillat : « Je n’ai rien contre les films de cul, en soi, ni contre les films intellectuels, en soi, c’est le mélange des deux qui m’irrite. » Eh ben voilà. Je ne dis pas que ce mélange est impossible, mais moi, dans le meilleur des cas, il me fait m’esclaffer, et dans le pire, il m’endort.

 

 

Cependant, bien sûr, je ne serais pas ici à écrire une note si certains aspects du film ne m’avaient pas plu, et même violemment interpellé. 1148365634.JPGJe ne suis pas homo pour rien… Brad Davis, évidemment… incroyable de pouvoir magnétique, filmé à la perfection dans son muscle shirt dévoilant ses pecs poilus hyper-sexy, alternant, dans une incohérence totale, au fil des scènes, tenue blanche immaculée de marin et nudité maculée de cambouis. La caméra le caresse, met en évidence les gouttes de sueur brillant sur sa peau, fixe ses postures nonchalantes et lascives. J’ai été moins fasciné par la scène où, après avoir volontairement perdu au jeu dans un lancer de dés (« Si tu gagnes ma femme est à toi, si tu perds, ton cul est à moi »), il se fait enculer par Nono, le tenancier du bordel, que par celle où il se fait draguer par un flic qui lui demande justement de lui raconter comment ça s’est passé, avec détails. Langage cru, mots orduriers, mais aucune violence ni brutalité. Le flic, au moment où Querelle accepte de le branler, laisse ostensiblement tomber par terre son pistolet, son couteau à cran d’arrêt. J’ai adoré (et j’adore toujours) ce mélange de virilité, de complicité, et même de tendresse. C’est tout ce qui fait le côté « unique » du sexe entre mecs, justement. J’ai noté en outre que le doublage français était bien moins excitant que la version originale en anglais, que j’ai découverte hier uniquement. Les voix possèdent une tonalité basse et rauque qui sue littéralement le sexe… Enfin, la scène vers la fin où Querelle et Gilles échangent de longs baisers sensuels en se caressant leurs épaules musculeuses, je dois bien avouer qu’elle m’avait fait bander comme un dingue.

 

 

Malgré tout (ou plutôt ‘à cause de cela’ justement !!!), d’un bout à l’autre du film, j’ai traîné un sentiment affreux de frustration. Je trouvais que ça n’allait pas assez loin ! Qu’est-ce qu’ils attendaient, Gilles et Querelle, pour cesser de philosopher au clair de lune sur la 1191081752.JPG« pureté de leur amitié » entre deux pelles échangées, et pour se mettre à forniquer comme des bêtes ??? Pourquoi est-ce que Nono et Querelle étaient resté habillés pendant la scène de la saillie ? Pourquoi est-ce qu’on devait apprendre par cet imbécile de conteur français à la voix de tapette que le flic était le premier homme que Querelle ait embrassé dans sa vie, sans qu’on puisse voir ce baiser à l’écran ? De ma vie entière, en voyant un film, je n’ai jamais été aussi frustré. En sortant de là, ce qu’il m’aurait fallu pour me calmer, c’était un bon Cadinot ou une production Falcon, à mater en boucle à la télé bien peinard, la télécommande dans la main droite et devinez quoi dans la gauche ! Mais hélas… à l’époque le porno homo en était à peine à ses premiers balbutiements, j’avais pas de magnétoscope, je vivais encore chez mes parents… impensable tout ça… J’ai dû me contenter d’une bonne séance en solo avec moi-même dans mes draps. Aaaah Brad… Quelle perte pour le cinéma et les pédés ! Seize ans après ta mort je te rends hommage : tu as été à l’origine d’innombrables « émois » (assez d’hypocrisies, disons le mot, « branlettes ») de mes nuits de puceau homo.

 

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Bon, tu n’as pas été le seul. Repose en paix, mec.

11/11/2007

"Autopsy" : autopsie

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Vu hier soir sur France 3. Le film avait été diffusé en avant-première en septembre au festival de la Rochelle, et est une des fiertés de la chaîne, d’après Têtu.

Apparemment FR3 veut ‘prendre des risques’, rompre un peu avec la fameuse tradition ‘Louis la Brocante’ du samedi soir, et donc diffuser un sujet traitant d’homosexualité en prime time, tout en prévenant soigneusement dès le début ‘attention certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes’. Le film est déconseillé aux moins de 10 ans.

06c266ea061da862ab8570faea049183.jpgLa vie d’Eric, commandant de police à la SRP de Lyon, (45 ans, marié, un fils) bascule le jour où lors d’une autopsie après un crime, il rencontre Emmanuel, le nouveau médecin légiste de la brigade. C’est le coup de foudre  (mutuel) et il va devoir faire face à ce nouveau paramètre dans sa vie, lui qui auparavant se croyait installé sur de tranquilles certitudes hétéros. S’ajoutent à cela l’incompréhension de ses proches (sa femme, son fils, sa coéquipière) et l’atmosphère globalement homophobe du SRP. Tout cela sur fond d’enquête sur un crime sanglant et sordide, dans le milieu homosexuel lyonnais

 

Les deux acteurs principaux (Stéphane Freiss et Thierry Neuvic) sont beaux, et ils jouent bien. C’est déjà ça. Heureusement. Parce que pour le reste…

 

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Le téléfilm souffre particulièrement du mélange entre l’histoire d’amour (et donc les problèmes qu’elle entraîne) et l’enquête policière. Il aurait fallu choisir. Bon, il est évident que le quotidien d’un commissaire de police, c’est aussi les enquêtes. Mais pourquoi justement, comme par hasard,  s’agit-il d’une enquête sur un meurtre particulièrement sordide, dans le milieu homosexuel ? De plus, vers la fin, on apprend que même Emmanuel était lié de façon indirecte au meurtre, ce qui donne une impression complètement artificielle de scénario dans lequel on a voulu tout faire entrer pêle-mêle à grands coups de pieds.

L'histoire est pleine de « fausses notes » de ce genre : un autre exemple en est la réaction de la femme d’Eric qui l’accuse immédiatement, sans passer par une légitime ‘phase de doute’ d’être tombé amoureux du médecin légiste alors que lui (surtout devant sa femme) n’avait jamais rien laissé filtrer. Après une rencontre (chaste, en plus!) en soirée avec Emmanuel, Eric arrive en retard chez lui, et après une engueulade avec son fils, c'est au tour de sa femme de lui sauter dessus toutes griffes dehors : « Quoi, tu es en train de tomber amoureux d’un mec ??? Dis-le, dis-le !!!! ». Ca sonne faux, mais faux… Jamais, jamais dans la vraie vie on ne tirerait des conclusions aussi hâtives sur un mec qui a toujours mené une petite vie d’hétéro bien pépère, comme c’est le cas pour Eric. Evidemment, sur une heure et demie de film, l'histoire doit aller vite, et ils n’ont pas le temps de jouer dans la nuance, mais la crédibilité de l’intrigue en pâtit terriblement.

Bon, à part ça, on enfile tous les clichés possibles et imaginables : fils ado coiffé en pétard, en permanence révolté et hargneux, épouse déboussolée et admirable de dignité sous ses larmes, coéquipière  belle métisse chébran qui n’a pas la langue dans sa poche et qui joue les super-copines, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds parce qu’être une femme libérée, c’est pas si facile, ne la laisse pas tomber, etc etc…

Bien sûr les deux mecs ne peuvent pas se draguer normalement : il y a plein d’engueulades, de bagarres, de coups de poing au préalable. Bon, ça, admettons, puisque le héros n’assume pas son attirance au départ. Alors leur premier baiser est échangé à la hussarde, après une hargneuse empoignade qui fait qu'ils se sont agressivement roulés l’un sur l’autre (au bord de la route...!). On a déjà vu ça 200 fois. J’ai l’impression que les scénaristes se disent à chaque fois : « Bon, oui, OK, on met en scène des pédés, mais faut pas oublier que c'est des HOMMES tout de même, et pour que ça passe mieux et que ça fasse viril, ils doivent se castagner comme de vrais mecs AVANT ». Bof. L’agressivité et les coups qui se transforment brutalement en désir sexuel, je trouve ça très moyen… Ca peut arriver, bien sûr…  Mais si toutes les histoires homos devaient débuter sur un ring de boxe, ça se saurait… Enfin, si ça plaît à certains…

La fin est grandguignolesque : Eric rejoint Emmanuel qui avait été placé en garde à vue par rapport à l'enquête, ils s’étreignent dans la cellule, et –alors qu’apparemment tous les problèmes avaient été réglés car le vrai coupable du meurtre avait été démasqué- ils se suicident mutuellement. Mon expression est volontairement ambiguë d’ailleurs, parce qu’on ne comprend pas bien qui tue qui le premier, et qui se suicide ensuite. Ca tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.

Enfin, j’ai un problème avec les téléfilms français, je trouve qu’ils ont TOUS le même défaut horripilant : la bande-son est chaque fois A CHIER. Quand les acteurs discutent entre eux, on rate un mot sur trois, parce qu’ils parlent trop vite, ou n’articulent pas assez, ou bien parce que la musique de fond braille à tout berzingue (ou les trois à la fois). Je me fais peut-être dur de la feuille en vieillissant, mais alors pourquoi est-ce que je n’ai jamais ce problème lorsqu’il s’agit d’un film (français ou autre) ou bien d'un téléfilm étranger ? Doit-on forcément en passer par un doublage pour pouvoir entendre des dialogues CLAIRS à la télé ? Ce problème est vraiment particulier aux téléfilms français, je trouve. Affreux.

En conclusion, c’est bien louable de la part de FR3 de vouloir être moins frileux et de diffuser des histoires sur des sujets "gênants" à une heure de grande écoute, mais j’ai quand même eu l’impression de voir "Louis la brocante chez les homos", ou "L'instit vire sa cuti", ou même  "Docteur Sylvestre visite le Marais" (le téléfim a d'ailleurs été réalisé par Jérôme Anger). Pourquoi est-ce qu’ils ne rajoutent jamais des touches d’humour, d’originalité … ? Pourquoi est-ce que les histoires de pédés doivent toujours comporter une bonne dose de violence, de hurlements, et finir très souvent de façon  tragique, avec des personnages malheureux ? Je ne suis pas fan de ‘happy end’ et de bluettes à l'eau de rose,  mais cette impression de malheur et de condamnation qui plane sans cesse sur tous ces scénarios où les pédés osent montrer le bout de leur oreille, c’est marre.

 

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