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29/06/2008

Pédés, foot et échographies...

S’il y a bien un truc qui est saoulant, pour un homo vivant dans un monde majoritairement hétéro (et particulièrement au travail) ce sont les discussions sur le déroulement des grossesses, les accouchements, les bébés qui dorment mal la nuit, et ce qu’il faut leur donner à manger ou pas, ou s’il faut les allaiter ou pas, ou l’opportunité de les mettre en crèche ou chez une nounou, enfin tout ça quoi…

Le seul sujet de conversation que je trouve  ENCORE PIRE et que je fuis comme la peste, c’est les pronostics et les commentaires sur les matches de foot…. Mundial, Euro, les qualifications, les sélections, des équipes, des joueurs, patin couffin… j’y comprends rien et ça me gave la glotte, ça me fait suprêmement chier, je me demande comment on peut se passionner pour des trucs pareils. Je connais certains pédés qui adorent le foot. Je sais pas comment ils font. Pour moi c’est le summum de la Beauferie et du Soporifique… Bref…

Dans le monde des hétéros, coincé entre le salon, où les pères de famille boivent de la bière sur leur divan en hurlant « OUééééé !!! » à chaque but marqué par l’équipe aimée, et la salle à manger où les mères, touillant rêveusement leur café, décrivent la consistance du caca de Chloé 6 mois, et la liste des aliments qui font vomir Enzo 5 ans, le pauvre pédé invité n’a plus qu’à se replier dans la chambre du fils aîné, ado bougon (mais Choupinou quand même...) de 15 ans, qui fait la gueule parce qu’il n’aime pas non plus le Foot (tiens, c’est bon signe, ça…), et essayer de jouer les grands frères et lui soutirer quelques confidences, tout  en louchant sur le foutoir de son bureau en espérant y apercevoir le dernier numéro de Têtu, planqué sous des cours de physique….

Avant-hier soir, TiNours était invité  à un pot de départ chez une collègue de travail. Je n’y étais pas, mais il m’a raconté sa soirée au retour. Une vingtaine de gens, tous très sympas pour la plupart. Bonne bouffe, bonne ambiance, jusqu’au moment fatidique où une femme enceinte a dévoilé son état aux autres. Blabla ça se voit pas, blablabla tu nous l’avais caché, blablablabla c’est pour quand, etc. Il écoutait ça d’une oreille (très) distraite, tout en discutant avec son voisin de table, le (paraît-il) très charmant et sexy frère de la collègue en question (35 ans, militaire célibataire, humm j’ai raté ça) quand tout à coup il fut vite ramené aux choses  IMPORTANTES. Il a vu une pochette atterrir sur son assiette : kézako ? Il ouvre… eh ben c’était l’échographie, msieurs dames ! Ca circulait de convive en convive… Il l’a tendue du bout des doigts à son voisin, qui l’a immédiatement repassée à côté, sans l’ouvrir.

Cette histoire est très courante. Je me souviens d’une prof de gym, au lycée où je bossais avant, qui avait fait circuler son échographie à elle à la cantine, parmi les profs attablés, histoire de leur ouvrir l’appétit.

L’échographie…. Je vous demande un peu... Et les nanas font ça sérieusement et sans plaisanter. Il y en a aussi qui après avoir filmé leur accouchement, en font des projections aux invités ! Si si ! TiNours l’a aussi vécu, une autre fois ! C’est pas sorti d’un roman de Stephen King. La vérité vraie, je vous dis.

Entendons-nous bien : j’adore les enfants, j’aime jouer avec eux dans les réunions entre amis, et je comprends très bien qu’on montre des photos d’un mignon boudchou qui vient de naître, ou des clichés de vacances. Je ne veux surtout pas non plus dire qu’une échographie, c’est dégoûtant. Surtout pas. C’est la vie, et je comprends très bien l’émotion véritable que doivent ressentir deux parents en voyant pour la première fois celle de leur enfant à naître… mais de là à aller exhiber ça à des invités, je trouve ça nul. Ne parlons pas du film d’un accouchement ! Est-ce qu’il vous viendrait, à vous, l’idée de brandir pour des amis en visite des radiographies mammaires ou prostatiques ? Ou bien le film de vos ébats de la nuit où vous avez décidé d’essayer le tourniquet chinois, ou la brouette irlandaise ? Moi non. Il n’y a pas de réelle différence. Un enfant sur le point de naître, c’est beau, c’est émouvant, c’est vrai. Mais c’est intime. Si j’en avais fait un, je n’aurais certainement pas fait circuler ses photos « in utero » dans un cercle d’amis, entre les apéricubes, les cacahuètes et le porto.

Enfin, bon… Comme me l’a fort justement dit un copain un jour : « Tu ne sais pas ce que c’est… écrase… » Un argument imparable, en effet.

Bon il est où, Kevin ? Dans sa chambre, en train de dialoguer sur MSN avec ses copains du lycée ? J’y vais !  Il m’avait proposé de me montrer les photos de ses potes du club d’athlétisme… Non, non ne vous dérangez pas, je connais le chemin… Appelez-nous quand vous servirez le dessert…

08:59 Publié dans Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : échographie, foot

28/06/2008

Mugabe et Bestialité

 

 

« Qu’ils continuent à manifester leur opposition » a-t-il déclaré récemment en parlant des pays occidentaux s’indignant de cette élection-mascarade qui a eu lieu hier au Zimbabwe. « Ils ne nous empêcheront pas de continuer à exister »

 

 

C’est vrai, Monsieur Mugabe. Vous continuez à exister comme la preuve vivante du déni de démocratie. De la honte d’un pays malade de son gouvernement. Du symbole vivant de ce que tout pays civilisé doit éviter à tout prix. Du despotisme éternel. De la dictature et de la torture érigées en système pérenne.

 

 

Certains responsables du mouvement adverse (le MDC, mouvement pour le changement démocratique) ont  été accusés de trahison pour atteinte aux intérêts de la nation. « Des pantins pathétiques » selon le dictateur.  Tsangirai,  candidat adverse, Tendai Biti, le secrétaire général, ont déjà été interpellés, arrêtés. Tasngirai a été relâché. Tout de même. Il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin, et trop ouvertement.

 

 

Face aux critiques des pays occidentaux, Mugabe martèle que « plus jamais le Zimbabwe ne doit repasser sous la coupe de l’homme blanc ». Ben voyons, comme c’est commode. Après la dictature coloniale blanche, tout despotisme noir sera excusable, pourvu qu’il ait à sa tête le Président sortant, ça va de soi. Blanc contre noir, ça fait oublier démocratie contre totalitarisme. Ca simplifie le débat.

 

Quant aux malheureux qui oseraient s’abstenir au scrutin, on les en décourage. Les citadins sont libres de ne pas aller voter. Mais dans la brousse, tout le monde le saura. Si les ruraux restent chez eux, ils peuvent craindre pour leurs femmes et leurs enfants. Les manœuvres d’intimidation de la population ces jours-ci ont suivi les enlèvements, assassinats et mutilations des responsables politiques du MDC au cours des dernières semaines.

 

 

84 ans, et au pouvoir depuis 1980. Mugabe peut être fier de son bilan magistral : inflation à plus de 100000 %, taux de chômage à plus de 80%. Pas étonnant que la population effectue des  exodes massifs et quotidiens vers l’Afrique du Sud pour aller y trouver de quoi subsister.

 

 

Accessoirement, les prises de position xénophobes et homophobes du « président » l’avaient aussi amené à déclarer en 2002 : « les homosexuels sont pires que les chiens et les porcs ».

 

 

Eh bien, Monsieur Mugabe, je préfère être un citoyen pire qu’un chien ou un porc, mais respectueux de la démocratie, plutôt qu’un despote hétérosexuel tortionnaire et sanguinaire. Mes pratiques sexuelles, toutes canines et porcines qu’elles puissent être, ne font couler le sang de personne.

12:46 Publié dans Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : zimbabwe, mugabe

13/06/2008

A dix-sept ans d'écart

Février 1991 :

 

 

Elisabeth et moi étions garés dans une rue d’Aix, tard le soir, dans ma vieille 305. Elle était venue pour réviser le CAPES chez moi pendant deux jours, et je l’avais ramenée devant chez elle. On parlait, on parlait. L’atmosphère devenait de plus en plus dense et lourde dans la voiture au fur et à mesure que la nuit avançait.

 

 

 

Elle : « C’est vrai que ça va être difficile pour toi de vivre cette relation avec une femme mariée… »

Moi : « Oui, d’autant plus qu’elle a des enfants… »

Elle : « Oh, les enfants…. Tu me dis que ça ne va pas bien dans son couple, alors tu sais, il y a quand même de l’espoir pour toi… »

Moi (sombrement) « Oui, peut-être… »

Elle : « Mais pourquoi tu fais cette tête ?  Tu ne seras quand même pas le premier mec à vivre une relation adultère ! Ne viens pas me dire que tu te sens coupable de mettre en danger un mariage ? De toute façon ça ne va pas du tout entre eux… »

Moi : « Non, c’est pas ça, il y a d’autres choses… »

Long silence … je me souviens de nos respirations qui faisaient de la buée dans le noir.

Elle (lentement) : « C’est quoi, « autre chose »… ? »

Je regardais droit devant moi. Les dents serrées. Les lèvres closes. Le cœur battant.

Elle : « Lancelot… ? Qu’est-ce qui ne va pas… ? »

Moi : « Je… (pause)… attends… (je reprends ma respiration) … en fait…. Elle… enfin je…(j’avais du mal à respirer)… Elisabeth… ? »

Elle (doucement) : « Oui…. ? »

Moi : « C’est pas une femme mariée. C’est un homme. Je suis homo, Elisabeth. »

 

 

 

Elle n’a rien dit. Elle a juste continué à me regarder dans les yeux. Elle me tenait la main. Et brutalement, je me suis mis à avoir très froid. Des frissons incoercibles. Par chance, on avait sa couette dans la voiture et elle me l’a filée pour que je m’enveloppe dedans, et ça s’est calmé au bout de quelques minutes, avant que l’on ne se remette à parler, libérés tous les deux, avec ce non-dit débloqué entre nous.

 

 

 

C’était mon tout premier coming-out.

 

 

Juin 2008 :

 

 

Betty est une collègue de travail (et amie) à laquelle je faisais allusion dans ma note précédente. C’est elle qui au téléphone m’avait communiqué les coordonnées de Gentil Docteur qui a su réparer Toto.

Elle et moi nous entendons très bien, et elle est déjà venue à la maison, mais ces deux fois-là, TiNours n’y était pas. Elle n’est pas censée être au courant de quoi que ce soit sur ma vie personnelle, que nous n’avons jamais abordée.

 

 

 

Hélas, l’autre jour en l’appelant à propos du PC, j’ai commis l’erreur d’utiliser le portable de TiNours. Le numéro s’est affiché sur son téléphone fixe, et, comme elle avait un renseignement à me demander le lendemain, elle l’a utilisé. PAF ! Bingo ! Elle est tombée sur mon gentil mari au travail, qui lui a dit « Ah non, je ne peux pas vous passer Lancelot, je suis un ami à lui ». Excuses mutuelles, petits rires gênés, politesses, on raccroche. Le soir même, évidemment, je suis mis au courant de l’histoire, ce qui m’a fait sourire.

Aujourd’hui, je recroise Betty au lycée et j’en profite pour lui raconter les péripéties vécues par Toto chez son Gentil Docteur, et pour la remercier de m’avoir si bien conseillé. Je la regardais avec un sourire en coin. Elle me considérait avec une lueur espiègle dans l’œil.

 

 

 

Moi : « Et puis il parait que tu as cherché à me joindre hier ? »

Elle « Oui oui, tout à fait, sur ce que je croyais être ton portable… »

Moi : « …et tu es tombée sur mon mec. »

Elle (grand sourire) « Voilà, exactement… »

Moi (rigolard) : « Ce qui n’a pas été une surprise pour toi, je suppose… ?

Elle : « Non, pas du tout… »

Et puis on s’est regardés, et on a éclaté en même temps d’un fou-rire silencieux. Silencieux forcément, parce que d’autres profs arrivaient derrière nous. Affaire à suivre. Il faudra donc que j’invite Betty à la maison un de ces quatre pour qu’elle fasse la connaissance de TiNours, à la bonne franquette…

 

 

 

C’était mon tout dernier coming-out. Quand même bien plus cool que le premier, ça va sans dire.

 

 

 

Dix-sept ans d’écart entre les deux. Bien sûr entretemps, il y en a eu plein d’autres. Les coming-out se suivent et ne se ressemblent pas. En tout cas, c’est une gymnastique que j’ai totalement rodée. Plus de pathos.

L’avantage au fait de vieillir, c’est que les choses deviennent plus simples. Ce matin, je n’ai pas fait de chute de tension. Pas de frissons ni de tremblements. Je suis sorti tout guilleret du lycée, en sifflotant.

 

 

 

Nouveaux amis à la maison, nouvelles fiestas en perspective.