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05/05/2008

Ecrire pour ne pas mourir

Il y a quelques jours j’ai lu chez Chickenbaby une note sur Anne Sylvestre où il expliquait qu’enfant il avait été initié en écoutant ‘les Fabulettes’ à l’école. Il n’a découvert qu’elle ne faisait des chansons ‘pour Grands’ que tout récemment, à l’occasion de la sortie de son dernier album.

 

 

En ce qui me concerne c’est exactement le contraire qui m'est arrivé. J’avais découvert par hasard Anne Sylvestre à l'âge de 18 ans, en farfouillant dans les vinyls de ma sœur. Elle en possédait deux, et tout de suite j’avais aimé ça.  C’était encore (et toujours !) une question d « époque » dans ma vie. J’étais en PCEM1 à la fac de médecine, j’allais très très mal, et j’aimais écouter en boucle « Je Cherche un Mur pour Pleurer » histoire de me donner encore plus envie de pleurer. Quand ça faisait trop mal, je zappais sur « La Vache Engagée » ou « Regrets d’une Punaise » ou « Lettre ouverte à Elise », ça me faisait m’esclaffer. J’adorais aussi « Non, tu n’as pas de nom » une chanson sur l’avortement, et 'Bergère', une sorte de comptine grinçante sur un 'noble' qui drague une 'gueuse' et se fait repousser sans ménagements. On peut reprocher à Anne son look décalé (surtout aujourd’hui !) sa voix grinçante (mais tellement différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre) mais certainement pas la valeur de ses textes, d’une qualité poétique rare. Ce n’est que par la suite que j’ai su, en épluchant les rayons de la FNAC, qu’elle avait donné également dans le genre ‘pour enfants’. Pourquoi pas, après tout ? Je trouvais que cela collait assez à sa personnalité, prolixe, généreuse et aimante.

 

 

J’avais aussi appris par hasard qu’elle était la sœur de la romancière Marie Chaix (dont j’avais lu ‘les Lauriers du Lac de Constance’) et  que leur père avait été emprisonné à la libération pour avoir collaboré. Une blessure de son enfance dont elle a parlé récemment dans des interviews. Je l’avais vue il y a quelques années en concert à Lille, je l’avais trouvée incroyablement forte, énergique, passionnée et sans faille sur scène. Elle avait enchaîné un nombre impressionnant de chansons, tout en nous parlant, à nous son public, ne s’interrompant presque jamais, et encore, seulement pour boire un verre d’eau. Un merveilleux souvenir.

 

 

J’ai retrouvé hier une chanson qu’elle avait écrite (ou publiée en tout cas) au début des années 80. Une sorte de porte ouverte sur l’interrogation éternelle qui parcourt nos blogs à nous tous, entre les lignes ou même très ouvertement parfois : "Pourquoi écrivons nous ?". La réponse qu’elle apporte est très belle. En tout cas, j’y ai vraiment retrouvé l'écho de nombreux sentiments personnels, qu’elle a su, bien évidemment, exprimer mieux que je n’aurais su le faire.

Je me permets donc de la recopier ici pour vous la faire partager. Qu’en pensez-vous, amis blogueurs ?

 

 

 

Ecrire pour ne pas mourir

Paroles et musique : Anne Sylvestre, 1985

 


Que je sois née d'hier ou d'avant le déluge,

j'ai souvent l'impression de tout recommencer.

Quand j'ai pris ma revanche ou bien trouvé refuge,

dans mes chansons, toujours, j'ai voulu exister.

 

 

Que vous sachiez de moi ce que j'en veux bien dire,
que vous soyez fidèles ou bien simples passants
et que nous en soyons justes au premier sourire,
sachez ce qui, pour moi, est le plus important,
est le plus important.

 


Ecrire pour ne pas mourir,
écrire, sagesse ou délire,
écrire pour tenter de dire,
dire tout ce qui m'a blessée,
dire tout ce qui m'a sauvée,
écrire et me débarrasser.
Ecrire pour ne pas sombrer,
écrire, au lieu de tournoyer,
écrire et ne jamais pleurer,
rien que des larmes de stylo
qui viennent se changer en mots
pour me tenir le cœur au chaud.

 


Que je vive cent ans ou bien quelques décades,
je ne supporte pas de voir le temps passer.
On arpente sa vie au pas de promenade
et puis on s'aperçoit qu'il faudra se presser.

 


Que vous soyez tranquilles ou bien plein d'inquiétude,
ce que je vais vous dire, vous le comprendrez :
En mettant bout à bout toutes nos solitudes,
on pourrait se sentir un peu moins effrayés,
un peu moins effrayés.

 


Ecrire pour ne pas mourir,
écrire, tendresse ou plaisir,
écrire pour tenter de dire,
dire tout ce que j'ai compris,
dire l'amour et le mépris,
écrire, me sauver de l'oubli.
Ecrire pour tout raconter,
écrire au lieu de regretter,
écrire et ne rien oublier,
et même inventer quelques rêves
de ceux qui empêchent qu'on crève
lorsque l'écriture, un jour, s'achève...

 


En m'écoutant, passant, d'une oreille distraite,
qu'on ait l'impression de trop me ressembler,
je voudrais que ces mots qui me sont une fête,
on ne se dépêche pas d'aller les oublier.

 


Et que vous soyez critiques ou plein de bienveillance,
je ne recherche pas toujours ce qui vous plait.
Quand je soigne mes mots, c'est à moi que je pense.
Je me regardais sans honte et sans regrets,
sans honte et sans regrets.

 


Ecrire pour ne pas mourir,
écrire, grimacer, sourire,
écrire et ne pas me dédire,
écrire ce que je n'ai su faire,
dire pour ne pas me défaire,
écrire, habiller ma colère.
Ecrire pour être égoïste,
écrire ce qui me résiste,
écrire et ne pas vivre triste
et me dissoudre dans les mots
qui soient ma joie et mon repos.

 


Ecrire et ne pas me foutre à l'eau.
Et me dissoudre dans les mots
qui soient ma joie et mon repos.

 


Ecrire et pas me foutre à l'eau.
Ecrire pour ne pas mourir,
pour ne pas mourir.

27/11/2007

Honestly

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The beauty that you gave
Has turned upon itself
And all the things you said
Evaporated
Evaporated ...
Was I blind
Deaf and dumb
To the words slipped from your tongue?

Honestly ... honestly ... honestly
Alone in my bed
The things that you said
Go round in my head ... still
It seems to be true
That nothin' I do
Can influence you ...

 

b03028ddd59d1310e4f6990163e1b229.jpgIl m’arrive très souvent de ressortir d’anciens CD et de me les repasser, pour retomber amoureux d’une chanson dans la collection, et puis hop, je me remets la mélodie en boucle : de cette façon-là, mes 

"coups de foudre musicaux" peuvent durer de un jour à une semaine, selon la qualité de l’artiste.

 

Aujourd’hui, c’est reparti pour la diva déjà évoquée dans ce blog, la grande Annie. 4° titre de l’album « Bare » sorti en 2003, la chanson ‘Honestly’ me tourne dans la tête depuis ce matin.

 

 

I tried and tried again
(Don't you know I tried and tried again
to make you listen to me
But everything I said it always seemed to go right through you)
To make you notice me
(I turned myself into a person that I didn't like
But please believe me when I say I know it wasn't right)
But talking to myself
(I never thought that things would
get to be so complicated
I never thought that you and me would end up So frustrated)
Won't catch your attention, I see ...
(You'd think that something had to come from all those good intentions
But in the end I needed something more than intervention)

Was I mad?
Was I ... mad?
Foolish me
Foolish ... me
To succumb so easily
To suc...cumb
Easi...ly
So easily
So easily

 

Histoire classique d’une personne abandonnée par celui / celle qu’il / elle aime, et ses réflexions désabusées sur la rupture, le thème éternel et récurrent des mensonges et de la vérité, de ce qu’il faudrait (aurait fallu) croire ou pas.

 

Honestly... honestly... honestly...
(Alone in my bed
The things that you said
Go round in my head ... still
It seems to be true
That nothin' I do
Can influence you... still)

Fools like me get so easily taken
And fools like me can be so mistaken

Honestly... Honestly... Honestly

The promise that you gave
(Don't you know the promise that you
gave just turned its back upon me
I stopped believing but you couldn't take the whole thing from me)
Has turned its back
(I never thought I'd have to pay the price to set you free)
And all you represented
Was just my projection you see...
(You know I never thought I'd ever
live a day without you
And that's the reason why
it makes me sad to think about you

and you know I never thought
I'd make it if you wasn't there
And now I'm tryin' to eject myself
from this despair)

 

La chanson se présente comme un mélange17235f6642ac249a737da92e6d72c627.jpg très « serré » entre la voix d’Annie Lennox et les chœurs à l’arrière, qui sont censés refléter les pensées tourbillonnant dans son esprit. Le mot ‘Honestly’ rythme les phrases, comme pour rappeler que tout se résume à cela : être franc en amour, ou pas.

 

 

People come
People go...
Never say "I told you so"
Honestly
(I told you so
I told you so)

Everything I know you said
Goin' round inside my head

Never thought I'd see the day
Always got a price to pay

Nothin' that I ever do
Ever seems to get to you

 

 

 

f1176ba770fc26f52636f8b4d404045d.jpgLoin d’être triste ou mélancolique, la mélodie (tout en restant douce et envoûtante) garde une force et un rythme qui font sourdre l’optimisme entre les vers. Certains accords sont volontairement répétitifs, pour finalement délivrer un message : il y a un caractère récursif dans les histoires de rupture, qui leur enlève un peu de leur gravité. Et, à terme, on finit toujours par « renaître de ses cendres » en ressortant d’une histoire d'amour malheureuse.

 

 

Le fichier audio que j'ai mis en en-tête est un peu lent à s'ouvrir, mais si vous ne connaissez pas la chanson, ça vaut le coup d'attendre un peu !

 

 

 

1f02dd7cf281c52a2920e7f1802c818a.jpg

 

 

19:25 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : annie lennox

03/10/2007

De fil en aiguille...

Après avoir pris connaissance de la note d’Orpheus sur le dernier CD d’Annie Lennox, ‘Songs of Mass Destruction’ (que je me suis dépêché de me procurer), j’ai profité d’une de mes matinées libres entre deux paquets de COPIES pour me faire un  concert perso sur ma platine. Tout y repasse : le petit nouveau-né bien sûr,  mais aussi Diva, Medusa, Bare, et les « vieux » Eurythmics.

Et, bien sûr, inévitablement, au tournant d’un vers, ‘So let’s go out into the rain again… just like we said we always would…’  de fil en aiguille, chaque chanson, chaque note de musique engendrant un souvenir, je repense à Bruno.

 

Ah, Bruno, Bruno, Bruno…

 

C’est même pas ce que vous croyez.

 

Bruno a été (et il est toujours, je pense, même si tellement de choses se sont passées depuis) mon meilleur ami mec. Il est hétéro 100%. Rien de sexuel entre nous.

 

On s’était rencontrés sur les bancs de la fac à l’époque où j’étais en médecine. Oui,  aucun rapport avec mon métier actuel, je sais, mais bôf, les méandres de la vie… quelquefois la vague te rejette sur une plage bien lointaine du port où tu avais embarqué, et complètement différente du pays où tu désirais aller… pas que dans le domaine professionnel d’ailleurs…

 

Alors donc et Bruno ?

 

C’est quelqu’un qui a bouleversé ma vie.

Ca a commencé de façon assez classique entre potes : des fous-rires inextinguibles sur les bancs de l’amphi (le prof de physio : « nous nous trouvons donc en présence de sang défibriné et déplaquetté, qu’on a refibriné… » Bruno, tout bas : « …et replaquetté… »)

OUAAAAAAAARFFFFFFF....!

Je suis excellent public pour ce style de conneries même pas marrantes, hors contexte. Je me plie, je me tords pendant les trois heures qui suivent. Ça peut être très gênant selon où je me trouve,  quelquefois faut vider les lieux !

On  révisait le concours ensemble. Right by your Side

On passait des heures à discuter la nuit, dans sa voiture ou dans la mienne. De 11h du soir à 4h du matin, le temps ne comptait pas à cette époque, on en avait tellement dans nos mains.

Il m’a initié au ski.

Je l’ai initié au scrabble.

Je lui ai fait découvrir Barbra (c’était à l’époque de la sortie de Yentl) et lui il m’a fait découvrir Eurythmics.

Il m’a fait rencontrer Corinne l’année suivante ; Who’s that Girl ? Corinne, c’était la nana dont il était amoureux. Et elle l’était de lui elle aussi.

Et j’ai immédiatement adoré Corinne à son tour. Le courant est tout de suite passé entre nous. Rien de calculé, aucune hésitation. Le coup de foudre amical. Instantanément. J’étais à l’aise avec elle, et elle avec moi. On avait des tas de choses à se raconter, quand Bruno était là, et même et surtout quand il n’y était pas ! Sweet Dreams.

Bien sûr, à l’époque, même si j’étais dans ma « fausse période hétéro »,  je savais. Je savais. I need a man. Mais surtout la question importante, c’était : quels étaient mes sentiments réels vis-à-vis de Bruno ? Le raccourci était facile à prendre !

Je l’aimais, mais je n’étais pas amoureux de lui. Love is a Stranger of a Different Kind.

Je l’admirais pour tout ce qu’il était, je le trouvais même beau physiquement, mais je n’avais pas de désir physique pour lui. Impensable.

J’avais eu pour lui (comme pour Corinne un an plus tard d’ailleurs) un coup de foudre amical Je me répète, mais je ne trouve pas d’autre expression appropriée.

Bruno fait partie de ces gens à la personnalité brillante, fascinante, qui  marque les personnes qu’il côtoie. Les gens l’adorent (le plus souvent) ou le détestent (très rarement) mais il ne laisse jamais indifférent. Jamais. There Must be an Angel.

Corinne non plus. Un caractère fort, droit, honnête. A la fois moins inflexible que Bruno (en apparence) mais beaucoup plus en réalité. Elle et moi étions très proches. Nous l’avons toujours été. Sisters are Doin’ it for Themselves, LOL

Nous avons fait plein de virées, de vacances ensemble : dans les calanques de Marseille, ou ski à Pra Loup, au concert d’Eurythmics dans les arènes de Fréjus….

Après mon échec (Here Comes the Rain Again), puis celui de Corinne l’année suivante en médecine, et la réussite de Bruno, nos vies ont divergé mais on ne s’est jamais séparés. Bruno a continué brillamment, comme prévu (il était fait pour ça, nous non) et Corinne et moi avons recollé les morceaux de nos vies de notre côté. Ca a été dur sur le moment, mais on y est parvenus, chacun à notre façon. Et, bien sûr, j’ai continué à les voir.

Ils ont vécu ensemble plusieurs années.

Ils ont eu une fille. Magnifique. Miracle of Love.

Ils se sont séparés.

Ce moment-là a été très dur pour eux, bien sûr. Mais pour moi aussi. Comme si une institution sacrée à laquelle je croyais se cassait le nez. Les doutes, l’incertitude. Rien ne dure, rien ne mène à rien. Une nouvelle vague, une nouvelle tempête, toutes les cartes sont brouillées, on recommence tout à zéro.

Une nouvelle plage, inconnue et donc hostile au départ.

When tomorrow comes…

Curieusement, je suis resté proche de Corinne pendant cette période-là. Et j’ai perdu Bruno de vue. Pas par choix. Je n’ai jamais voulu prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre. Mais la « vague » de Bruno, elle l’avait emporté dans un endroit où il ne voulait pas qu’on le rejoigne. Les ponts ont été coupés. J'en ai souffert. Thorn in my Side. Mais on ne s’est jamais oubliés. Forcément, j’avais de ses nouvelles par Corinne, qui restait en lien avec lui. Et puis de toute façon, Bruno, c’était quelqu’un qui avait trop bouleversé ma façon de penser, d'être, autrefois pour que je puisse tirer un trait définitif sur lui.

Better to have loved and lost than never to have loved at all.

Entretemps, il s’est marié, il a eu une deuxième fille.

Et puis, il m’a retéléphoné il y a plus d’un an. It’s all right, Baby’s coming back

Et lorsque ma mère a été opérée, dans l’hôpital où il est maintenant interne, il s’est trouvé que la nuit que je devais passer auprès d’elle, pour l’aider si elle se sentait mal, il était de garde. Coup de chance.

Après que ma mère s’est endormie, Bruno et moi avons renoué avec les vieilles habitudes d’il y a 20 ans : conversation nocturne, de 23h à 3, 4H du matin…

Il y avait beaucoup de retard à rattraper, dix ans de vie sous silence à nous raconter mutuellement. Les grandes lignes, on les connaissait, mais les détails, c’est bien ce qu’il y a de plus important, les détails… c’était ça qui manquait. Nuit magique. Un voyage dans le temps, mais à l'envers. Comme si les deux mecs de 20 ans d'autrefois étaient restés les mêmes intérieurement mais s'étaient subitement amputés de 20 autres années et se retrouvaient face à face, en quadragénaires, à se demander ce qui leur était arrivé entretemps. Quand je le regardais, je le trouvais assez peu changé physiquement, et pour moi c'était comme de regarder ma jeunesse, avidement, dans un film. C'est vrai que mes 20 ans, c'était lui. C'était.

Tout comme l'enfant qu'on a été, l'ado est toujours là. Il suffit de remuer un peu.

Lui a toujours su me remuer.

Le contact est renoué.

Pour longtemps, j’espère.

It seems our lives have taken on a different kind of twist
Now that you have given me the perfect gift

You have given me the gift...

And we have fallen from our shelves
To face the truth about ourselves
And we have tumbled from our trees
Tumbled from our trees...

And I can almost...
I can almost hear the rain falling
Don't you know it feels so good
It feels so good...
So let's go out into the rain again
Just like we said we always would

Annie Lennox The Gift ("Diva")

 

(Pourquoi les chanteurs parlent-ils mieux de nous que nous-mêmes ? C’est rageant à la fin…)