06.05.2008

Dialogue surréaliste

Ce matin, encore des oraux.

 

 

Le troisième candidat arrive et, parmi les deux sujets au choix que je lui propose, il sélectionne celui-ci, qui est une pub pour les voitures Toyota, mettant en relief leur respect de l’environnement, qu’ils utilisent pour soigner leur image de marque. Voitures hybrides = protection de la nature, pureté et tout le tralala…

 

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Après les 10 minutes de préparation, discussion élève-prof :

 

 

Lui : « In the center of the picture I can see a main »

Moi (n’en croyant pas mes oreilles) : « A WHAT ? »

Lui (air contrit, il se reprend) « In the center of the picture I can see a what. »

 

 

Après quatre heures de ce régime ce matin, et quatre heures de cours cet après-midi, vous comprendrez que je suis un peu fatigué…

 

 

Bonne nuit, à demain…

 

05.02.2008

Les Terminales Y2 et la ségrégation

Lorsque j’aborde le thème du boulot ici, il m’arrive régulièrement de me demander avant d’écrire « est-ce que ce que je raconte là ne va pas trop faire ‘Vieux Con’ ? ». J’entends par là que les histoires EN BOUCLE d’engueulades avec des collègues, de classes infernales, de photocopieuses en panne, ça déforme un peu la vision qu’on peut avoir du prof en général. Mais  BIEN SUR que mon quotidien au lycée n’est pas fait que de cela, et bien sûr qu’il y a aussi des élèves charmants, du matériel qui fonctionne, et d’autres profs avec lesquels on rigole ! L’ennui c’est que c’est plutôt justement les emmerdes ou les disputes qui donnent matière à des notes "intéressantes" (pour autant que je puisse modestement en juger, bien sûr...). Que la petite Julie, cramoisie d’émotion,  m’ait apporté une rose à mettre dans un vase au début du cours, ou que le blond Cédric m’ait offert d’effacer le tableau parce que « ça salirait vos belles mains, Msieur, ce serait dommage », ou que Brett Musclor, le prof de gym, m’ait proposé de venir chez lui pour que j’essaye son jacuzzi en sa compagnie, j’imagine que vous vous en foutez…

 

(Non, vous vous en foutez pas… ? Vous voulez des détails… ? Eh bien je raconte tout cela dans mon prochain roman « Une vie de prof comblé » que je vous dédicacerai bien volontiers si vous venez  à la séance de signatures, qui aura lieu lorsque le bouquin sera publié… autant dire dans un avenir très proche, lisez bien la rubrique littéraire de Télérama pour ne pas manquer la date).

 

Pour en revenir au Vieux Con et à la réalité, hier en fin de matinée j’ai eu un moment d’incertitude sur l’avenir de la planète…

c3cb7705b9b875e97c371a358470a699.jpgAvec les Terminales Y2, on travaillait sur la ségrégation aux USA, avec comme point de départ une photo prise dans des toilettes publiques en 1950 en Caroline du Nord, avec deux lavabos différents pour les blancs et les noirs.

Puis on a enchaîné sur la ségrégation dans les transports en commun à la même époque, et l’histoire archi-connue de Rosa Parks. Couturière noire d’origine modeste, en rentrant chez elle en bus après sa journée de travail, dans la ville de Montgomery, en Alabama, elle avait vu se répéter un épisode qu’elle avait déjà vécu des dizaines de fois : les noirs étaient assis au fond du bus (comme la loi l'exigeait), les blancs devant, et quand la section réservée aux blancs a été pleine, on a demandé à2aba4e9f1a179eb54115f8cc307af7b0.gif des noirs de se lever pour que les blancs puissent s’asseoir. Rosa Parks a refusé, elle a été mise en prison. Suite à cela, les noirs, aidés par Martin Luther King, ont organisé le boycott des bus de la ville pendant un an. Et comme la compagnie fonctionnait principalement grâce à une clientèle noire, elle a fait faillite, ce qui a conduit les autorités à réfléchir et à imposer la suppression de la ségrégation dans les transports en commun. Ca se passait en 1955.

 

Thomas lève la main : « Franchement, est-ce que la ville n’aurait pas pu trouver un système différent sans en passer par tous ces problèmes ? »

Moi : « Comment ça, un système différent ? »

Thomas : « Ben c’est tout simple, ils auraient dû organiser deux lignes de bus, l’une réservée aux blancs, et l’autre aux noirs, comme ça la question de laisser sa place ou non ne se serait pas posée »

Moi : « Ah bon ? Et tu trouves que ça aurait résolu les problèmes, toi ? »

Thomas : « Ben oui quoi, en plus ça aurait fait de l’emploi pour des chauffeurs de bus noirs, ils avaient tout à y gagner, franchement… »

Moi : « Ah … ? Alors on entérine la situation de ségrégation au lieu de la remettre en question ? »

Quentin intervient : « Ben oui il a raison, Thomas, de toute façon la ségrégation existait déjà dans les toilettes et ailleurs, alors pourquoi ne pas séparer les gens dans des bus différents et puis c’est tout, voilà… »

Moi (estomaqué) « Mais comme ça existait déjà, ailleurs, vous trouvez que ça aurait été plus normal de trouver des petits arrangements de ce style, vous ? Vous savez que la ségrégation existait aussi dans les écoles, et vous vous doutez bien de ce qu’elle impliquait ! Les écoles pour noirs n’avaient pas de sous, et les écoles pour blancs étaient des écoles pour riches, donc il y avait un enseignement à deux vitesses, vous trouvez que c’était juste ? Vous aimeriez avoir la même organisation de nos jours ? »

Quentin (très ‘oh là, vous exagérez’) : « Mais non bien sûr, mais on est en 2008, plus en 1955 ! »

Moi : « Ben oui mais justement ! Si les choses ont évolué c’est peut-être parce qu’entre 1955 et aujourd’hui, il y a des gens qui se sont levés et qui ont tapé sur la table en disant ‘C’est injuste !’  Le changement n’est pas  arrivé tout seul !! »

Thomas (levant les yeux au ciel) : « Mais oui...  mais ça se passait aux USA, d’abord… »

Moi : « Ben oui mais alors ce qui se passe dans les autres pays ne nous concerne pas ? Si on n’est pas directement touchés, on peut se permettre de hausser les épaules… ? »

 

Ce qui m’a rassuré (quand même !) sur le sort du monde, c’est qu’une fille est intervenue en leur disant : « Mais enfin, vous êtes fous ou quoi ? On peut pas accepter des petits aménagements dans un système qui est pourri à la base ! C’est pas pas sous prétexte qu’il ne faut pas faire de vagues qu’on peut accepter des situations pareilles ! »

 

Mais bon, visiblement, Thomas et Quentin n’ont pas été convaincus, même par elle, et ont conservé une moue dubitative. Ce qui m’a mis mal à l’aise, c’est surtout l’idée qu’ils tenaient pour acquis que des situations pareilles étaient loin dans le temps et dans l’espace, et qu’elles ne pourraient pas nous concerner aujourd’hui directement. On est tranquilles sur ce plan en France en 2008, quelle idée de raisonner sur ces faits de société… ?

 

Et si Martin Shephard était allé draguer dans une ville réservée aux homos, ça ne lui serait pas arrivé non plus de se faire massacrer par deux hétéros, qui après tout étaient sur leur territoire, non ? C’était lui qui les a cherchés, les problèmes, non ? J’ai pas eu le courage, ni le temps, de leur poser cette question.

 

Zéro pointé pour le Vieux Con.

22.01.2008

Troublantes traductions....

Dans le dernier devoir écrit de type bac que j’ai donné à mes Terminales, il y avait un extrait de texte à traduire. La version française du dialogue original sans erreur devait  approximativement donner ceci :

 

 

« Leur arrivait-il de se disputer ? » demanda le sheriff à son père

« Pas que je sache » répondit son père.  « Il me semblait qu’Arnold tenait beaucoup à Eugie. »

« C’est vrai ? »  demanda le sheriff à Arnold.

Si son père le pensait, alors c’était vrai. Arnold hocha la tête.

« Etais-tu en colère contre lui ce matin ? »

« Non »

« Comment en es-tu venu à lui tirer dessus ? »

« On rampait par en-dessous la clôture »

« Oui ? »

« Et le pistolet s’est accroché dans le grillage »

« Ca doit être la gâchette qui s’est accrochée » intervint son père.

 

 

Je suis tombé sur la perle suivante :

 

 

« Font-il toujours tout ensemble ? » demanda le shérif à son père.

« Non, je suis cela » répondit son père. Cela me semble pour moi, Arnold supporte beaucoup Eugie.

« Le fais-tu ? » demande le shérif à Arnold.

Si il me semble donc ton père, puis c’est tout. Arnold

« Etais-tu fou de lui ce matin ? »

« Non »

« Comment t’y est-tu pris pour lui tirer dessus ? »

« Nous avons pleuré »

« Oui ? »

« Et le pistolet que tu avais, tu l’as pris sur le fil de fer »

« Comme le canon tu dois l’attraper » son père rentra.

 

 

Outre la franche poilade liée aux phrases qui ne veulent rien dire, je peux pas m’empêcher de voir des sous-entendus oedipiens à tous les virages. Je sais, je sais : comme Blanche-Neige, je vois des nains partout, mais comment ne pas ciller et rougir devant les phrases :

« Font-ils toujours tout ensemble ? »

« Etais-tu fou de lui ce matin ? »

« Comme le canon tu dois l’attraper »

Et j'arrête pas de me demander pourquoi « ils ont pleuré » après qu’il lui ait « tiré dessus »… Et puis aussi : dans quoi il est rentré, le père, à la fin… ? D’après vous… ?

25.09.2007

SMS forever

Hier après deux heures de devoir surveillé (=65 copies, priez pour moi en attendant les prochaines vagues qui ne vont pas tarder à arriver), je remets les bancs en place pour que la classe repasse de l’aspect ‘examen studieux’ à ‘disposition conviviale habituelle’.

Et tout à coup, abandonné sur une table, un petit papier gribouillé attire mon attention : AH ! une pompe ! Mes paupières se plissent, mon œil étincelle, je me branche en mode épervier, je vole en piqué et, TOC ! Je saisis l’objet du crime dans mes serres vengeresses… un frisson d'excitation me saisit... Je lis !!! Alors...?? est-ce que c'est une antisèche de vocabulaire sur les mots de liaison, ou bien sur les dates de mise en place des lois contre la ségrégation en Am...

‘tu fé Koi la ? moi ou je rentre direct, ou je pren le tps de fumé 1 clope avec toi é apré je rentre’

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Je m'assois et je regarde le soleil briller sur la pelouse à travers la fenêtre...

Je philosophe...

Bon, c’est vrai que comme j’interdis formellement les portables en classe (même déconnectés, je n’en veux pas sur les bureaux, ils doivent être cachés au fond des sacs), il leur reste le démarrage Windows en mode sans échec : le SMS rédigé sur papier…

Et puis, bon OUI,  finalement, la question posée reste pertinente : que peut-on bien être en train de faire pendant une heure de devoir surveillé...? Ecrire à son amoureux(se) ? Rédiger sa feuille d'impôts ? Ou réfléchir à la façon d'améliorer la recette du boeuf mironton ?

 

Tant sur la forme que sur le fond, je trouve que ce chef -d’oeuvre méritait tout de même de passer à la postérité, LOL. Voilà qui est fait.