19.03.2008

Bac blanc, idées noires

 

Avant-hier, les terminales Y2 dont j’avais déjà parlé ici ont passé leur bac blanc d’anglais.

1662402366.jpgIls étaient surveillés par Monsieur Duc, un prof que je ne connais pas trop, mais qui, même à distance, ne m’inspire guère.

Hier ils m’ont expliqué qu’ils ont perdu un temps fou en début d’épreuve parce qu’il ne faisait que leur parler pendant la première heure. Pour finir, excédés, ils lui ont demandé (poliment) s’il pouvait cesser de les déconcentrer en leur parlant, et il leur a répondu ‘C’est votre faute, c’est vous qui me faites parler’…. Sympa…

Plus grave, Juliette, une élève de la clase, avait été inscrite en espagnol sur la liste alors qu’elle fait anglais LV1. Problèmes : 1) M. Duc ne disposait pas d’un sujet supplémentaire d’anglais. 2) Il refusait de la croire. 3) Elle a dû courir chez le proviseur adjoint pour expliquer1452954947.jpg son cas et récupérer un sujet. 4) Lorsqu’elle est revenue, M. Duc lui a réclamé un justificatif de l’administration ! Avec tout ça elle a perdu une bonne demi-heure de son temps, et bien sûr ne l’a pas récupéré en fin d’épreuve.

 

 

 

Les conditions de travail en examen (que ce soit en bac blanc ou en devoir surveillé) pour moi c’est sacré. J’aime arriver à l’avance dans ces cas-là pour préparer la salle, séparer les tables, poser les copies sur les bureaux, inscrire les instructions pour l’épreuve au tableau, etc. Quand ce préalable est assuré, les étudiants n’ont plus qu’à arriver à l’heure, s’asseoir, sortir de quoi écrire, leur convocation, et se mettre à travailler dans le silence. Point à la ligne. Voilà comment un réduit au maximum les risques d’ « incidents en cours d’épreuve » comme ils disent… Franchement, en s’organisant un peu, personne ne demande à personne de marcher sur la Lune….

 

 

 

Les histoires mesquines du quotidien des profs, ça fait toujours rire ou sourire.

Sauf que… par les temps qui courent, les conditions matérielles font que tous ces petits riens deviennent de plus en plus difficiles à assurer :

2043792096.gifLundi matin je me suis pointé au lycée à 8h pile pour récupérer les sujets et préparer la salle avant 8h30, début de l’épreuve. La secrétaire qui remet les sujets n’est pas arrivée avant 8h15… Est-elle à blâmer ? Le proviseur adjoint, qui normalement est chargé de l’organisation du bac blanc, se « déleste » de plus en plus sur les deux secrétaires, augmentant ainsi leur charge de travail, déjà excessive…

J’ai découvert en arrivant dans la salle qui m’était assignée qu’il fallait faire entrer 25 élèves dans une salle prévue pour 20. Soit je les faisais se serrer côte à côte (mais est-ce un examen ou non… ?) soit je séparais les tables et j’allais en piquer d’autres dans la salle à côté, ce que j’ai donc dû faire en catastrophe, en 10 minutes : aïe mon dos, aïe mes reins….

J’étais dans la même salle l’après-midi, pour surveiller une autre classe, et j’ai eu la bonne idée de consulter la liste des élèves au préalable : 28 ! Heureusement j’avais une heure de battement (que j’aurais pu employer, plus judicieusement, à corriger des copies…)  Non : rebelote : vas-y mon Lancelot, retourne chercher encore des tables supplémentaires à côté, ho hisse, ho hisse, aïe1592272249.jpg mon dos, aïe mes reins…. La salle ayant la taille d’un mouchoir de poche, je ne vous dis pas comme les 28 élèves en question étaient « quichés » !!! J’ai croisé les doigts pour qu’il n’y ait pas d’alerte incendie pendant l’épreuve : les tables débordaient de partout et obstruaient toutes les issues….

Lorsque j’en ai parlé plus tard à la seconde secrétaire qui avait fait la répartition des élèves dans les classes, elle s’est excusée en me disant « Je sais bien, qu’elle était trop petite, cette salle ! Mais je ‘bourre’ au maximum pour limiter le nombre de surveillants nécessaires -les profs donc- parce que les instructions sont d’éviter le plus possible que les profs ne fassent pas cours… ! » Certes. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas surveiller et faire cours en même temps. C’est évident….

1086495330.jpgSur ce, se greffent des erreurs de listing du genre de celle dont la malheureuse Juliette citée plus haut a été victime, et qui lui a fait perdre 30 minutes, et donc foutre en l’air (pratiquement) son épreuve d’anglais. Encore une fois, la secrétaire est-elle responsable, dans la mesure où on lui colle toujours plus de travail sur le dos, parce que les frais de personnel dans l’EN doivent être réduits au maximum et qu’il est désormais pratique courante de faire effectuer à deux personnes une somme de travail qui était à l’origine prévue pour 5…. ?

 

 

 

Evidemment, vu de l’extérieur, ces petits problèmes minables font toujours, soit, dans le meilleur des cas, sourire (il y a de quoi…) ou, dans le pire, s’esclaffer grassement. La valse des salles, des tables, des copies et des photocopieuses, ça 1699597746.giffait pas très « sérieux » si on considère ça en parallèle avec l’Hôpital où l’on manque de lits et de personnel qualifié, ou la Police, les pompiers, qui se font « caillasser » dans les quartiers chauds. Il n’empêche. On aboutit, ici comme ailleurs, à un malaise généralisé : « Putain quel foutoir… » une envie de baisser les bras : « Eh merde.. !» et, fatalement, à un dégoût des conditions de travail : « Pourquoi est-ce que je me casse le bol, au fond ? Je m’en fiche puisque ce n’est pas moi qui suis en train de me préparer pour passer le bac ! »

1977743604.jpgEh oui, mais… Je connais peu, très peu de profs qui, même excédés par ces problèmes matériels à la con, en viennent à tenir ce discours. On accepte de rogner sur notre temps libre, de faire du travail en plus,  de ‘dépatouiller’ (dans la mesure du possible) les élèves pour essayer de les entraîner au maximum. La fameuse histoire du lundi de Pentecôte qui est certes férié  mais qu’on doit, en tant que fonctionnaires « rendre » en travail supplémentaire, ça me fait bien rigoler ! Je ne veux pas jouer du violon, mais on en donne sans cesse gratos, des demi-journées supplémentaires ! J’ai des collègues en maths qui, pour ne pas perdre d’heures de cours, viennent régulièrement le samedi matin pour faire faire des devoirs de trois heures à leurs terminales (sans être payés). Lorsqu’en langue nous faisons passer des bacs blancs oraux sur nos demi-journées libres c’est à l’œil, et l’an dernier j’avais organisé 4 demi-journées d’examen en plus pour les terminales qui ont l’option anglais à l’oral, avec ma copine Miss B. Et là aussi c’était gratos…

 

 

 

Véridique : les craies dans mon lycée ne sont pas en accès libre. L’an dernier quand on en réclamait, le préposé notait le nombre de 952187606.jpg craies que nous avions demandé en face de notre nom…(cette année ils ne le font plus, ils ont dû avoir trop de remarques.). Mais j’ai une autre copine qui a connu pire : dans un établissement où elle avait été nommée à Meaux, en début de carrière, un jour elle avait eu besoin de craies de couleur. L’intendant lui demande pour quoi faire. Un peu interloquée, elle explique que c’est pour faire de la grammaire et mettre différemment en relief les divers constituants de la phrase (groupe nominal, verbal, prépositions etc) et l’autre lui rétorque, sans ciller : « Pourquoi ne faites-vous pas des ronds, des carrés, ou des soulignés, avec de la craie blanche uniquement ? ». Des fois que le dimanche matin elle irait revendre ses boîtes de craies couleur sur les marchés…. Véridique. VERIDIQUE.

 

 

 

1580377960.jpgPour fin mai on m’a demandé si j’accepterais de monter trois jours en Irlande du côté de Cork afin de faire, avec une autre prof (la responsable de la section) de la prospection d’entreprises pour trouver des stages à nos élèves de BTS. Pourquoi pas… Je vérifie mon planning, histoire d’être sûr d’avoir terminé les programmes de terminale d’ici là, et à ce moment-là, Catherine (la responsable) très gênée, me dit ‘il y a des pourparlers avec le Chef des travaux qui se charge de nos réservations de billets d’avion et d’hôtel là-bas, et l’administration voudrait savoir si nous accepterions de participer nous aussi aux frais du voyage, à hauteur de 200 euros… » PARDON ???? qu’il a dit le Lancelot… Ils s’imaginent qu’on va aller là-bas pour écumer les bars et s’éclater en dansant sur Dirty Linen… ? Qu’on nous propose trois jours de villégiature à Dingle pour la joie de nous voir revenir tout bronzés… ? Non mais je rêve… je rêve… Quelle entreprise privée aurait le CULOT de proposer une mission pareille à un de ses cadres en lui demandant de payer une partie des frais ??? Eh ben dans l’éducation nationale, on ose. Sans rougir.

 

 

 

Ce qu’il y a de plus dur dans ce métier, je trouve, ce n’est pas les rapports avec les élèves. Même avec l’administration. Avec eux (même si on tombe sur des cons), on peut composer et s’arranger pour arriver à progresser et faire du travail correct. Mais le plus difficile, c’est ce mépris, cette humiliation permanents dans lesquel on nous maintient. Officiellement, c’est toujours, du côté du Gouvernement, les déclarations à trémolos : « Les profs font un travail de terrain admirable, dans des conditions difficiles, et nous le savons, et blablabli et blablabla » (mais quand il s’agit de revaloriser nos salaires, le « terrain », il est miné, là.. tous aux abris !) Côté grand public, c’est  : « Oh moi je voudrais jamais faire prof, je sais pas comment vous faites pour supporter les élèves »…. mais le plus souvent on est affligés du ‘Syndrome Encore’ :  « Les profs ENCORE en grève » (au JT) « Ah, qu’est-ce qu’ils ont  ENCORE à manifester » et « Tiens vous êtes  ENCORE en vacances ? »

Réponse stéréotypée de Lancelot (je la pratique depuis des années, avec un franc succès ; à chaque fois, mon interlocuteur me regarde, les yeux ronds, sans savoir quoi me répondre, il ne s’attendait pas à ça) : « Mais oui, on a encore des congés.…. J’adooore. On glande toute l’année. Si tu savais ce que c’est bon de ne rien foutre. Vraiment je te plains d’être à ta place et je suis content d’être à la mienne, je n’échangerais mon boulot-plage pour rien au monde ». ( Tout ça dit sur un ton nullement agressif, mais très nonchalant et cool). Ca les sèche sur place. Ils s’attendent à des protestations et récriminations, et ils tombent sur un prof fainéant et qui assume, et qui revendique. Impossible d’engager un duel. Dossier clos.

 

 

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On continue à supprimer des postes à tour de bras, on continue à vouloir nous en faire faire de plus en plus (stages obligatoires en entreprise, suivi des élèves hors période scolaire, nécessité d’heures de concertation non payées pour préparer des ‘cours en duos’ qui deviendront obligatoires en BTS…). A part ça, c’est sûr qu’on a la belle vie…


 

08.03.2008

Crotte2be.com

« Contacté par le Figaro.fr, Stephane Kola, fondateur du site Crotte2be.com, qui permet aux élèves de noter leurs professeurs, annonce qu'il va faire appel de la décision du tribunal des référés. Celui-ci a ordonné lundi la suspension de toute donnée nominative sur le site... »

Evidemment, vu mon boulot et ce blog, il aurait été dommage de ne pas en profiter pour exposer mon point de vue dans une sorte de ‘Droit de Réponse’ personnel que je m’octroie à moi-même….

J’ai écouté lors d’une émission télé le Stéphane en question,  collaborateur politique à l’UaimePet, et assistant parlementaire. Une chose me frappe. Incroyable comme ces jeunes mecs-là ont  tous la même gueugueule formatée, stérilisée, nourrie au veau transgénique et au poulet cloné, dans les élevages en batterie de Neuilly et des environs. Que ce soit David M. ou Jean S. ou ce mec-là, Stéphane K., ils affichent tous en permanence ce sourire carnassier et faussement ingénu, dévoilant leur denture Colgate. Costard, mais sans cravate, ça fait plus Djeun’. Bronzage made in Deauville en été, Courchevel en hiver. Ils débitent, tous sans exception, des discours doucereux ruisselants de libéralisme et de bons sentiments en faveur du « progrès » et du « changement ». « Winner », « Fonceur », sont des mots qui reviennent souvent dans leur vocabulaire. Des jeunes louveteaux aux longues canines et au poil lustré.

Dans le débat de l’autre jour j’ai écouté attentivement les arguments du beau Steph’ pour le maintien de son site. Tous basés sur des principes très démocratiques, en apparence :

L’égalité : « Puisque les profs notent leurs élèves, pourquoi est-ce que les élèves ne noteraient pas leur profs ? »

Enoncé comme cela, ça paraît tomber sous le sens. Pourquoi pas, au fond ? Sauf qu’il y a une erreur à la base : un prof ne note pas des ELEVES, il note des COPIES. Quand je mets un 5 ou un 17, j’évalue une performance EN ANGLAIS. Il ne m’est jamais venu à l’idée d’évaluer de façon chiffrée le dynamisme, l’investissement ou la vivacité d’esprit de Thomas, Céline ou Samia.

J’ajouterai également ici que lorsque Thomas reçoit de ma main sa copie avec un 13, il sait que le 13 lui a été attribué par Monsieur Lancelot. En toute transparence. Et je lui remets sa copie en totale confidentialité. Je ne clame JAMAIS les notes à la cantonade. Et en fin de trimestre, lorsqu’ils me demandent leurs moyennes, que je suis obligé d’annoncer oralement (puisqu’elles ne sont pas écrites sur une copie rendue de la main à la main) je demande systématiquement s’il y en a certains qui ne veulent pas que leur moyenne soit connue des autres. Il y a, généralement, deux ou trois ‘honteux’ par classe. C’est un sentiment que je respecte absolument, et je leur communique leur score entre nous, lorsque les autres sont sortis. Ce qui d’ailleurs fournit l’occasion de quelques conseils à l’élève pour s’améliorer.

En revanche, Crotte2be.com permet aux élèves de noter leurs profs dans le plus parfait anonymat, et le site étant ouvert à tous, tout le monde peut comparer les performances de Mademoiselle Huguette Battani, agrégée en économie au lycée Marx Lénine de Châtillon sous Bagneux, et de Monsieur Norbert Marsouin, certifié en histoire géo dans le 16° arrondissement.

L’universalité de certains principes : « En fait cela existe déjà dans d’autres pays, comme l’Allemagne, ou l’Angleterre, et les gens là-bas n’en font  pas toute une histoire. »

Certes. L’esclavage des enfants au Ghana, ou la vente libre d’armes dans certains états américains sont des faits. Même si certains protestent contre ces phénomènes, des tas de gens s’en accommodent très bien. Alors pourquoi ne pas importer en France les mêmes pratiques, par mimétisme ? Puisqu’après tout, apparemment tout ce qui se fait « ailleurs » est bel et bon… ?

La modération : « En Allemagne, ils mettent même une note aux profs sur leur physique ! Et ça passe, vous vous rendez compte… Alors que nous, non, nous n’allons pas jusque-là, le site est très respectueux »

Oui, je suis bien forcé de reconnaître qu’il vaut mieux être atteint de lèpre que du cancer… La première, on en guérit. Ca ne l’empêche pas d’être douloureuse, et surtout, sournoisement meurtrière à long terme si elle n’est pas soignée…

L’émulation : « Sachant qu’ils vont être notés, les profs vont s’efforcer de mieux faire. »

Peut-être. Ou s’enfoncer encore plus s’ils sont fragiles et qu’ils cèdent à la tentation idiote d’aller voir sur le site ce qui est dit sur eux. Il existe des profs je m’en foutistes, bien sûr, comme dans tout autre corps de métier. Mais il y en a aussi beaucoup qui, tout en étant consciencieux, impliqués, travailleurs, ne s’en sortent pas toujours, pour des raisons diverses. On peut jeter la pierre aux élèves, à telle ou telle classe infernale, avec laquelle personne n’arrivera jamais à rien. C’est une réalité. Argument facile ? Soit. Mais il existe aussi des profs –débutants, souvent- qui manquent d’une fibre pédagogique, ou d’un certain charisme, nécessaires pour pratiquer ce boulot dans de bonnes conditions. Ca peut être inné. Mais surtout, et c’est cela qui est important, cela peut également s’acquérir. Grâce à des confrontations d’expériences, dans des équipes pédagogiques soudées. Certainement pas en essayant de faire son mea culpa face à une grille informatique remplie de notations désastreuses écrites par des étudiants anonymes.

La liberté : « Les œuvres littéraires qui sortent sur le marché reçoivent bien des notes, elles aussi. Les auteurs doivent composer avec. Pourquoi pas les professeurs ? »

Il est exact qu’un roman, un essai littéraire mal notés, cela doit être douloureux pour un romancier, un journaliste, un écrivain qui y auront mis tout leur cœur. Mais je ferai aussi remarquer que, même si l’on ne publie pas pour s’enrichir, un livre se vend. Sa vocation première n’est certes pas d’être un produit de consommation, mais il en est un AUSSI. Les consommateurs peuvent s’informer et réagir. Un prof, il ne vend pas ses cours. Il est vrai que certains trouveraient intéressante l’idée de payer les profs au mérite, et à la qualité de leur enseignement, et donc d’introduire, d’une certaine façon,  le libéralisme (économique, bien sûr) à l’école. Voilà.

Et si le salaire d’un Président était directement proportionnel à sa côte de popularité, aussi ? C’est une idée que je trouve vraiment intéressante, de par les temps qui courent….

La bienveillance : « Au bilan, depuis que le site a été lancé, il ressort qu’en moyenne les profs sont vraiment bien notés et donc aimés par leurs élèves. »

Tu penses. Sauf que le malheureux qui consulte le site et se voit au-dessous de cette fameuse ‘ bonne moyenne’, va se sentir mal dans sa peau (cf rubrique « l’émulation »). Et puis, comment éviter le phénomène du « règlement de comptes » ? Comment éviter qu’Audrey, furieuse de sa note au dernier devoir de maths, n’aille massacrer sur Crotte2be son prof, M. Muzo, pourtant archi-consciencieux par ailleurs ? Et comment éviter aussi le phénomène inverse ? Des profs qui,  affolés par la dérive assassine du site, se noteraient mutuellement à la bonne franquette pour propulser le compteur de leur moyenne vers les étoiles ? Ou, encore plus grave, de l’auto- torpillage mutuel entre profs qui se détestent ? On nage en plein délire…

J’ai pris 10 minutes l’autre jour sur mon cours pour discuter de la question avec les terminales Z5, la classe que je préfère, pleine d’élèves très matures, sérieux et intelligents. Ils me disaient que l’idée de l’évaluation du professeur par l’étudiant n’était pas mauvaise à la base, mais ils reconnaissaient que le principe du site  était très foireux en soi. En définitive, ils auraient préféré pouvoir pratiquer cette appréciation lors de tables rondes qui seraient ouvertes chaque année entre eux-mêmes, le professeur concerné et un inspecteur. Le débat serait alors plus transparent et constructif. Pourquoi pas ? Mais cela supposerait une organisation démente…

Histoire vraie : je sortais de ce cours-là le sourire aux lèvres quand pile poil, je suis tombé sur Odile, une collègue prof d’éco, qui sans même savoir que je venais d’aborder le sujet, me dit : « Lancelot, je suis allée voir le site où l’on note les profs… » je l’ai interrompue aussitôt « Tu es malade ?? Tu tiens à déprimer ??? Moi j’ai décidé que jamais au grand jamais je n’irais voir ! » Alors elle : « Mais non justement, je voulais te dire ! Tu es super-bien noté dessus ! »

Cocorico. Mais il n’y a aucune gloriole à en retirer, kirikiki. Si, juste avant qu'Odile ne se connecte, le site avait été visité par Ingrid ou Samir, à qui je distribue régulièrement des 16 et qui participent toujours, oralement,  avec un grand sourire, il n’y a rien de magique en cela. En revanche, Jean-Marc et Muriel,  je les avais flanqués à la porte du cours la semaine dernière avec perte et fracas et après une bonne remontée de bretelles, suite à leur huitième fou-rire pendant une séance d'analyse audio où ils déconcentraient tout le monde. Que se serait-il passé si, au CDI, au lieu de rédiger la punition bien chiante que je leur avais infligée, ils s’étaient connectés sur internet pour déverser leur bile haineuse à mon sujet ? Odile n'aurait sûrement pas eu l'occasion de me vanter mon merveilleux bilan sur Crotte2be.

Merci Monsieur Kola, pour avoir voulu transformer l’Education Nationale en jeu de télé-réalité où l’on tire sur les maillons faibles, à défaut de pouvoir les éliminer. Mais réservez vos brillantes trouvailles émulatrices aux membres du gouvernement dont vous êtes l’ami. En ce moment ils en ont bien besoin…

10.02.2008

"Secrétaire experte en langues..."

Mercredi après-midi, devoir surveillé chez les BTS.

Trois exercices proposés sur deux heures : un texte sur Oxfam avec questions et passage à traduire, lettre commerciale à rédiger et thème grammatical pour rebrasser des structures et du vocabulaire vu en cours.

Dans cette dernière partie, il fallait –entre autres- traduire : « Ma secrétaire a été coincée dans le métro »

Je prie les anglophones confirmés de me pardonner cette insulte que je leur fais, en précisant ici qu’en anglais, ça donnait « my secretary has been stuck in the tube »

Célia, excellente élève, finit 10 minutes avant la sonnerie. Elle n’est pas la seule. Je ramasse les 5 ou 6 copies des « rapides » et je leur jette un coup d’œil.

Et là j’ai attrapé un fou-rire. Monumental, inextinguible. Toute la classe me regardait avec des yeux ronds, mais je pouvais pas m’arrêter. Célia, qui avait vu de loin que je regardais sa copie, n’en menait pas large.

Elle avait écrit « My secretary has been sucked in the tube »

Je m’approche, je lui montre sa faute en lui demandant si elle sait ce que la deuxième phrase signifie : cramoisie, elle éclate de rire elle aussi. « Ben oui j’ai confondu STUCK et SUCKED c’est pas malin de ma part »…. LOL

Elle a de l’humour en tout cas ! On dirait le titre d’un DVD porno bas de gamme… Grâce à elle j’ai vraiment passé un bon moment en cette fin d’après midi…

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22.01.2008

Troublantes traductions....

Dans le dernier devoir écrit de type bac que j’ai donné à mes Terminales, il y avait un extrait de texte à traduire. La version française du dialogue original sans erreur devait  approximativement donner ceci :

 

 

« Leur arrivait-il de se disputer ? » demanda le sheriff à son père

« Pas que je sache » répondit son père.  « Il me semblait qu’Arnold tenait beaucoup à Eugie. »

« C’est vrai ? »  demanda le sheriff à Arnold.

Si son père le pensait, alors c’était vrai. Arnold hocha la tête.

« Etais-tu en colère contre lui ce matin ? »

« Non »

« Comment en es-tu venu à lui tirer dessus ? »

« On rampait par en-dessous la clôture »

« Oui ? »

« Et le pistolet s’est accroché dans le grillage »

« Ca doit être la gâchette qui s’est accrochée » intervint son père.

 

 

Je suis tombé sur la perle suivante :

 

 

« Font-il toujours tout ensemble ? » demanda le shérif à son père.

« Non, je suis cela » répondit son père. Cela me semble pour moi, Arnold supporte beaucoup Eugie.

« Le fais-tu ? » demande le shérif à Arnold.

Si il me semble donc ton père, puis c’est tout. Arnold

« Etais-tu fou de lui ce matin ? »

« Non »

« Comment t’y est-tu pris pour lui tirer dessus ? »

« Nous avons pleuré »

« Oui ? »

« Et le pistolet que tu avais, tu l’as pris sur le fil de fer »

« Comme le canon tu dois l’attraper » son père rentra.

 

 

Outre la franche poilade liée aux phrases qui ne veulent rien dire, je peux pas m’empêcher de voir des sous-entendus oedipiens à tous les virages. Je sais, je sais : comme Blanche-Neige, je vois des nains partout, mais comment ne pas ciller et rougir devant les phrases :

« Font-ils toujours tout ensemble ? »

« Etais-tu fou de lui ce matin ? »

« Comme le canon tu dois l’attraper »

Et j'arrête pas de me demander pourquoi « ils ont pleuré » après qu’il lui ait « tiré dessus »… Et puis aussi : dans quoi il est rentré, le père, à la fin… ? D’après vous… ?

06.12.2007

Absent-minded me...


podcast
 

 

Il m’en est arrivé une belle hier.

Après le départ de TiNours, j’avais une matinée devant moi pour finir de corriger un paquet … d’enfants pas sages… LOL. Mais non, vous m’avez compris, il s’agit bien sûr de COPIES, komdab… On ne se refait pas. Le blues du prof, nia nia nia nia… Ceci dit, pas de « blues » du tout, non non non,  j’étais de très bonne humeur, j’en avais déjà fait la moitié lundi et mardi soir, en attendant  mes conseils de classe, je savais que tout serait prêt pour l’après-midi, moment où je devais les rendre à ma classe de BTS.

Je corrige donc, tout guilleret, de 9H à midi. Je rentre mes notes dans mon petit logiciel « Carnet de notes » (un grand copain celui-là, il calcule les moyennes à ma place et me rend toujours des bilans impeccables à imprimer en fin de trimestre. Pour un peu, il remplirait presque les bulletins à ma place ! Mais non, la technologie moderne n’en est pas encore là… faudra attendre 2020 pour ça. Mais patience, patience.). Donc, à midi, disais-je, je constate tout heureux que je ne suis pas à la bourre, que j’ai une grande heure devant moi pour manger et me détendre avant de filer au lycée. Ce que je fais, tranquillement, en feuilletant le Marianne de cette semaine.

J’arrive donc, comme d’habitude, 10 minutes en avance au lycée pour faire mes photocopies tranquillos. Comme il n’y a jamais de monde le mercredi après-midi, je sais que je n’attendrai pas. Les photocopieuses fonctionnent, je leur fais risette. Je sors de mon cartable le livre d’où est tiré le texte qui m’intéresse, et je lance une série de 25 copies. Pendant que le monstre turbine, je vais chercher un transparent pour réimprimer le sujet du devoir que je projetterai sur écran lors de la correction. Alors, ce sujet ?  Je me penche vers ma besace, et je m’immobilise…..

Le sujet n’est pas dans mon cartable.

Le sujet était dans une pochette spéciale.

La pochette n’est pas dans mon cartable.

La pochette contenait les copies corrigées.

Les copies corrigées ne sont pas dans mon cartable.

« …..Et où est passé l’ensemble, d’après toi, gros connard….. ? »

« Peut-être que l’ensemble est resté bien au chaud à la maison….. ? »

« Ca m’en a tout l’air… »

« MEEEEEEEEERDE ……. ! »

 

Devant ma photocopieuse j’avais l’air d’un con, ma mèèère, devant ma photocopieuse j’avais l’air d’un con ….

Bon. Ne paniquons pas.

Deux options s’offraient à moi :

1) Faire cours en impro sur le texte que je venais de photocopier. Très mauvaise solution. Je n’avais pas ma préparation, qui devait d’ailleurs être retravaillée d’ici la semaine prochaine. Et je me voyais mal tenir deux heures sur ce texte-là. Faut varier les activités.

Qui plus est, je n’aurais donc pas pu rendre le devoir comme je l’avais promis, et ça, j’aime pas.

2) Retourner en catastrophe à la maison (j’habite heureusement à 10 minutes en voiture du lycée) mais comme il était déjà presque 13h30 ça voulait forcément dire que je serais en retard de 20 minutes.

J’ai tout de même choisi la deuxième solution. Comme les étudiants de ce BTS sont sérieux et gentils, et que j’en avais vus quelques uns en arrivant, j’ai rassemblé mon bordel, piqué un sprint, et je leur ai dit de prévenir tout le monde de m’attendre parce que « j’allais être en retard ». « Mais oui, aucun problème, ne paniquez pas » m’ont-elles répondu aimablement (C’est vrai qu’il faisait un temps splendide, et que personne n’était pressé d’aller s’enfermer en cours). J’ai tout de même joué aux 24h du Mans (autre coup de bol, le mercredi après midi est moins chargé car pas d’école pour les petites classes), suis rentré chez moi comme un diable furieux, j’ai copieusement insulté la pochette qui m’attendait en ricanant sur mon bureau, et j’ai refait le trajet en sens inverse, pour démarrer mon cours à 13h50 montre en main. OUF. J’ai bouffé 10 minutes de la récréation à 15h30 pour compenser (en partie) le temps perdu sur les 2H. Là non plus, ils ne m’en ont pas voulu, apparemment. Braves petits.

Je n’ai tout de même pas eu le courage d’expliquer aux étudiants la raison GROTESQUE de mon retard. Je me serais couvert de ridicule. Quand je leur avais demandé de m’attendre, j’avais prétexté « une urgence ». Personne n’a osé me demander de comptes, heureusement. A part ça je me sentais con, mais CON…..

Ca ne m’était jamais arrivé avant.

Ca y est, je vieillis.

C’est terrible.

C’est horrible.

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18.10.2007

Jour de grève, jour de Rave…

Je vais peut-être en faire bondir certains, mais, de façon assez bizarre, j’aime les jours de grève (dans les transports).

 

Cependant avant d’aller plus loin, je tiens à préciser deux ou trois détails :

 

Aujourd’hui, moi je ne la fais pas, la grève. Pour deux raisons très mesquines : 1) le jeudi, je n’ai que 3H de cours et comme, en cas de grève, on me fait sauter une journée de salaire comme si j’avais 8H ce jour-là, c’est pas « rentable ». –oui je sais, c’est un argument nul, mais pas pour moi… 2) je ne me sens pas solidaire, non, même de loin, avec les agents de la SNCF ou des transports. Je comprends très bien qu’ils manifestent et protestent sur le fait qu’on leur enlève un avantage acquis (j’en ferais autant à leur place) et je ne conteste pas du tout leur droit de grève en disant qu’ils nous « prennent en otage », mais de là à m’associer au mouvement, non. Depuis quelques jours on entend à la radio ou à la télé des interviews d’agents qui donnent en substance : « Vous comprenez, on fait les trois huit, nos horaires varient sans cesse, il nous arrive de travailler les jours fériés… » Certes ! Mais il y a plein d’autres professions dans le même cas qui n’ont pas d’avantages liés à un départ en retraite plus tôt. Quand j’étais étudiant j’ai travaillé dans une usine où l’on fabriquait des placo-plâtres, les ouvriers que je côtoyais faisaient les trois 8, ils ne partaient pas plus tôt pour ça. Même chose pour ma sœur infirmière, qui doit aussi travailler le dimanche et les jours fériés parfois. Elle ne bénéficiera pas pour cela d’un départ en retraite anticipé.

 

Ceci dit, un argument qui serait bien plus « choc » à mon avis, ce serait de faire remarquer qu’on tape sans cesse sur les agents de la SNCF ou de la RATP pour cette histoire des régimes spéciaux et des avantages, et que c’est l’arbre qui cache la forêt. Evidemment, c’est facile, parce que lorsque eux font grève, ça a un large impact sur une grande partie du public qui est emmerdé pour aller au boulot. Donc c’est souvent impopulaire. Mais il faudrait aussi dire que de nombreux autres corps de métier ont des avantages liés à des régimes spéciaux aussi (commerçants, danseurs étoiles, militaires, entre autres, et surtout, les parlementaires eux-mêmes, si prompts à nous faire la morale sur l’effort à faire pour le bien de tous et la pérennité de notre système !). Ce qu’il faudrait faire une fois pour toutes, c’est remettre TOUT LE MONDE au même niveau. Par exemple, les députés pourraient renoncer à leur salaire versé pendant 6 mois après la fin même de leur mandat. Mais de cela, on ne parle pas, ou si peu. Pourtant, si ça se faisait, l’impact sur l’opinion serait géant, à mon avis.

 

Bon, tout ça pour en revenir au début de ma note : pourquoi est-ce que j’aime bien les journées de grève dans les transports ? Eh bien parce que c’est à chaque fois l’occasion, pour TiNours et moi, de mettre sur pied un plan « démerde » cogité à l’avance. Lors des grèves géantes de 1995, on était sur Lille et on avait pu se débrouiller grâce au covoiturage. Au début des vacances de Noël cette année-là, je devais descendre (seul) chez mes parents dans le Sud, et je m’étais retrouvé coincé, parce que la grève des TGV était renouvelée d'un jour sur l'autre. "Avec mon p'tit joker j'avais l'air d'un con, ma mère, avec mon p'tit joker j'avais l'air d'un con...". Grâce à une collègue dont le mari avait une entreprise de fruits et légumes, j’étais descendu en camion : une nuit entière passée avec un routier à discuter, avec pause-dodo dans la cabine (oui…. Je dois avouer que ça ressemblait assez à un gros phantasme réalisé, et en plus il était mimi, mais 100% hétéro, alors j’ai dû supporter des histoires de vagins pendant une bonne partie du trajet, mais bon, c’était exotique et rigolo, à tous les niveaux…)

 

Aujourd’hui c’était plus simple. Cette année mon emploi du temps chiatique où je travaille le plus souvent l’après-midi a cet avantage-là : je peux dépanner TiNours le matin si son train ne passe pas. Parce qu’on n’a qu’une voiture (eh voui, on est pauvres… on économise sur tout et on fait nos courses à LIDL…lol).

En fait nous avons acheté cette maison, il y a trois ans bientôt, parce qu’elle nous plaisait, bien sûr, mais aussi parce qu’elle présentait l’avantage énorme d’être située à 8 minutes à pied d’une minuscule gare de campagne. TiNours y prend le train à 8h, et à 8h15 il est DANS son bureau (10 minutes de trajet, et la 2° gare est juste en face de son boulot). C’est TOP…  …quand le train passe… parce que bien sûr, le revers de la médaille, c’est qu’il y a très souvent des grèves, ou des problèmes sur la ligne. Si je ne suis pas déjà parti au lycée le matin, je peux dépanner. Sinon, on fait appel à Lala, qui bosse avec TiNours, et qui par chance n’habite qu’à 6 km de chez nous. Bref, la démerde, dans ces cas-là, ça nous connaît.

Quant à moi, en voiture, je mets 10 minutes au maximum pour arriver au lycée. C'est impeccable.

 

Ce matin TiNours a pris le volant, et pour éviter les bouchons inévitables à l’entrée de la ville, il est passé par des petites routes à travers champs, étroites et peu connues. On n’a pas pénétré dans le centre, on s’est arrêtés en périphérie, juste près de l’appart où nous avions vécu il y a trois ans. Petite vague de nostalgie… « ah tiens, regarde, ils ont modifié ce sens interdit » « ah oui maintenant on peut l’emprunter dans les deux sens » « il y a toujours autant de bordel autour de l’école élémentaire, tu as vu ? » etc etc. TiNours a fini le trajet à pied « il fait beau, ça me fera du bien » m’a-t-il lancé avec bonne humeur avant le smack d’adieu dans la voiture, devant les passants outrés. Il était 8H15. Et moi je suis reparti dans l’autre sens, par les petites traviolles zigzagantes à travers champs. On était partis à 8H moins 5. J’étais rentré à la maison à 8h30, heure à laquelle mon z’homme à moi devait arriver à son bureau.

 

Ce soir (sauf s’il y a des rames de tram qui pourraient le rapprocher de mon lycée, ce dont je doute), on refera la même manip’ en sens inverse.

 

Bon alors évidemment, on a pris tout ça avec philosophie parce qu’on n’est pas loin, et qu’on pouvait se démerder facilement. C’est vrai que de ce côté-là on est plutôt privilégiés. Je compatis en ce moment en pensant aux Parisiens et à leurs galères sans métro ni RER.  Mais j’aime ces petits moments qui nous changent de notre quotidien bien rythmé. J’ai aimé accompagner mon mari ce matin, et ça me plaira de l’avoir dans la voiture ce soir. Vendredi dernier, son train du retour à 17h avait 45 minutes de retard annoncé, alors il a préféré prendre le tram et m’attendre à la sortie du lycée. Comme ce n’était pas prévu, je sors du parking des profs, la tête un peu dans le cirage après mes 6H de cours non-stop, et au moment où je présente mon passe à la grille, je le vois qui me fait coucou ! ça m’a fait un petit choc électrique ! « Qu’est-ce qu’il fait là, mon bébé… ? » Pas prévu, mais que ça fait du bien de le retrouver comme ça, impromptu !. Je raffole de ces petits moments de bonheur-surprise.

 

Pour conclure : j’ai attrapé un fou-rire ce matin en me rasant (et je me suis même pas coupé !). Sur Europe 1, Jacques Pradel annonce que « Le Président va devoir faire face à sa première grande ’Rave’ ». Il s’est repris aussitôt ‘Grève !!!’ mais trop tard, je hennissais déjà devant le miroir à travers ma mousse à raser : la première RAVE de Nicolou ! House ou Techno ? Il va avoir besoin de pas mal de cachets d’exta pour la faire passer, celle là !

27.09.2007

Le blues des prénoms en début d'année

Y a une élève en Terminale W3, aqu’elle s’appelle Maria, aque je m’obstine à l’appeler Ingrid une fois sur trois depuis presque un mois qu’on bosse ensemble. Bon, je sais, ça fait Prof Alzheimer. Je me souviens que lorsque j’étais élève moi-même, les enseignants qui se trompaient sur mon prénom m’horripilaient. Mais quand on est « de l’autre côté de la barrière » en fait, on constate que tout ça n’est pas le fruit d’un gâtisme précoce … Il y a des raisons internes cachées dans nos neurones. En ce qui concerne cette petite mignonne :

-son nom de famille commence par un « I » aussi

-c’est une blondinette qui a un look nordique, et pas du tout méditerranéen ! elle a PAS DU TOUT une tête à s’appeler Maria, par contre Ingrid CA LUI VA COMME UN GANT !

L’an dernier je mélangeais régulièrement les prénoms de deux mecs qui s’asseyaient côte à côte : David et Daniel. J’appelais régulièrement David Daniel et Daniel David…. Et pourtant JE NE LES CONFONDAIS PAS !!! Daniel c’était  Daniel et David c’était David. C’était clair dans ma tête, eh oh je suis pas encore bon pour l’hospice, vous pouvez la remballer votre camisole  ! Mais ils étaient trop souvent à côté, ces deux là, et Da et Da dans les mêmes prénoms, ça crée des bouchons dans les neurones du pOvre Kamarad professeur qui doit aller vite à l’oral et donc régulièrement se trompe de bouton sur la télécommande « interroger » : « Where does the scene take place … ? » (petite pause, les mains se lèvent) « Yes ? David ? euh Daniel ? euh Barnabé ? euh Rigobert ? well fucking shit, YOU, là !!!! » oupssss… excusez cet égard de langage. Mais enfin, c’est un vrai cauchemar pour un prof ça, les élèves dont les prénoms se ressemblent vaguement et qui s’assoient régulièrement ensemble. (genre « Mathieu et Thomas » ou « Julie et Lydie ») De la même façon, j’avais un mal fou il y a deux ans en première Z1 (petit flashback, aaaah  les cours du mercredi matin 9h30-10h30 dans la petite salle) : Vincent-Sylvain / Sylvain-Vincent : rrrrrâââââ ce que j’ai pu en BAVER au début parce que les « Vin » entraînaient un bug dans mes connections nerveuses. Non, je n’avais pas bu de VIN. Oui, j’ai dû me tromper plus de VINGT fois. Non, mes efforts n’ont pas été VAINS. A la fin de l’année je savais faire la différence !  La preuve, l’an dernier en Terminale Y2 je me suis pas trompé une seule fois en les appelant respectivement Vincent ou Sylvain. ET VOILA la solution : remettre ça une année de plus. Comme ça je me tromperais plus sur Maria.. Bon, Daniel, David, Vincent et Sylvain  ne devaient pas trop avoir envie d’une terminale supplémentaire, et je les comprends.  Voilà pourquoi ils ont (presque) tous eu le bac

Mais on a beau dire.  150 élèves, que je vois en moyenne trois heures par semaine chacun, c'est pas évident pour mémoriser. Les trombinoscopes n’ont pas encore été faits… je me débrouille avec les moyens du bord, c'est-à-dire mes pauvres neurones, qui rentrent vite en surchauffe quand faut aller vite… N’empêche.que c'est vexant tout de même ce style de choses. Mais ce qui me rassure, c’est que c’est pas lié à la vieillesse : quand en début d’année je leur fais remplir la petite fiche , il y a la rubrique : « nom de votre prof de l’an dernier ». Régulièrement à cet endroit là il y en a qui se retournent vers leurs copains « comment il / elle s’appelait déjà… ? ». Ils n’ont jamais dû comprendre pourquoi à chaque fois je fais risette à cet moment-là de la fatidique « prise de contact »….

25.09.2007

SMS forever

Hier après deux heures de devoir surveillé (=65 copies, priez pour moi en attendant les prochaines vagues qui ne vont pas tarder à arriver), je remets les bancs en place pour que la classe repasse de l’aspect ‘examen studieux’ à ‘disposition conviviale habituelle’.

Et tout à coup, abandonné sur une table, un petit papier gribouillé attire mon attention : AH ! une pompe ! Mes paupières se plissent, mon œil étincelle, je me branche en mode épervier, je vole en piqué et, TOC ! Je saisis l’objet du crime dans mes serres vengeresses… un frisson d'excitation me saisit... Je lis !!! Alors...?? est-ce que c'est une antisèche de vocabulaire sur les mots de liaison, ou bien sur les dates de mise en place des lois contre la ségrégation en Am...

‘tu fé Koi la ? moi ou je rentre direct, ou je pren le tps de fumé 1 clope avec toi é apré je rentre’

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Je m'assois et je regarde le soleil briller sur la pelouse à travers la fenêtre...

Je philosophe...

Bon, c’est vrai que comme j’interdis formellement les portables en classe (même déconnectés, je n’en veux pas sur les bureaux, ils doivent être cachés au fond des sacs), il leur reste le démarrage Windows en mode sans échec : le SMS rédigé sur papier…

Et puis, bon OUI,  finalement, la question posée reste pertinente : que peut-on bien être en train de faire pendant une heure de devoir surveillé...? Ecrire à son amoureux(se) ? Rédiger sa feuille d'impôts ? Ou réfléchir à la façon d'améliorer la recette du boeuf mironton ?

 

Tant sur la forme que sur le fond, je trouve que ce chef -d’oeuvre méritait tout de même de passer à la postérité, LOL. Voilà qui est fait.