10.04.2008

Les voisins d'en face

Quand on prévoit d’emménager quelque part, un réflexe logique, c’est de jeter un coup d’œil par la fenêtre lorsqu’on visite les lieux. Le nombre de mètres carrés habitables, l’exposition, le prix bien sûr, la présence d’un jardin ou d’un garage, c’est fondamental, mais LES GENS qui vivent à côté, et surtout en face, hein ? Hyper-important ça ! Ce sont eux qui vont nous fournir le spectacle télé pendant des mois et des mois… Alors pour ça aussi c’est crucial de savoir où l’on met les pieds.

 

 

Notre premier appart à TiNours et moi, c’était un 45 m2 dans la communauté urbaine Lilloise. Une ville bobo, proximité du tram, un parc derrière, de belles maisons de maître avec des jardins enclavés et amoureusement bichonnés sur le devant. Vraiment sympa. Sur le côté, l’une des maisons était si grande qu’elle avait été divisée en studios superposés. On n’a pas fait trop attention au début, tout à la joie d’emménager ensemble seuls CHEZ NOUS.

Un mois environ après être arrivés, un matin tôt alors qu’on déjeunait avant d’aller bosser, je jette un nonchalant coup d’œil par la fenêtre, vers le bas. Instantanément, je suis passé de  ‘état comateux’ à ‘vigilance niveau 10’ ! Les antennes se dressent et pointent, les yeux sortent des orbites : « Putain regarde le mec ! » « Où ça, où ça ??? » « La fenêtre d’en bas à gauche ! Il est en train de prendre sa douche ! La booombe !!! »

130302854.jpgJe vous jure, y avait rien à jeter, nulle part. Ce mec il pouvait postuler direct chez les Chippendales, il aurait été embauché d’office. Belle gueule, beau corps harmonieusement musclé et bien proportionné, et pour le reste, c’était …hummm…. Après ce premier contact visuel, on avait pris l’habitude, quand on mettait la table du petit déjeuner, de déposer, à côté des bols et des petites cuillères, notre paire de jumelles, comme ça, en artistes. Ca nous mettait de bonne humeur avant de partir travailler ! Je l’ai soupçonné, au bout d’un moment, d’être un peu exhib, ce bogosse d'en face... Pas de rideau à sa fenêtre, pas de rideau de douche tout court, c’était quand même un peu suspect. Enfin bon, si on pouvait lui faire ce petit plaisir de le mater le matin, nous ça ne nous coûtait rien, bien au contraire ! De temps en temps sa meuf entrait dans la salle de bains, prenait une brosse à cheveux, ou autre chose, et ressortait comme si de rien n’était… Beuh, grognasse… Hélas, ce merveilleux spectacle n’a pas duré très longtemps. Ils ont déménagé au bout de deux mois. Aujourd’hui, 15 ans plus tard, est-il est devenu chauve et ventripotent.. ? Nous ne le saurons jamais…

 

 

Au bout de quatre ans, on en a eu assez d’attendre son retour, et puis surtout on avait envie de plus d’espace. On a alors cassé les tirelires, éventré les bas de laine et nous sommes devenus propriétaires d’une mignonne petite maison, toujours dans la communauté urbaine lilloise, mais à 6 km de là, dans une autre ville encore plus Bobo que la première, si possible. Une autre raison de notre changement, c’était qu’on ne voulait plus avoir à supporter de voisins AU DESSUS… On croyait en avoir terminé avec les apparts, on se trompait. Mais je m’égare. J’en étais donc au rituel « coup d’œil par la fenêtre ». 979911172.jpgCette fois, de l’autre côté de l’allée on avait une mamie octogénaire discrète comme une petite souris, qui sortait rarissimement et nous épiait souvent de derrière ses rideaux. Franchement moins sexy que le spectacle d’ « avant ». De temps en temps son petit-fils venait en moto lui rendre visite. Lui je ne sais pas s’il était sexy, il était casqué, botté,  harnaché de cuir, et il ne devait se débarrasser de tout son attirail qu’à l’intérieur (à supposer qu’il le fasse !). J’ai jamais vu son visage.

544382381.gifLa Mamie est partie (en maison de vieux, probablement) au bout de trois ans et ensuite sa maison a été vendue à un couple avec trois enfants très jeunes. La mère, je l’avais surnommée « Cul de Percheron ». Je ne l’aimais pas, parce qu’elle faisait partie de cette catégorie de gens, qui, sous l’excuse de la timidité, ne saluent jamais, et qui pensent faire un effort surhumain en vous répondant d’un hochement de tête quand vous vous retrouvez face à face avec eux et que vous leur claironnez « BONJOUR ! » en plein visage. J’ai appliqué les salutations semi-unilatérales pendant des mois et puis un jour j’en ai eu marre et me suis mis à l’ignorer moi aussi quand je la croisais… Elle prenait alors un air triste et mortifié, dis donc ! J’ai jamais compris ce qu’elle aurait voulu, pour finir….

 

 

Lorsque TiNours a eu sa mutation sur Montpellier (une des plus belles journées de notre vie…) il a recherché un appart (tout seul, le pauvre, je travaillais) et a fini par trouver un autre 40 m2 non loin du centre-ville. Un immeuble de 12 étages dans un quartier vraiment agréable, à proximité de commerces, marché le dimanche, et il pouvait même aller à pied au boulot. J’avais un peu peur de retrouver des voisins chiants au-dessus, mais, coup de bol, on ne les entendait jamais. TiNours y est resté neuf mois seul, et quand je l’ai rejoint nous y avons encore passé sept mois à deux. On en a  gardé un très bon souvenir. La vue en face n’était pas terrible : d’autres façades d’immeubles. Mais bon, c’était l’occasion de lancer une recherche pour du recrutement de mannequins DIM… Non.. ? On a donc ressorti les jumelles. Déception. Il y avait bien un pédé1252200.jpg juste en face, mais il était plutôt du genre « Vieux Beau » qui fume à son balcon, et il avait une manie qui nous tordait de rire : tous les matins en hiver, même s’il faisait un froid de canard, il agitait longuement ses draps, couvertures,  taies d’oreiller à sa fenêtre, comme s’il avait dormi avec un régiment de camionneurs poilus, ou, à défaut, de chihuahuas atteints de pelade. Et c’était exclusivement l’hiver. L’été il restait cloitré derrière ses volets et, visiblement, devait laisser sa literie mitonner dans ses miasmes. J’ai jamais bien compris son fonctionnement à lui non plus !

1056773963.jpgLes jumelles ont tout de même été utiles parce qu’on avait repéré une autre occasion de délirer, avec TiNours : au tout dernier étage en face il y avait un GROSCHIENCHIEN !! Un gros labrador sable comme on en raffole ! Ce qu’on a pu lui parler de loin à celui-là ! Il avait toujours un air tout malheureux… ! Evidemment, enfermé sur deux mètres carrés de balcon huit heures par jour, il devait se faire chier comme un croûton derrière une malle… Mais il était trop loin pour pouvoir entendre nos mots gentils ou pour qu’on puisse lui passer en douce des petits gâteaux… Bien triste tout ça.

 

 

Et pour finir, quand on a trouvé ici la maison de nos rêves, dans la région de nos rêves, il y a trois ans, on a décidé de poser nos valises pour un bon bout de temps. Des palmiers. La piscine. Se dorer au soleil l’été. Manger sur la terrasse avec des amis. Déjeuner tôt le matin, souper tard le soir, dehors, DEHORS. Un luxe renouvelé qu’on apprécie chaque été.

Et le rituel coup d’œil par la fenêtre ? Ah oui au fait ! Alors, les voisins d’en face se suivent et ne se ressemblent pas. On avait eu le Top-117743165.jpgModel, la Mamie, le Cul de Percheron, le Vieux Beau, le Labrador Triste. Cette fois on a MATHIEU. Non, pas Mireille. Un gamin. De 4  ans, 5 ans, 6 ans. Forcément, son âge change chaque année. Pas ses cordes vocales, hélas. Il braille, mais il braille… comme c’est pas permis de brailler… Il a un frère aîné, qui ne fait pas de bruit. Il a des parents, qui en font encore moins. On ne les entend jamais. Je le regrette bien d’ailleurs. Je rêve de les entendre lui hurler : « Mais tu vas la boucler ta P*** de G*** !! » Eh ben non. Eux, ils fument avec les invités. Ils doivent être sourds, d’après moi. Et pendant ce temps, Mathieu, il braille. Ou bien il souffle dans son pipeau, comme dans un clairon. Personnellement, j’aurais un gamin comme ça, je l’aurais déjà flanqué au fond de la piscine avec trois parpaings accrochés autour des jambes. Eh ben non. Ses parents supportent. Chaque été, incurable optimiste, je me dis : « Il aura grandi, il aura gagné en sagesse, ou perdu en stridence de sa voix aigue.. » Espoir régulièrement déçu. Je rêve qu’une épidémie de périchondrite laryngée, ou de granulome des cordes vocales, s’abatte sur la maison d’en face. Mais non. Mathieu reparaît triomphalement chaque année en été pour hurler sa joie de vivre, et détruire la mienne.

Bon, quelquefois il va chez ses grands parents. Ca repose. Et puis, il va peut-être vite grandir et se transformer en bombe sexuelle qui se douche sans pudeur aucune… ? La boucle sera alors bouclée….