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24/06/2008

Christine


 

L’été 1979. Réunion familiale dans le chalet de vacances. Des oncles, des tantes, mes parents. Et Christine. Et moi. Deux enfants déjà adultes. Des grands pas encore sortis de l’enfance. Deux cœurs aux aguets, entre deux mondes. Nous étions tout, tout , TOUT sauf deux « ados » avec tout ce que ce mot implique de conformisme, de révolte, d’opposition à l’autorité. Peut-être étions-nous révoltés, mais des révoltés silencieux. Nous avons commencé à nous aimer grâce à notre journal respectif. « L’écriture n’a de sens que si elle est partagée » m’a dit Dante il n’y a pas si longtemps. Nos écritures, avant d’apprendre à les partager, nous nous les sommes volées. Elle avait découvert mon cahier, moi le sien, et ce petit manège a duré une semaine avant qu’elle ne fasse le premier pas et ne m’écrive une lettre pour me dire qu’il serait tout de même plus commode d’admettre le partage et de faire ça ouvertement. J’avais bien sûr accepté et nous avions glissé, de la complicité à la tendresse, de la tendresse à l’amour, et de l’amour à une passion fusionnelle…. Je me souviens de nos fous-rires, de nos émois mutuels sur le lit dans la chambre attenante à la cuisine de Malemort… Avec le reste de la famille à côté, je vous dis pas l’inconscience… Mais bon… on n’est pas sérieux quand on a 17 ans… Rimbaud l’a dit avant, et bien mieux que moi. Et en plus, moi j’en avais 15 !

 

Deux cousins. Ca ne nous a jamais tracassés au départ. C’est justement souvent au sein d’une même famille, dans cette proximité, cette cohabitation, ce ‘bouillon de culture’ que ce style de choses peut arriver plus fréquemment.  Et, par la suite, j’en ai eu confirmation en discutant avec d’autres adultes qui avaient, peu ou prou, vécu les mêmes expériences.

 

On se ressemblait terriblement. On aimait les mêmes livres, les mêmes films, jusqu’à en discuter pendant des heures et des heures. On avait le même humour absurde, grinçant, puéril et décalé, qui agaçait tant notre entourage car il s’en trouvait exclu. Les mêmes chansons qu’on aimait chanter en duo, allongés dans l’herbe, sans même nous concerter, sachant exactement quand l’un de nous devait se taire ou enchaîner sur l’autre, ou fredonner le même couplet à deux voix. On n’avait pas besoin de parler. On savait, on chantait… Et, bien sûr, il faut excuser la sentimentale banalité de la chose, on fredonnait de l’amour de l’amour de l’amour.

 

 

podcast

 

 

All is fair in love

Love's a crazy game...

Two people vow to stay

In love as one they say

 

 

Qu'est-ce qu'on aimait chanter ce truc... A en vider les paroles de leur sens...

 

Christine est la première fille, et je pourrais même ajouter, la première personne, dans le regard de qui j’ai pu me sentir beau. Elle aimait mes cheveux, que je portais bien plus longs à l’époque. Elle aimait y passer la main. Elle ne voulait pas que je les raccourcisse. Pour l’adolescent complexé et renfermé que j’étais, c’était comme si une lucarne de soleil aveuglant s’ouvrait dans la  cellule sombre où je végétais depuis des années. Elle était « tactile » comme on dit, elle aimait, et aimait montrer qu’elle aimait. Elle a dû pressentir notre amour avant même que je n’en prenne conscience moi-même. Nos mains  aspiraient toujours à se rejoindre. Nos regards se souriaient, sans équivoque ni ambiguïté aucune. Je t’aime. Je t’aime aussi. Point.

 

Un soir, ses mains ont dépassé le simple seuil de la tendresse. Dans la pénombre de ma chambre, elle a écarté ma chemise et a doucement caressé mon torse, puis l’a embrassé. Et c’est là que mes bras à moi se sont refermés sur elle. Bonheur. Peur. Amour. Anxiété. Plaisir. Hésitation. Joie. Etonnements. Fierté. Apaisement.

 

Mes histoires d’amour ont toujours, toujours été compliquées par la distance. A l’exception des périodes de vacances, Christine et moi étions séparés par 800 km. Ca n’empêchait rien. On s’écrivait. Des pages et des pages. Notre quotidien, nos vies. Nos désirs, nos angoisses. Nos difficultés, nos déprimes. Nos fous-rires, nos sanglots. Un fil permanent qu’on maintenait avec ténacité et courage, en pensant à l’été qui nous ramènerait l’un près de l’autre.

 

But all is changed with time

The future none can see

The road you leave behind

Ahead lies mystery

 

Bien sûr, ça ne pouvait pas durer. Nos parents respectifs ont mis leur nez au milieu, en se disant que ça commençait à bien faire, cette histoire-là, et que ça prenait des proportions… un peu excessives. Evidemment, ils ont eu vent du pot aux roses avec un an de décalage par rapport au début véritable de notre histoire. Mais ça ne changeait rien. Ils ont réussi à nous séparer momentanément, à faire exploser la bulle. A introduire entre nous de l’incertitude, du doute, qui a pu proliférer. On a lâché prise pendant quelques mois.  Ca a suffi. Lorsque j’ai reçu la lettre suivante, j’ai senti la fêlure. C’était un appel de sa part, bien sûr. J’aurais pu la colmater, immédiatement. Est-ce que j’aurais réussi ? Je n’en sais rien. J’ai choisi d’être froid, cassant. Elle a intégré le message. Plus tard, j’ai réécrit, pour tendre à nouveau un pont entre nous. Elle a essayé de répondre, mais ça n’a pas marché. Les poisons du temps et de la distance avaient fait leur œuvre.

 

But all is fair in love

I should have never left your side

A writer takes his pen

To write the words again

All in love is fair

Je sais aujourd’hui qu’elle vit avec un mec, Jo, et qu’ils s’aiment tendrement. Je suis heureux pour elle. Christine méritait ce qu’il y a de mieux en matière d’amour. Son cœur est plein de tendresse et de romantisme. Elle est femme, elle est douce. Je sais, pour l’avoir moi-même vécu, à quel point elle est capable de rendre un mec heureux.

 

Alors bien sûr, la question c’est : où notre relation pouvait-elle bien aboutir, puisque je suis homo, et que je le savais déjà, même sous forme de certitude enfouie en moi à l’âge de 15 ans ? Que, même si à l’époque je n’avais encore jamais couché avec un homme, mon désir de mecs s’imposait à moi avec une évidence effrayante ?

 

All of fate's a chance

It's either good or bad

I tossed my coin to say

In love with me you'd stay

 

Nulle part, probablement. Même si nos parents n’étaient pas intervenus pour nous séparer, elle et moi en serions certainement au même point aujourd’hui. En couple, mais séparés. Avec un mec, tous les deux…. (pas le même, j’imagine…).

Aujourd’hui, j’aime avoir les cheveux coupés très, très courts….

 

A des années, à des décennies de distance, j’ai tout de même conservé en moi une cicatrice que le temps n’effacera jamais. J’aurais voulu qu’on se parle, j’aurais voulu qu’on décide nous-mêmes de la fin de notre histoire, sans que personne d’autre n’intervienne pour tout saccager, tout détruire, en ne laissant derrière qu’un champ de ruines et de cendres où il était impossible de reconstruire quoi que ce soit. Et outre la cicatrice, j’ai aussi gardé en moi une certitude que j’ai érigée en règle : on n’empêche pas les gens de s’aimer. Aucune personne venue de l’extérieur, aucun être humain digne de ce nom n’a le droit de chercher à séparer deux êtres qui s’aiment, pour n’importe quelle raison, bonne ou mauvaise. Personne.

 

 

J’ai revu Christine, trop brièvement, il y a 5 ans, à l’occasion d’un enterrement dans la famille. Un signe ? Mais il faisait beau, si beau… Malgré tout, il y avait sans cesse et toujours, autour de nous, des trublions. J’ai profité de quelques minutes  volées pour lui demander si elle était heureuse, et elle m’a assuré que si sa vie professionnelle était un ratage total, oui sa vie sentimentale était bonne et sereine. Au moment de se quitter, de s’embrasser pour se dire au revoir, je l’ai serrée fort dans mes bras. Je suis sûr qu’elle a compris ce que je voulais lui dire. Que je lui demandais pardon si je lui avais fait du mal un jour. Que je ne l’oubliais pas.  Qu’elle avait été hyper importante dans ma vie et que, bien sûr, je l’aimais. Pour toujours.

 

Comment faire autrement...

 

 

But all in war is so cold

You either win or lose

When all is put away

The losing side I'll play

But all is fair in love

I should have never left your side

 

 

 

A writer takes his pen

To write the words again

All in love is fair

A writer takes his pen

To write the words again

That all in love is fair...

 

16/05/2008

Voyage en Argentique

En surfant de blog en blog, j’arrive tout à l’heure sur le blog de Peio, qui, au-dessous d’une photo susceptible de faire s’arrêter n’importe quel eunuque, nous pond une jolie note « Dans ma Vie » sur le fait que c’est bien normal d’être attiré par les beaux mecs –les 10/10- qui passent dans la rue (hétéros, homos, peu importe) mais que de là à les prendre en photo, baver dessus, et pleurer parce qu’on ne pourra jamais se taper des bombasses pareilles, (car on n’est soi-même qu’un 6/10), il ne faut pas exagérer….

 

 

 

Me sentant personnellement concerné par cette note pourtant pleine de bon sens, je commence à frétiller de mes dix petits doigts au-dessus du clavier, signe certain que la mécanique « commentaire » va se mettre en marche. Pendant que tout ça bouillonne et décante en moi, je lis la liste des autres coms. PAF ! C’était couru : TarValanion a répondu avant moi, exactement ce que je voulais écrire. Ca a un côté chiant, ça, vous pouvez pas savoir. Et dans le monde du blog, ça m’arrive hyper-souvent : je ne vais pas assez vite ! J’arrive toujours une semaine, un jour, voire une heure trop tard, avec mon cartable d’idées périmées sous le bras…. Ce que je voulais répondre en commentaire, un autre l’a dit avant. Le sujet de la note que je voulais faire, on me l’a piqué la veille (Anydris, sans le savoir, m’a déjà fait le coup trois fois !! Je l’aurais tué !! LOL –mais tué gentiment, parce que je l'aime bien quand même…). Et qui plus est, ce que je voulais écrire est exactement écrit comme je voulais l’écrire, en mieux même. Décourageant, décourageant.

 

 

 

 

Enfin bref. Revenons à nos Beaux Mectons. J’espère que TarValanion ne m’en voudra pas, et ne me fera pas payer de droits d’auteur pour reproduire in extenso son commentaire ici. J’aurais pu l’écrire moi-même tel quel, de A à Z. :

 

 

 

« Je me sens un peu concerné par ce billet. Je me reconnais au moins dans deux descriptions : le paparazzo fou et celui qui se trouve pas beau.
C'est vrai que j'aime bien prendre en photos les bogosses que je croise dans la rue. C'est vrai que j'aime bien mater les choupinous qui passent. Mais je ne fantasme pas dessus. C'est plutôt un sens de l'esthétisme. Je me dis des trucs du genre "beaux yeux" - "beaux muscles" - "beau cul". Mais c'est tout. Et puis, comme m'a dit un sage un jour : "si ça se trouve, il est éjaculateur précoce". Mais je suis quand même conscient de la réalité : Personne n'est parfait, il faut savoir se contenter de ce qu'on a. Et de ce que l'on est.
Ce qui m'amène au deuxième point. Je ne me trouve pas beau. Je ne dis pas que je suis repoussant, ni même moche. Mais pas beau. ... Ouais, 6/10, si tu veux... »

 

 

 

Pour rajouter mon grain de sel au débat, je dirai que TiNours et moi sommes experts dans ce sport-là. A une époque, nous étions même fortiches. On a ralenti depuis quelque temps nos activités de paparazzi pédés mais sans les cesser totalement.  Lui repérait de TRES LOIN les bombasses (il m’a toujours sidéré pour ça, moi qui suis myope comme un régiment de taupes !) « Il en arrive un, là, vite, tiens toi prêt !! » Moi, désespéré : « Mais OU ??? OU ??? OUHOUUU ?? » « Mais là, droit devant !!! VITE !!! ») Et puis  CLIC ! Là c’était moi qui oeuvrais, dans une parfaite discrétion.

(Enfin, la plupart du temps...)

 

 

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(Pour ceux que ça intéresserait : La BD est un extrait de l'album "Cours Chauds" de Raf Konig) humoriste allemand que j'adore, et sur qui je ferai sûrement une note un de ces jours... Bien sûr faut cliquer dessus pour agrandir)

 

La discrétion d’ailleurs, à l’époque des appareils argentiques, débouchait souvent sur de grosses déceptions une fois que l’on récupérait les photos développées… Soit trop loin, soit trop près, soit à côté de la plaque, soit trop flou.

Une seule fois, on avait réussi un cliché dont j’étais très fier. C’était un mec qui distribuait du courrier sur une jetée dans le Morbihan alors que nous attendions le bateau qui devait nous emmener à l’Ile aux Moines. C’était probablement la chasteté obligée inspirée par ce nom qui nous avait effrayés. Il fallait emporter au moins un petit souvenir ‘sexe’ avant de rejoindre la congrégation… J’ai fait CLIC, à toute vitesse, alors qu’il ressortait du bar où nous prenions un café en terrasse (« la Calanque ».. ? « la Calamité » ? « La Calas » ? J’ai oublié). Mais bon, elle était réussie ma photo, qu’en pensez-vous ? Il était mimi, non, le facteur ce jour-là… ?

 

 

 

 

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Pour retrouver ce postier choupinou, afin de pouvoir le numériser et l'immortaliser ici pour vous, chers lecteurs, j'ai dû farfouiller dans une de nos deux caisses de tirages Kodak, remplies de clichés préhistoriques datant d'avant l’ère bénie du numérique (ça prend quand même moins de place, OUFFF...). Et, au détour d'une pochette,  je suis tombé sur cette photo de moi qui m’a attendri tout plein.

Bon, c’est un pur hasard, d’abord, on déconnecte TOTALEMENT du sujet précédent. Je sais que je ne ferai jamais la couverture de Têtu avec ça. Je ne ferai jamais la une de Têtu avec quoi que ce soit d’ailleurs ! Mais ça n’a jamais été mon ambition dans la vie, d'être immortalisé sur leur couverture, heureusement…

 

 

 

 

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Quelques remarques en passant :

-Bien sûr les deux petites ne sont pas mes filles, ni même mes nièces de par le sang, ceci dit je suis fier de pouvoir les considérer comme telles.

-Elles ont bien grandi depuis, je les vois toujours, avec même plus de plaisir que lorsqu’elles étaient bébés. Ados, elles sont encore plus intéressantes.

-Le premier commentateur qui saute sur l’occasion pour me dire que si elles ont bien grandi, moi j’ai bien vieilli prend ma main dans la gueule… (Pan’, gaffe à tes joues… !)

-Le premier qui me dit que ma barbe était affreuse (Pan' tu te TAIS...) et ne m’allait pas du tout perdra son temps : je l’ai gardée un été et puis j’ai ‘tout’ rasé (…). Têtu ne voulait pas de Barbus, pas de Pères de Famille, et, au final, pas de Lancelot. Même glabre, ils m’ont claqué la porte au nez. M’en fous. Que des tapioles parisiennes. Maintenant je fais les couvertures du Chasseur Français. Ca rapporte davantage.

 

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17:25 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : photos, bomecs, têtu, souvenirs

01/05/2008

Les pages oubliées Fin

Lundi 5 août

18h40

 

 

Elisabeth, ça y est, je suis  CHEZ LUI. Un an exactement après notre première rencontre. Je savais que je devais le revoir dimanche soir, mais je m’interdisais d’y croire jusqu’à ce qu’il me le confirme vendredi en fin de matinée. Ce sont les dernières heures qui ont été les plus horribles, dimanche entre 18h et 21h. Mes bagages étaient bouclés, et moi j’étais prêt. Je me suis allongé sur mon lit, dans ma chambre plongée dans l’obscurité : le temps et l’espace semblaient s’être rétrécis en un point unique : celui où j’allais LE revoir. J’avais l’impression que si je détournais mes yeux de ce point de lumière vers lequel je glissais doucement, alors il disparaîtrait à tout jamais. Je n’avais qu’un seul nom, un seul désir qui tourbillonnaient dans ma tête. Le reste n’existait plus, aucun bruit, aucune couleur, aucune odeur.

 

 

Il n’est arrivé qu’ à 21H. J’avais eu le temps de craquer vingt fois, de faire plein de serments intérieurement : « Je préfère qu’il ne vienne pas plutôt qu’il lui soit arrivé quelque chose sur la route » « S’il ne vient pas, je meurs mais je continuerai à l’aimer » « Même s’il n’est pas possible que je passe une semaine avec lui, que l’on me permette de le voir, ne serait-ce qu’une heure, ou même cinq minutes ».

 

 

Enfin, il est arrivé. Quand je l’ai vu entrer dans le garage, mon cœur a cessé de battre. C’était LUI, c’était bien lui que j’attendais depuis un an exactement ! Quand il m’a pris dans ses bras, je n’avais plus la force de parler, je ne pouvais que le serrer, le serrer comme un fou. Il m’embrassait le cou, le visage, on ne pouvait plus bouger de l’endroit où l’on était. On a essayé de se déplacer, mas au pied des escaliers, on n’a pu tenir, on s’est encore jetés l’un  sur l’autre ! Il a passé ses mains sous moi et m’a soulevé, et j’ai refermé mes bras et mes jambes autour de lui. J’étais fou de joie.

 

 

Echange de nos cadeaux de ‘retrouvailles’, un nouveau prétexte à s’embrasser. Et puis j’ai fermé la maison et nous sommes partis. Cinq heures à passer bien sagement dans une voiture avec l’homme que j’aime. Au début, on se contentait de se tenir la main, mais sur l’autoroute, nos mains et même quelquefois nos bouches se sont égarées, défiant toute prudence sur la route….

On mourait de faim lui et moi alors on a voulu s’arrêter dans un Quick à Grenoble mais c’était fermé ! Je lui ai dit « Ce n’est pas grave, je préfère crever la dalle près de toi que d’avoir le ventre plein sans toi. » Il était mort de rire ! D’ailleurs il aime bien mon humour, il suffit que je lance une vanne pour qu’il se roule par terre ! Après ça on a failli tomber en panne d’essence sur l’autoroute : sueurs chaudes, mais finalement la voiture a calé en plein devant une pompe. Ouf. On s’est acheté des sandwiches qu’on a mangés en roulant, et même les trucs les plus infectes me paraissent délicieux en sa compagnie. Rouler dans sa voiture, manger avec lui, pouvoir le regarder, le toucher, le caresser, l’embrasser, chacun des gestes les plus simples me faisait l’effet d’un miracle après cette année de cendres.

 

 

On est arrivés chez lui à 3h40 du matin. J’étais crevé, j’étais intimidé par les ombres de sa femme et de ses enfants qui, tout en étant ailleurs en vacances, étaient tout de même présents. Mais il m’a emmené dans la chambre et a éteint la lumière… et tout le reste s’est effacé dans le bonheur, le plaisir, la tendresse. Je n’arrivais pas à croire que c’était bien LUI que je tenais dans mes bras, LUI, celui que j’avais tant attendu, désiré, pressé contre moi en pensée. Cette fois, ce n’était pas un mirage. A force de sauter, paumes ouvertes, vers le soleil, j’avais fini par le toucher.

 

 

Je me suis abandonné tout entier au plaisir.

 

 

Avec aucune fille auparavant je ne m’étais senti aussi désiré et aimé. Il est doux, il est tendre, il a peur de me faire mal , mas il ne sait que me remplir de joie sans cesse renouvelée.

 

C’était la dernière feuille de ce ‘journal’ que j’avais écrit entre les mois d’août 1990 et 1991. Je m’étais arrêté là, sur cet apparent « Happy End ». Qui n’en a pas été vraiment un. Je n’ai pas terminé cette semaine-là chez Franck, parce que sa femme a téléphoné pour dire qu’elle s’ennuyait seule avec les enfants en vacances et qu’elle voulait rentrer. J’ai dû avoir 5 jours de bonheur, si mes souvenirs sont bons. J’ai dû reprendre le train, vers une autre destination, un autre chemin de ma vie. J’étais « cassé » intérieurement, mais ce que je ne savais pas, pas encore, c’est que je laissais derrière moi une histoire condamnée dès le départ, et que le train m’emmenait vers du soleil, de la joie et du bonheur.

 

 

Pendant de longs mois par la suite Franck a choisi de garder le silence, de ne plus me donner de nouvelles. Bien sûr, j’ai encore souffert. Mais la souffrance n’était plus la même. Je pouvais mieux la gérer. Je n’étais plus seul. J’avais trouvé de l’aide, des bras aimants qui me maintenaient sans cesse hors de l'eau, des mains auxquelles je me suis accroché » de toutes mes forces pour ne pas sombrer. Et à force, j’en suis sorti.

 

 

Publier dans mon blog ces quelques pages extraites du gros paquet que j’avais écrit à l’époque m’a fait du bien, dans un sens. Avec 17 années de recul, on est tout étonné lorsqu’on redécouvre tout ça, on se surprend à sourire en recopiant. Par moments j’ai ri, par moments j’ai été  incrédule devant la dose d’abnégation que cela impliquait : « Moi, MOI, j’ai accepté tout ça ? Cette attente, cette douleur quotidienne, cette insatisfaction perpétuelle ? »

 

 

Et pourtant je ne renie rien. Franck a été une des meilleures et des pires choses de ma vie, en même temps. Je lui ai reparlé, des années plus tard. Mais j’avais grandi. J’étais plus fort, en partie grâce à lui d’ailleurs. Le rapport de forces était inversé, à mon avantage. Ce jour-là, lui m’a dit qu’il était prêt. Il avait divorcé entretemps. Moi, je n’étais plus disponible pour lui. Ni sentimentalement, ni matériellement d’ailleurs.

 

 

Je l’aime bien, le Lancelot qui transparaît entre ces lignes. J’étais encore un ado naïf, entier, honnête, pur même. J’ai géré cette histoire seul (ou presque, Elisabeth et Christian ont été là tout de même, merci à eux) et, sur la durée, j’ai drôlement assuré. Toutes les fois où j’ai craqué, je l’ai fait seul, j’ai jugulé seul ma souffrance. « Le Dernier Empereur » ! Le soir où ce film est passé à la télé, j’étais seul, je me souviens, je n’avais pas éteint le poste pour me donner l’illusion d’une présence, mais je me souviens du film à travers un brouillard, un torrent de larmes.

 

 

Bon. J’ai survécu. Je voudrais bien pouvoir m’envoyer à moi-même un petit mot, une petite lettre à travers le temps « T’en fais pas, ça va bien se terminer ! Pas comme tu crois, mais je te jure, tu seras vachement plus serein et cool dans quelques années ! Promis ! Tiens le coup, range la serpillière ! »

 

 

 

When I go away I'll miss you

And I will be thinking of you

Every night and day, just...

Promise me you'll wait for me

'cause I'll be saving all my love for you

And I will be home soon...

Promise me you'll wait for me

I need to know you'll feel the same way too

And I'll be home, I'll be home soon...

 

Cet été-là, j'ai écouté Beverly Craven et son 'tube' des centaines de fois. Pour quelle raison ? Simplement parce qu'elle venait de sortir, et, après l'avoir entendue à la radio, j'avais immédiatement eu envie du single, que j'avais donc acheté. A chaque fois que je la réécoute, je repense, pas seulement à Franck, mais à notre histoire de cette époque. Je la mets ici pour conclure, en point d'orgue...

 

podcast